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En un an, la hiérarchie au sein des grandes capitalisations a été renversée

Crise financière et ralentissement économique ont fait des dégâts en Bourse. La suprématie des groupes américains est remise en cause
ROMAIN GUEUGNEAU | JDF HEBDO | 12.07.2008 | Mise à jour : 14H19
Il y a un an, nous vivions encore dans un monde merveilleux. Malgré quelques nuages aux Etats-Unis, l'horizon économique semblait dégagé. Inflation, crise financière et récession économique ne faisaient pas les gros titres de la presse quotidienne. Et le commun des mortels n'avait encore jamais entendu parler des subprimes.
Depuis, le monde a radicalement changé. Les subprimes- ces crédits hypothécaires à risque, donc - ont fait leur apparition dans les dictionnaires. Le baril de pétrole est devenu un produit de luxe, et la hausse des prix un sujet de conversation quotidien. Conséquence : l'économie mondiale chancelle, et les indices boursiers avec. La hiérarchie des plus grandes sociétés cotées s'en retrouve bouleversée. Le poids croissant des majors pétrolières et des entreprises issues des pays émergents n'étonne guère. En revanche, certains mouvements au sein de différents secteurs économiques méritent d'être soulignés.

Les banques américaines tombent de leur piédestal



Nul besoin d'être prix Nobel d'économie pour comprendre que la crise financière, qui perdure depuis l'été 2007, a fait ses principales victimes dans le secteur bancaire anglo-saxon. Citigroup et Bank of America, qui faisaient partie, il y a un an, du top 10 des plus grandes capitalisations mondiales, sont désormais relégués au-delà de la cinquantième place. Le premier a vu sa valeur divisée par trois en un an : il ne vaut aujourd'hui guère plus que le français BNP Paribas, l'espagnol Santander le dépasse allègrement, et le chinois ICBC a pris sa place dans le classement des plus grosses banques mondiales. De là à échafauder des plans sur la comète financière...
Les établissements européens, à l'exception du suisse UBS, ont moins souffert que leurs homologues américains, et pourraient profiter du dollar faible pour faire leurs emplettes outre-Atlantique. Cependant, malgré la faiblesse des valorisations, « il n'y aura pas de grosses opérations sur les banques américaines », prédit Christophe Foliot, gérant actions américaines chez LCF Edmond de Rothschild. La visibilité est encore trop limitée. Les résultats semestriels à venir devraient confirmer que la crise financière n'est pas terminée. Par conséquent, il ne serait pas étonnant de voir la hiérarchie dans le secteur à nouveau basculer.

Les assureurs pris dans la tourmente financière



Les grandes compagnies d'assurances sont les autres victimes directes de la crise financière. AIG, premier assureur au monde, a vu sa capitalisation divisée par trois en un an. La perte de confiance envers le groupe américain est grande, alors que celui-ci a avoué ses difficultés à apprécier les risques des investissements qu'il réalisait, notamment dans les crédits hypothécaires.
Les assureurs européens s'en sortent mieux. Axa, dont la capitalisation a tout de même fondu de 30 %, vaut aujourd'hui autant que AIG en Bourse. Allianz, également touché, caracole en tête du classement de son secteur. L'italien Generali, plus conservateur en termes d'investissement que ses concurrents, est resté stable sur la période. A l'instar des banques, la consolidation dans le secteur devrait attendre la normalisation de la situation et une meilleure visibilité sur les comptes.

Volkswagen brille dans un secteur automobile déprimé



La hausse vertigineuse des prix du pétrole, combinée à celle de l'acier, a complètement rebattu les cartes dans le secteur automobile. L'éventualité d'une faillite de l'américain General Motors - « la dernière à laquelle pouvaient s'attendre les investisseurs », fait remarquer Christian Parisot, économiste chez Aurel - en est le meilleur symbole. En un an, l'ex-numéro un mondial a vu sa capitalisation boursière divisée par trois, et ne fait désormais plus partie des 500 plus grandes entreprises mondiales. Les constructeurs japonais et européens ont également souffert. A l'exception de Volkswagen. Le groupe allemand, dont le redressement porte ses fruits, a été plébiscité par les investisseurs : il pèse désormais autant en Bourse que Daimler, Renault et Fiat réunis.
Là encore, malgré la faiblesse du dollar, difficile de prévoir les grandes manoeuvres à court terme dans le secteur, chaque constructeur devant déjà faire face à ses propres difficultés.

La chimie fait de la résistance



La flambée des cours de l'or noir aurait dû pénaliser les leaders mondiaux de la chimie. Il n'en fut rien. Les allemands BASF et Bayer sont parvenus à répercuter la hausse des prix. Les résultats du premier trimestre 2008 se sont avérés meilleurs que prévu. Les valeurs ont par conséquent bien résisté en Bourse.
Les semenciers Monsanto et Syngenta ne sont pas en reste, loin de là. Portés par la hausse des prix des matières premières agricoles et par un besoin croissant, de la part des producteurs, de rendements plus importants, ils ont vu leurs résultats bondir. Les performances en Bourse ont suivi : la capitalisation de Monsanto a doublé en un an.

De nouveaux leaders dans les équipements technologiques



Le canadien Research In Motion est une des révélations de l'année. L'inventeur du BlackBerry (téléphone-ordinateur de poche), chouchou des hommes d'affaires, a fait son entrée dans le top 100 des capitalisations mondiales. Les investisseurs ont salué le doublement des ventes et du résultat net du groupe en 2007/2008. Les performances d'Apple, qui continue de surfer sur le succès de l'iPod et de l'iPhone, ont également séduit. L'entreprise à la pomme est désormais le nouveau leader de son secteur en Bourse.
Si Nokia, numéro un indétrônable dans la téléphonie mobile, a quelque peu perdu de sa superbe sur les marchés, Motorola, en panne de nouveautés et de résultats, s'est en revanche totalement effondré. La faiblesse de la demande, conséquence logique du ralentissement de la croissance économique, pourrait faire de nouvelles victimes dans le secteur.
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