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La crise affectera aussi les services informatiques
DOSSIER RÉALISÉ PAR OLIVIER AUBERGER (SUITE PAGE 8) |
JDF HEBDO | 26.12.2008 | Mise à jour : 19H56
Déjà très affectés par l'explosion de la bulle Internet, les actionnaires subissent les effets de la crise du crédit sur Capgemini et autres SSII, telle Sopra. La situation doit être prise très au sérieux, après six années de croissance. Pour autant, il y a des motifs d'espoir pour les années à venir dans une industrie qui reste jeune mais prometteuse par rapport à d'autres secteurs de l'économie.
Après six années bénies, les sociétés de services en ingénierie informatique (SSII) s'apprêtent à vivre une année 2009 éprouvante. A la fois dépendantes de l'investissement des entreprises et des innovations des éditeurs de logiciels, les SSII sont trop souvent prises en étau.
La crise sera violente dans l'ensemble. Selon Jacques Mottard, le patron de Sword, il faut s'attendre à une baisse de 5 % de l'activité dans les services informatiques en France en 2009. Brice Thébaud, analyste chez Aurel, prévoit quant à lui une baisse de 3,7 % dans le secteur l'an prochain. Le second semestre 2009 s'annonce très tendu. Dans une étude sortie au mois de novembre, l'analyste d'Aurel s'appuie sur de nombreux arguments pour défendre sa version pessimiste. Deux d'entre eux sont faciles à comprendre. Le premier donneur d'ordres dans les services informatiques reste le monde financier (banques, assureurs...). Il faut s'attendre à des coupes budgétaires après des années fastes. Le deuxième argument est tout aussi simple. Les Etats-Unis sont le premier marché mondial des services informatiques. La crise est déjà très sévère de ce côté-là de l'Atlantique.
Les SSII les plus touchées sont celles qui continuent à vendre de l'infogérance sans recourir à l'offshore. Elles subissent de plein fouet la concurrence qui a su s'appuyer massivement sur des ingénieurs indiens bon marché. Ce recours à l'offshore provoque aussi une baisse des prix. Le problème majeur est que l'effet sera étalé sur plusieurs années car il s'agit souvent de contrats de long terme. Les renégociations avec des clients toujours plus exigeants s'annoncent dures. A moins que la SSII ait mis l'accent sur l'industrialisation de ses prestations.
Les services autour des logiciels de relations clients vont également souffrir. Ils montraient déjà de sérieux signes d'essoufflement avant la crise. En effet, le logiciel américain Salesforce a véritablement dynamité ce marché. Il est tellement simple que former les utilisateurs n'a plus de sens.
Attention aux marges
Les SSII vont devoir faire face à un défi de taille : la dégradation des marges. En effet, les sociétés ayant beaucoup recruté ces dernières années, le taux d'occupation des ingénieurs va baisser. Une baisse de seulement deux ou trois points peut avoir un impact très sensible sur la rentabilité. De plus, pendant toute la période d'euphorie, les acteurs du secteur se sont arraché les meilleurs ingénieurs à prix d'or. Or, durant cette période, les prix de vente n'ont pas progressé au même rythme.
Cette tension sur les marges va mettre à rude épreuve les sociétés les plus fragiles. La suite, on la connaît : il faudra à un moment ou un autre licencier. Cela entraînera, là encore, des coûts qu'il faudra supporter. Autre impact, les tensions sociales vont se faire sentir. De même que la démotivation des salariés. La grève qui a eu lieu cette année chez Capgemini a marqué les esprits. Ce type de mouvements pourrait concerner d'autres SSII.
Un secteur qui pâtit de la mauvaise image des dirigeants
Aujourd'hui, il est évident que des sociétés pâtissent, en Bourse, de la mauvaise image de leur management. Les dirigeants de SSII ont la plupart du temps fait toute leur carrière dans cette industrie encore jeune (environ 40 ans). Leur principal défaut est souvent leur incapacité à partager le pouvoir et à se remettre en cause.
Les investisseurs en ont assez des promesses mirobolantes non tenues. Même six ans après la fin de l'explosion de la bulle Internet, la confiance entre la communauté financière et les SSII de taille moyenne est faible. Certains gérants ou analystes n'hésitent pas à pointer du doigt des dirigeants de sociétés comme GFI Informatique, Groupe Open, Business & Decision...
Une véritable décote est appliquée dans ces cas-là. En effet, les investisseurs mettent en avant l'incapacité de la société à tenir ses objectifs de marge et de génération de trésorerie.
Des solutions existent pour sortir de la crise
Obnubilés par la crise et les espoirs déçus, les investisseurs ont tendance à négliger la capacité de rebond de certaines SSII. En effet, elles ont la capacité de proposer à leurs clients des projets de réduction de coûts. Il peut s'agir de l'implantation d'un logiciel SAP, qui permet de suivre à la trace l'évolution des dépenses et d'éviter les gaspillages. Il peut aussi s'agir d'externalisation, dans la mesure où l'entreprise cliente peut décider de confier la gestion de sa comptabilité ou de ses paiements.
Dans un autre registre, l'utilisateur peut se tourner vers le logiciel libre pour éviter de payer les licences. Il s'acquitte simplement de la facture liée aux services informatiques.
Par ailleurs, ce mois-ci, dans une note, le cabinet Gartner encourage les SSII à mieux comprendre les risques de leurs clients. En effet, on néglige trop souvent les causes de leur frilosité. Une statistique communément admise souligne qu'un projet informatique sur deux est un échec. Dans ces conditions, il est clair que les nouvelles méthodes de développement comme la méthode agile, qui montre aux clients les étapes de la progression du projet, ont de beaux jours devant elles.
Autre moyen pour les SSII de s'en sortir, selon Gartner : elles peuvent «faire le marché ». En effet, certains domaines comme la sécurité informatique sont ridiculement sous-exploités. Au moment où Internet se révèle être une véritable passoire et où le site d'actualité informatique zataz.com révèle des failles toujours plus béantes permettant d'accéder à des bases de données sensibles, les SSII ont un vrai rôle à jouer. D'après une étude du cabinet Forrester datée de septembre, seulement 6 % des participants à un sondage se disaient prêts à couper une partie de leur budget sécurité en raison de la crise. Bref, les solutions pour les SSII sont de trouver des moyens de s'adapter et de démontrer une réelle capacité d'innovation. Ce n'est pas un hasard si Capgemini a fait de ce point une priorité. Innover permet aussi de pratiquer des prix plus élevés auprès du client.
Vers un grand nettoyage du marché
En attendant, les SSII qui n'ont pas su s'adapter vont disparaître ou se faire racheter. La disparition concerne bien sûr les petites structures qui ont accumulé des dettes sociales. Elle menacera aussi les sociétés trop ambitieuses qui ont contracté de lourds emprunts. Dans ce maelström, les sociétés disposant de cash prennent leur temps. Elles espèrent toutes pouvoir racheter leurs concurrents pour une bouchée de pain quand la situation aura vraiment empiré.
Une faillite de grande ampleur ne semble pas à l'ordre du jour mais rien ne peut être exclu.
Pour l'actionnaire, le nettoyage du marché ne sera pas forcément une mauvaise chose. En effet, l'image des SSII de taille moyenne est trop souvent polluée par des penny stocks. Nous avons en tête des noms comme Umanis, Groupe Arès... Cet dernier a-t-il vraiment sa place à la Bourse de Paris sur un marché réglementé ?
Le nécessaire nettoyage de la cote permettra d'y voir plus clair. Les SSII qui vont sortir renforcées de la crise sont celles qui disposent de bilans sains et qui génèrent de la trésorerie de manière continue. Elles pourront alors profiter d'une nouvelle ère de croissance avec des projets informatiques toujours plus complexes. Passée la période de nettoyage, cette crise va servir de révélateur. Elle finira par démontrer qu'une partie de la solution réside dans l'informatique. Les services informatiques permettent d'augmenter la productivité, de réduire les coûts et de trouver de nouvelles sources de création de valeur ajoutée en favorisant l'innovation dans les entreprises. Les SSII qui négligent ces missions essentielles et les clients voulant réduire drastiquement leur budget en paieront un jour le prix.
La crise sera violente dans l'ensemble. Selon Jacques Mottard, le patron de Sword, il faut s'attendre à une baisse de 5 % de l'activité dans les services informatiques en France en 2009. Brice Thébaud, analyste chez Aurel, prévoit quant à lui une baisse de 3,7 % dans le secteur l'an prochain. Le second semestre 2009 s'annonce très tendu. Dans une étude sortie au mois de novembre, l'analyste d'Aurel s'appuie sur de nombreux arguments pour défendre sa version pessimiste. Deux d'entre eux sont faciles à comprendre. Le premier donneur d'ordres dans les services informatiques reste le monde financier (banques, assureurs...). Il faut s'attendre à des coupes budgétaires après des années fastes. Le deuxième argument est tout aussi simple. Les Etats-Unis sont le premier marché mondial des services informatiques. La crise est déjà très sévère de ce côté-là de l'Atlantique.
Les SSII les plus touchées sont celles qui continuent à vendre de l'infogérance sans recourir à l'offshore. Elles subissent de plein fouet la concurrence qui a su s'appuyer massivement sur des ingénieurs indiens bon marché. Ce recours à l'offshore provoque aussi une baisse des prix. Le problème majeur est que l'effet sera étalé sur plusieurs années car il s'agit souvent de contrats de long terme. Les renégociations avec des clients toujours plus exigeants s'annoncent dures. A moins que la SSII ait mis l'accent sur l'industrialisation de ses prestations.
Les services autour des logiciels de relations clients vont également souffrir. Ils montraient déjà de sérieux signes d'essoufflement avant la crise. En effet, le logiciel américain Salesforce a véritablement dynamité ce marché. Il est tellement simple que former les utilisateurs n'a plus de sens.
Attention aux marges
Les SSII vont devoir faire face à un défi de taille : la dégradation des marges. En effet, les sociétés ayant beaucoup recruté ces dernières années, le taux d'occupation des ingénieurs va baisser. Une baisse de seulement deux ou trois points peut avoir un impact très sensible sur la rentabilité. De plus, pendant toute la période d'euphorie, les acteurs du secteur se sont arraché les meilleurs ingénieurs à prix d'or. Or, durant cette période, les prix de vente n'ont pas progressé au même rythme.
Cette tension sur les marges va mettre à rude épreuve les sociétés les plus fragiles. La suite, on la connaît : il faudra à un moment ou un autre licencier. Cela entraînera, là encore, des coûts qu'il faudra supporter. Autre impact, les tensions sociales vont se faire sentir. De même que la démotivation des salariés. La grève qui a eu lieu cette année chez Capgemini a marqué les esprits. Ce type de mouvements pourrait concerner d'autres SSII.
Un secteur qui pâtit de la mauvaise image des dirigeants
Aujourd'hui, il est évident que des sociétés pâtissent, en Bourse, de la mauvaise image de leur management. Les dirigeants de SSII ont la plupart du temps fait toute leur carrière dans cette industrie encore jeune (environ 40 ans). Leur principal défaut est souvent leur incapacité à partager le pouvoir et à se remettre en cause.
Les investisseurs en ont assez des promesses mirobolantes non tenues. Même six ans après la fin de l'explosion de la bulle Internet, la confiance entre la communauté financière et les SSII de taille moyenne est faible. Certains gérants ou analystes n'hésitent pas à pointer du doigt des dirigeants de sociétés comme GFI Informatique, Groupe Open, Business & Decision...
Une véritable décote est appliquée dans ces cas-là. En effet, les investisseurs mettent en avant l'incapacité de la société à tenir ses objectifs de marge et de génération de trésorerie.
Des solutions existent pour sortir de la crise
Obnubilés par la crise et les espoirs déçus, les investisseurs ont tendance à négliger la capacité de rebond de certaines SSII. En effet, elles ont la capacité de proposer à leurs clients des projets de réduction de coûts. Il peut s'agir de l'implantation d'un logiciel SAP, qui permet de suivre à la trace l'évolution des dépenses et d'éviter les gaspillages. Il peut aussi s'agir d'externalisation, dans la mesure où l'entreprise cliente peut décider de confier la gestion de sa comptabilité ou de ses paiements.
Dans un autre registre, l'utilisateur peut se tourner vers le logiciel libre pour éviter de payer les licences. Il s'acquitte simplement de la facture liée aux services informatiques.
Par ailleurs, ce mois-ci, dans une note, le cabinet Gartner encourage les SSII à mieux comprendre les risques de leurs clients. En effet, on néglige trop souvent les causes de leur frilosité. Une statistique communément admise souligne qu'un projet informatique sur deux est un échec. Dans ces conditions, il est clair que les nouvelles méthodes de développement comme la méthode agile, qui montre aux clients les étapes de la progression du projet, ont de beaux jours devant elles.
Autre moyen pour les SSII de s'en sortir, selon Gartner : elles peuvent «faire le marché ». En effet, certains domaines comme la sécurité informatique sont ridiculement sous-exploités. Au moment où Internet se révèle être une véritable passoire et où le site d'actualité informatique zataz.com révèle des failles toujours plus béantes permettant d'accéder à des bases de données sensibles, les SSII ont un vrai rôle à jouer. D'après une étude du cabinet Forrester datée de septembre, seulement 6 % des participants à un sondage se disaient prêts à couper une partie de leur budget sécurité en raison de la crise. Bref, les solutions pour les SSII sont de trouver des moyens de s'adapter et de démontrer une réelle capacité d'innovation. Ce n'est pas un hasard si Capgemini a fait de ce point une priorité. Innover permet aussi de pratiquer des prix plus élevés auprès du client.
Vers un grand nettoyage du marché
En attendant, les SSII qui n'ont pas su s'adapter vont disparaître ou se faire racheter. La disparition concerne bien sûr les petites structures qui ont accumulé des dettes sociales. Elle menacera aussi les sociétés trop ambitieuses qui ont contracté de lourds emprunts. Dans ce maelström, les sociétés disposant de cash prennent leur temps. Elles espèrent toutes pouvoir racheter leurs concurrents pour une bouchée de pain quand la situation aura vraiment empiré.
Une faillite de grande ampleur ne semble pas à l'ordre du jour mais rien ne peut être exclu.
Pour l'actionnaire, le nettoyage du marché ne sera pas forcément une mauvaise chose. En effet, l'image des SSII de taille moyenne est trop souvent polluée par des penny stocks. Nous avons en tête des noms comme Umanis, Groupe Arès... Cet dernier a-t-il vraiment sa place à la Bourse de Paris sur un marché réglementé ?
Le nécessaire nettoyage de la cote permettra d'y voir plus clair. Les SSII qui vont sortir renforcées de la crise sont celles qui disposent de bilans sains et qui génèrent de la trésorerie de manière continue. Elles pourront alors profiter d'une nouvelle ère de croissance avec des projets informatiques toujours plus complexes. Passée la période de nettoyage, cette crise va servir de révélateur. Elle finira par démontrer qu'une partie de la solution réside dans l'informatique. Les services informatiques permettent d'augmenter la productivité, de réduire les coûts et de trouver de nouvelles sources de création de valeur ajoutée en favorisant l'innovation dans les entreprises. Les SSII qui négligent ces missions essentielles et les clients voulant réduire drastiquement leur budget en paieront un jour le prix.
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