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L'économie mondiale résiste mieux que prévu

PAR CLÉMENCE FUGAIN | JDF HEBDO | 28.06.2008 | Mise à jour : 12H15

Les turbulences financières consécutives à la crise du marché immobilier américain, la flambée du cours des matières premières, en particulier du pétrole, et le resserrement des conditions de crédit ont considérablement affecté l'économie mondiale ces derniers mois. Difficile, donc, d'échapper à un ralentissement de la croissance en 2008 et en 2009. Mais ce dernier devrait être moins sévère qu'anticipé jusque-là.


Le ralentissement des principales économies a un temps laissé penser que l'on pouvait être à la veille d'une récession mondiale. Selon l'OCDE, le pire de la crise financière serait passé, éloignant peu à peu le spectre de la récession. Pour autant, « les conséquences devraient se faire ressentir encore pendant longtemps et de nouvelles perturbations ne peuvent être exclues », estime l'organisation. Sur l'ensemble des pays occidentaux, on n'imagine en effet pas une reprise en 2008 ni même un rebond en 2009. Pendant deux ans, la croissance devrait donc être relativement faible pour les Etats-Unis et l'Europe.
Le spectre de la stagflation n'est pas écarté
Dans la zone euro, des signaux de décélération sont perceptibles depuis plusieurs mois. L'ndice des directeurs d'achats du secteur manufacturieret celui des servicespubliés cette semaine suggèrent une contraction de l'activité au mois de juin. « L'inflexion de l'activité économique de la zone euro vient de passer une nouvelle étape. Elle se serait contractée au mois de juin. Le repli des commandes ne suggère pas une inversion rapide de cette tendance », estime Philippe Waechter, directeur des études économiques et de la recherche chez Natixis Asset Management. La décomposition par pays montre une relative résistance de l'Allemagne, où les différents indicateurs se maintiennent au-dessus du seuil fatidique des 50.
En revanche, en France, la situation s'avère nettement plus préoccupante. L'Insee avait déjà, quelques jours plus tôt, tiré la sonnette d'alarme. Selon l'institut, la croissance devrait être nulle au troisième trimestre et plafonner à 0,2 % au quatrième trimestre. Une hausse des prix de 3,2 % en moyenne annuelle est attendue. Les perspectives sont peu réjouissantes pour la France, ces prévisions faisant d'ailleurs craindre un retour de la stagflation (croissance atone et inflation forte).
Par ailleurs, plusieurs pays européens font face actuellement à d'importantes difficultés sur leur marché immobilier. C'est le cas notamment de l'Espagne, où le BTP constituait jusqu'à présent le principal soutien de l'économie. Mais, depuis un an, le secteur connaît un fort ralentissement. Sur le premier trimestre, les transactions immobilières auraient baissé de près de 60 %. Les prix subissent des replis allant jusqu'à 20 %. Quant à la Grande-Bretagne, déjà touchée sur son marché de l'immobilier, elle subit actuellement le contrecoup des difficultés de son secteur financier.
Craintes sur l'inflation
De part et d'autre de l'Atlantique, les tensions inflationnistes constituent l'un des principaux dangers de ces prochains mois. L'inflation est en effet de moins en moins atténuée par la mondialisation. Le baril de pétrole au-dessus des 130 dollars comme la flambée des métaux et des céréales au cours du premier trimestre ne sont pas un bon présage. Perceptible partout, l'envolée des prix fait craindre l'émergence d'une spirale inflationniste. En effet, les premières victimes ne sont autres que les ménages, qui voient leur pouvoir d'achat reculer. « Le pouvoir d'achat des ménages souffre de ce surcroît d'inflation, d'autant que celui-ci est concentré sur des produits de consommation courante pour lesquels on ne peut pas faire l'impasse ; des substitutions sont possibles entre certains produits alimentaires, mais il faut bien manger », relate Christian Parisot, économiste chez Aurel. C'est cette pression sur le pouvoir d'achat qui explique en grande partie la dégradation des indicateurs de confiance des consommateurs et les revendications salariales de plus en plus pressantes. Le FMI fait cependant preuve d'un peu plus d'optimisme, alors que dans son rapport du mois d'avril l'institution se montrait plutôt sombre. Elle a ainsi relevé à 1,75 % sa prévision de croissance pour les quinze pays de la zone euro, contre 1,4 % auparavant. Quant à l'économie américaine, la croissance anticipée devrait ressortir aux alentours de 1 %, contre 0,5 % jusque-là. « L'économie américaine a tenu bon et a évité un atterrissage brutal », a résumé John Lipsky, numéro deux de l'institution financière, lors d'une conférence de presse à Washington. Les effets du paquet fiscal (150 millions de dollars) et de la politique monétaire menée par Ben Bernanke, président de la Réserve fédérale américaine, devraient donc être pleinement ressentis, mais « la croissance américaine, comme celle des autres pays, restera au-dessous de son potentiel au second semestre ».
La reprise devrait donc se faire plus graduellement que prévu. Selon Christian Parisot, « les incertitudes économiques restent encore importantes. L'activité dans l'immobilier résidentiel continue à se contracter. Les marchés financiers demeurent mal orientés. Le rebond de la consommation est aidé par le plan de soutien aux ménages de l'administration Bush, mais le risque de rechute de l'économie reste important et justifie une politique monétaire encore très accommodante ».
Les banques centrales durcissent le ton
Après avoir fortement baissé ses taux (325 points de base) depuis le mois de septembre, pour amortir l'impact de la crise financière et immobilière, la Réserve fédérale américaine a opéré un changement de ton ce mois-ci. L'institution est de plus en plus préoccupée par l'inflation, qui a atteint 4,2 %, en rythme annuel, en mai dernier. Ben Bernanke a ainsi affirmé le 4 juin que la Banque centrale « résisterait énergiquement à toute détérioration des anticipations inflationnistes ». Les marchés en ont déduit que la prochaine modification des taux américains, actuellement à 2 %, serait à la hausse. « Un resserrement de la politique monétaire de la Fed ne devrait toutefois pas intervenir aussi rapidement que l'anticipe le marché, dans lamesure où la Fed sera attentive à ne pas dégrader la situation sur le front du chômage », estime John Lipsky.
En effet, la crise semble loin d'être terminée outre-Atlantique. Le taux de chômage est en hausse, à 5,5 %, et la déprime de l'immobilier perdure. En témoigne, le S&P Case Schiller Index publié mardi 24 juin, qui a chuté de 15,3 % en avril par rapport à 2007. Résultat, la confiance des ménages américains est au plus bas depuis seize ans, à 50,4, contre 58 le mois précédent.
Pour sa part, le président de la BCE, Jean-Claude Trichet, a d'ores et déjà annoncé un relèvement d'un quart de point, à 4,25 %, des taux directeurs dès le mois de juillet. Cette décision a déclenché de vives critiques de la part de nombreux économistes. Pourtant, comme le souligne la Deutsche Bank, « la BCE ne peut effectivement pas grand-chose contre l'envolée du cours du pétrole, mais, si elle donne ne serait-ce que l'impression de baisser les bras dans sa lutte contre l'inflation, les anticipations de hausse des prix atteindront alors des sommets ». L'économie mondiale s'apprête donc à vivre encore des semaines difficiles.

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