« Les marchés financiers ont été victimes d'une crise cardiaque »
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PROPOS RECUEILLIS PAR EMMANUEL EGLOFF |
JDF HEBDO | 12.09.2009 | Mise à jour : 21H22
Serge Pizem, responsable d’Axa Framlington Paris
Quelles ont été les conséquences de la faillite de Lehman Brothers sur les marchés ?
La faillite de Lehman Brothers a constitué un immense choc, déséquilibrant les marchés et la finance mondiale. Lehman disposait de 500 milliards de dollars de papier commercial, ce qui a totalement et immédiatement bloqué le marché du crédit. Lehman avait aussi une dette de 80 milliards de dollars envers AIG, le plus grand assureur mondial, ce qui a accéléré la crise. Le bilan des banques ayant beaucoup gonflé lors des années précédentes et le risque de contrepartie, notamment au niveau des produits structurés, s'étant considérablement développé entre les différents établissements, des craintes de contagion à tous les grands établissements se sont fait jour. Avec une volatilité passant à 80 %, les marchés financiers ont été victimes d'une véritable crise cardiaque.
Comment expliquer une crise d'une telle ampleur ?
Il y a une multiplicité de causes : la confiance généralisée en des modèles et des mesures de risque qui se sont avérées déficientes, les excès des banques dans l'utilisation du levier de la dette, des produits structurés et de la comptabilisation d'opérations sur les postes hors bilan, le laxisme des agences de notation, les lacunes des conseils d'administration et la faiblesse des organismes de contrôle pour suivre ces opérations complexes. Il y a eu, par contre, peu de problèmes avec les banques canadiennes car le régulateur y est particulièrement pointilleux.
Comment jugez-vous la réaction des autorités ?
Les autorités politiques ont réagi très vite et dans des proportions très importantes. Il semble clair que ces décisions ont permis de limiter fortement l'ampleur de cette crise. En revanche, le choix politique de sauver les actionnaires des banques en ne les nationalisant pas est sans doute plus sujet à caution, sur le plan moral tout au moins.
Au-delà du système financier, les dirigeants des sociétés traditionnelles ont rapidement réagi. Ils ont décidé de réduire fortement leurs coûts et d'assainir leur bilan. Ces mesures ont permis de sauvegarder les marges des entreprises.
Où en sommes-nous aujourd'hui ?
Il y a deux temps à examiner. A court terme, nous sommes sur la voie du retour à la normale, bien aidé par les masses de liquidités injectées dans les marchés par les autorités. Nous avons été surpris par la violence du retour de l'appétit des investisseurs pour les produits les plus risqués depuis le 9 mars (marchés émergents, actions les plus fragiles, junk bonds). Cela est similaire à ce qui s'était passé en 2003. Au point bas de mars de cette année, l'équivalent de 50 % de la capitalisation boursière américaine se trouvait dans des fonds monétaires, ce qui était du jamais-vu. Et même aujourd'hui, la proportion reste importante, à 32 %, contre une moyenne de 18 % historiquement. En revanche, pour le long terme, des sujets d'inquiétude forts sont toujours présents, comme le niveau d'endettement des Etats, le risque d'inflation à moyen terme, l'endettement du consommateur américain ou l'évolution du dollar. Enfin, rien n'a été fait, aujourd'hui, pour empêcher qu'une nouvelle crise se déclenche. Les autorités régulant le système financier n'ont pas encore agi. Il reste beaucoup à faire à ce niveau.
La faillite de Lehman Brothers a constitué un immense choc, déséquilibrant les marchés et la finance mondiale. Lehman disposait de 500 milliards de dollars de papier commercial, ce qui a totalement et immédiatement bloqué le marché du crédit. Lehman avait aussi une dette de 80 milliards de dollars envers AIG, le plus grand assureur mondial, ce qui a accéléré la crise. Le bilan des banques ayant beaucoup gonflé lors des années précédentes et le risque de contrepartie, notamment au niveau des produits structurés, s'étant considérablement développé entre les différents établissements, des craintes de contagion à tous les grands établissements se sont fait jour. Avec une volatilité passant à 80 %, les marchés financiers ont été victimes d'une véritable crise cardiaque.
Comment expliquer une crise d'une telle ampleur ?
Il y a une multiplicité de causes : la confiance généralisée en des modèles et des mesures de risque qui se sont avérées déficientes, les excès des banques dans l'utilisation du levier de la dette, des produits structurés et de la comptabilisation d'opérations sur les postes hors bilan, le laxisme des agences de notation, les lacunes des conseils d'administration et la faiblesse des organismes de contrôle pour suivre ces opérations complexes. Il y a eu, par contre, peu de problèmes avec les banques canadiennes car le régulateur y est particulièrement pointilleux.
Comment jugez-vous la réaction des autorités ?
Les autorités politiques ont réagi très vite et dans des proportions très importantes. Il semble clair que ces décisions ont permis de limiter fortement l'ampleur de cette crise. En revanche, le choix politique de sauver les actionnaires des banques en ne les nationalisant pas est sans doute plus sujet à caution, sur le plan moral tout au moins.
Au-delà du système financier, les dirigeants des sociétés traditionnelles ont rapidement réagi. Ils ont décidé de réduire fortement leurs coûts et d'assainir leur bilan. Ces mesures ont permis de sauvegarder les marges des entreprises.
Où en sommes-nous aujourd'hui ?
Il y a deux temps à examiner. A court terme, nous sommes sur la voie du retour à la normale, bien aidé par les masses de liquidités injectées dans les marchés par les autorités. Nous avons été surpris par la violence du retour de l'appétit des investisseurs pour les produits les plus risqués depuis le 9 mars (marchés émergents, actions les plus fragiles, junk bonds). Cela est similaire à ce qui s'était passé en 2003. Au point bas de mars de cette année, l'équivalent de 50 % de la capitalisation boursière américaine se trouvait dans des fonds monétaires, ce qui était du jamais-vu. Et même aujourd'hui, la proportion reste importante, à 32 %, contre une moyenne de 18 % historiquement. En revanche, pour le long terme, des sujets d'inquiétude forts sont toujours présents, comme le niveau d'endettement des Etats, le risque d'inflation à moyen terme, l'endettement du consommateur américain ou l'évolution du dollar. Enfin, rien n'a été fait, aujourd'hui, pour empêcher qu'une nouvelle crise se déclenche. Les autorités régulant le système financier n'ont pas encore agi. Il reste beaucoup à faire à ce niveau.
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