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Les énergies nouvelles, un pari de long terme

DOSSIER RÉALISÉ PAR CATHERINE REKIK ET FRÉDÉRIC DURAND-BAZIN (SUITE PAGE 18) | JDF HEBDO | 20.06.2009 | Mise à jour : 23H58

Après avoir suscité l'engouement des investisseurs, les valeurs liées aux énergies renouvelables ont subi une sévère correction en Bourse. Depuis septembre 2008, l'indice S&P Global Clean Energy a cédé 53 %. L'éclatement de la bulle était inévitable tant les niveaux de valorisation atteints par certaines sociétés du secteur, dans l'éolien ou le solaire, étaient décorrélés des perspectives bénéficiaires. Les reports de projets, les problèmes d'accès au crédit et la situation financière fragile de certaines sociétés effraient aujourd'hui les investisseurs alors que le potentiel de croissance du secteur reste intact sur le long terme.

La crise économique aurait pu sonner le glas des grands projets liés aux énergies renouvelables. Il n'en a rien été. Au contraire, le développement durable est inscrit au coeur des plans de relance, en Europe, mais aussi aux Etats-Unis et en Chine.
Plus de dix ans après la signature du protocole de Kyoto (11 décembre 1997), qui marque la première prise de conscience à l'international des problèmes liés aux changements climatiques et à l'émission des gaz à effet de serre, les gouvernements des principales économies mondiales ont pris la pleine mesure des enjeux environnementaux.

En France, après le Grenelle de l'environnement, en 2007, et le score de la liste Europe Ecologie aux récentes élections européennes, le thème des énergies renouvelables se retrouve au coeur de la politique énergétique. « Là où on dépense 1 euro pour le nucléaire, on dépensera 1 euro pour les énergies propres », a déclaré récemment Nicolas Sarkozy. La France pourrait donc tenir les engagements ambitieux qui ont été pris au niveau européen : le « triple 20 ».
Un objectif qui vise à atteindre 20 % d'amélioration de l'efficacité énergétique, 20 % de réduction des émissions de gaz à effet de serre par rapport aux chiffres de 1990 et 20 % d'énergies renouvelables dans l'approvisionnement énergétique de l'Union européenne à l'horizon 2020. Dans le secteur du transport, un objectif minimal de 10 % de biocarburants a été défini.
Des programmes ambitieux, mais des investisseurs méfiants
L'éolien, le solaire, mais aussi la production d'énergie à partir de biomasse (c'est-à-dire à partir de végétaux ou de déchets organiques) devraient fortement se développer dans les prochaines années. Ce qui devrait profiter aux grands acteurs du secteur comme les producteurs de turbines (le danois Vestas ou l'espagnol Gamesa), les producteurs d'énergie verte tels qu'EDF EN, Iberdrola Renovables ou le portugais EDP Renovaveis, sans parler des acteurs du solaire comme Sunpower, SunEdison ou SolarWorld.
Mais, paradoxalement, c'est au moment où les différents programmes de développement des énergies nouvelles se mettent en place que cette thématique trouve le moins d'écho en Bourse.
Après avoir atteint des plus hauts historiques fin 2007, les cours de Bourse des sociétés du secteur ont dévissé. A l'instar des valeurs Internet en 2000, les valorisations avaient atteint des niveaux sans commune mesure avec les perspectives bénéficiaires de ces groupes. Dans leur enthousiasme, les investisseurs ont oublié les contraintes liées à ces projets tant en termes de temps (le développement d'une ferme éolienne prend en moyenne trois à cinq ans) qu'en termes de cash. Le secteur est plutôt gourmand en capitaux. A titre d'exemple, il faut investir 1,2 million d'euros en moyenne pour produire un mégawatt d'éolien. Un groupe comme EDF EN ne garantit sur fonds propres que 10 à 15 % du développement d'une ferme éolienne, le reste étant financé par emprunts. Le durcissement des conditions d'accès au crédit a donc mis à mal de nombreux projets et fragilisé des sociétés affichant des situations financières tendues. Les risques de faillite dans le secteur sont aujourd'hui importants.
Une volonté politique très forte
Toutefois, les énergies renouvelables restent aujourd'hui porteuses d'espoir. Il n'y a pas un plan de relance qui ne fasse la part belle à ces nouvelles technologies. Et pas nécessairement par idéologie. « Le plan de relance chinois accorde 30 à 40 % de son budget aux énergies vertes, explique Nicolas Rochon, co-directeur de la gestion à la Financière de Champlain, chargé du pôle environnement. Et ils étudient déjà la mise en place d'un nouveau plan de 400 milliards de dollars consacré exclusivement à ce secteur. » La voie que Pékin juge la plus efficace pour assurer à l'empire du Milieu une certaine indépendance énergétique. Le gouvernement chinois s'est d'ailleurs fixé des objectifs très ambitieux, en souhaitant notamment que ses entreprises soient en mesure de produire d'ici trois ans 70 % des panneaux solaires mondiaux.
Toutes les technologies ne sont pas au même stade de rentabilité
Les Etats-Unis ne sont pas en reste et prévoient d'affecter 130 milliards de dollars au secteur des clean techs, là encore plus par pragmatisme économique que par idéologie. Une étude du Center for American Progress, le think tank démocrate, explique par exemple qu'un investissement public de 500 milliards de dollars peut créer 600.000 emplois si les fonds sont alloués aux énergies fossiles, 1,6 million d'emplois s'ils sont utilisés pour financer un plan de relance classique et 2 millions d'emplois s'ils sont consacrés aux énergies renouvelables. « Le meilleur est à venir », affirment en choeur les gérants spécialisés sur ce marché. Car au-delà de ces investissements structurels, la filière bénéficie d'une politique de subventionnement très favorable. Dans la plupart des pays, les exploitants de champs éoliens ou photovoltaïques sont ainsi assurés de revendre leur production d'électricité à un tarif majoré, permettant aux investisseurs d'obtenir un taux de rendement interne d'au moins 10 % par an.
Alors que l'horizon à moyen et long terme semble désormais dégagé, le court terme ne bénéficie pas encore de la même visibilité. En premier lieu, les différentes technologies ne sont pas toutes aujourd'hui au même stade de rentabilité. Si l'éolien est pratiquement à maturité - il faut compter entre 60 à 80 dollars pour produire 1 MWh d'électricité, contre 50 dollars à partir d'un mixte d'énergies fossiles - tel n'est pas le cas du solaire, qui reste très cher (450 dollars pour produire la même quantité d'énergie). « Tous les secteurs ne sont pas logés à la même enseigne, souligne Mathieu Giuliani, gérant du fonds énergies renouvelables de Palatine Asset Management. En ce qui concerne l'éolien, les fabricants bénéficient toujours d'une croissance forte, à l'image de Vestas, Gamesa ou Nordex. En revanche, les exploitants de fermes éoliennes sont pour l'instant particulièrement affectés par les problèmes de financement, leur modèle étant financé à 80 % par la dette. S'agissant du photovoltaïque, c'est plutôt l'amont qui a connu des difficultés. » Le secteur est effectivement dépendant du silicium, matière première indispensable à la conception de cellules photovoltaïques. Or, après avoir fait l'objet d'une bulle spéculative, les cours se sont récemment effondrés, entraînant dans leur sillage les fabricants de cellules comme Q-Cells. « Au contraire, les producteurs bénéficient à la fois des tarifs régulés et de la chute des prix des fournitures qui améliore sensiblement la rentabilité des projets », poursuit Mathieu Giuliani.
Un secteur corrélé au pétrole
Certains facteurs pourraient par ailleurs compromettre l'envolée rapide des énergies vertes, à commencer par la corrélation du secteur avec le prix du pétrole. Il a suffi en fin d'année dernière que le prix du brent passe de 150 à 30 dollars pour que la bulle des clean techs explose. A l'inverse, les énergies vertes bénéficient depuis trois mois du raffermissement de l'or noir. Si le prix du pétrole devait à nouveau marquer une pause, les investisseurs seraient sans doute tentés de remettre en cause la rentabilité des projets.
Par ailleurs, le redémarrage du secteur pourrait être compromis à court terme si le crédit venait à nouveau à s'assécher, ces sociétés finançant leurs développement grâce au levier de la dette. Deux scénarios auxquels les gérants ne veulent pour l'instant pas croire.
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