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Alcatel-Lucent croit en son potentiel sur le long terme

JDF HEBDO | 31.05.2008 | Mise à jour : 19H45
Les jours de Patricia Russo, directrice générale, et de Serge Tchuruk, président du conseil d'administration, sont comptés. Et les spéculations vont déjà bon train sur leurs éventuels successeurs. Un simple changement de personnes peut-il soudainement mener l'équipementier franco-américain sur le chemin de la croissance et de la rentabilité ?
Un bouleversement dans l'exécutif du groupe serait certes un bon catalyseur pour le titre, en Bourse. Celui-ci a déjà bien réagi cette semaine, alors que les rumeurs de départ de Patricia Russo se faisaient insistantes. « Une nouvelle équipe de direction permettrait d'insuffler un nouvel élan, une nouvelle motivation dans les équipes d'Alcatel-Lucent », argue un analyste d'une société de gestion parisienne. Ce n'est probablement pas suffisant.
La situation à court terme reste tendue. Alcatel-Lucent pâtit, à l'instar de ses concurrents, d'un contexte de marché difficile (voir ci-dessous). L'équipementier a prévenu que le chiffre d'affaires devrait fléchir de 2 à 5 % en 2008. La marge opérationnelle restera inférieure à 5 %. Numéro un mondial dans les réseaux de télécommunications fixes, Alcatel-Lucent est à la peine dans le mobile, plus rentable. Il est certes le leader incontesté dans la norme américaine de deuxième génération, le CDMA. Mais le marché est en déclin, les normes de troisième génération prenant peu à peu le relais. Alcatel-Lucent estime toutefois que la base installée aux Etats-Unis devrait permettre une bascule plus facile des opérateurs vers les nouveaux produits du groupe. Problème : Alcatel-Lucent est loin d'être un leader dans la 3G, la prochaine génération, en plein déploiement. L'acteur dominant, c'est le suédois Ericsson. Derrière, les challengers sont nombreux. « Alcatel-Lucent est parti de loin, mais l'acquisition des activités 3G de Nortel lui permet de rattraper un peu son retard »,tempère Julien Salanave, consultant à l'Idate.
Si les perspectives à court terme restent sombres, la direction se montre plus confiante sur le long terme. D'ici trois ans, les lourds investissements réalisés dans les normes de téléphonie mobile de quatrième génération ou dans les technologies de la convergence pourraient porter leurs fruits. « Les marchés liés décollent moins vite que prévu », regrette-t-on seulement au siège parisien d'Alcatel-Lucent. Dans les réseaux fixes, la fibre optique prend peu à peu le relais de la technologie ADSL. Là encore, l'équipementier franco-américain est bien positionné pour conserver des parts de marché intéressantes. La réforme du marché de la téléphonie mobile en Chine pourrait profiter aux équipementiers télécoms occidentaux. Le groupe, présent localement depuis six ans avec la création de la coentreprise Alcatel-Shanghai Bell, est bien placé pour en bénéficier. Malgré les difficultés, les dirigeants rêvent secrètement d'une marge opérationnelle à deux chiffres en 2010. Plutôt ambitieux ! L'effort porté sur les services, marché en plein développement, devrait permettre de préserver un minimum de rentabilité et de soutenir les investissements. Les opérateurs télécoms délèguent en effet de plus en plus la gestion de leurs réseaux aux équipementiers. De là à faire exploser les marges...
Paradoxalement, la fusion avec Lucent, dont l'efficacité opérationnelle reste à démontrer, confère une taille critique au groupe qui pourrait lui permettre de naviguer à vue les prochains trimestres, dans un secteur en pleine consolidation. Mais il ne faudrait pas que la situation s'éternise.
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