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Pourquoi la Bourse doute de la faculté d'EADS à relever ses défis

La capitalisation boursière du leader aéronautique européen a été divisée par trois en l'espace de deux ans
CHRISTELLE DONGER | JDF HEBDO | 19.07.2008 | Mise à jour : 12H02
Le salon international de Farnborough s'est clos cette semaine sur de beaux succès commerciaux pour EADS. Ils n'ont pourtant pas été suffisants pour redonner des couleurs au titre. Car, en dépit de solides commandes, les perspectives du constructeur aéronautique restent sujettes à de nombreuses interrogations. Retour sur les craintes qui plombent l'affaire en Bourse.
Quel est le risque de la flambée du prix du pétrole sur les prises de commandes ?
En menaçant la santé financière des compagnies aériennes, le prix élevé de l'or noir pourrait donner un coup de frein à leur politique d'investissement.
Le risque d'annulation de commandes d'avions de la part des compagnies low cost, à la structure de coûts déjà très tendue, est particulièrement palpable. Les analystes estiment ainsi qu'un quart du carnet de réservation d'EADS serait susceptible d'être touché par la hausse de la facture énergétique.
A moyen terme, cette situation pourrait néanmoins tourner à l'avantage de l'avionneur. Les compagnies aériennes devraient être incitées à remplacer plus rapidement leur flotte vieillissante par des nouveaux appareils plus économiques, comme l'A350XWB ou l'A380, ayant une consommation de kérosène de 30 à 40 % moindre.
A noter que si le secteur devait connaître un ralentissement en Europe et aux Etats-Unis la demande d'avions devrait rester dynamique dans les pays émergents d'Asie et du Moyen-Orient.
EADS a-t-il les moyens de résister à la persistance d'un dollar faible ?
Au niveau actuel de 1 euro à 1,6 dollar, chaque vente d'avion coûte aujourd'hui plus d'argent à EADS qu'elle n'en rapporte. Le groupe doit pour le moment son salut à des couvertures de change dont l'efficacité diminuera sensiblement à partir de 2010. D'où la nécessité d'améliorer rapidement la rentabilité d'exploitation de sa filiale Airbus.
Tout repose sur la mise en oeuvre des restructurations, avec à la clé une délocalisation de la production dans les pays émergents ou en zone dollar ainsi qu'une externalisation de la fabrication des nouveaux appareils.
Or le récent échec de la vente de cinq sites européens sur les sept initialement prévus a compromis la cohérence du plan d'économie Power 8. Dans ce contexte difficile, il semble que la préparation de nouvelles mesures d'économies donne du fil à retordre aux dirigeants. Attendu initialement avant l'été, le projet additionnel n'a en effet toujours pas été dévoilé.
La perte du contrat des avions ravitailleurs compromet-elle l'essor d'EADS aux Etats-Unis ?
L'annulation pour vice de forme de cette mégacommande de 35 milliards de dollars qu'EADS avait obtenu au côté de l'américain Northrop Grumman est un sérieux revers.
Au-delà de toute considération financière, la portée de ce contrat se voulait stratégique : il aurait permis à EADS d'entrer par la grande porte sur le marché américain, le plus important au monde en matière de défense. Et de faire ainsi d'une pierre deux coups : réduire son exposition au cycle de l'aéronautique civile et augmenter la part de ses coûts libellés en dollars. Une telle occasion ne se représentera pas de sitôt. Il y a fort à parier que le nouvel appel d'offres lui échappe définitivement au profit de Boeing. EADS devra donc redoubler d'effort en termes d'acquisition pour grignoter des parts de marché outre-Atlantique, à l'image du rachat en avril du petit spécialiste des systèmes de télécommunications PlantCML. Le groupe européen dispose à cet effet d'une solide trésorerie de plus de 4 milliards d'euros.
Que faut-il craindre des suites de la procédure judiciaire sur les délits d'initiés présumés ?
Après la mise sous contrôle judiciaire de Noël Forgeard, de Gustav Humbert et de Jean-Paul Gut, la gravité de l'affaire des délits d'initiés est montée d'un cran la semaine passée avec la première mise en examen d'un responsable en fonctions chez EADS, Andreas Sperl. Une telle mise en cause fait craindre le pire.
Bientôt, ce devrait être en effet au tour de dirigeants haut placés dans l'état-major d'être soumis à l'interrogatoire de la brigade financière, comme Tom Enders, le pa-tron d'Airbus. D'éventuelles inculpations ébranleraient la fragile unité du consortium européen. Une nouvelle crise structurelle pourrait aussi ternir l'image du groupe à l'international et rejaillir sur ses commandes. Rappelons que 17 dirigeants, anciens ou en service, sont soupçonnés par l'AMF d'avoir exercé leurs stock-options peu avant la révélation de l'existence de retards dans le programme de l'A380 en juin 2006. Sans oublier les actionnaires de référence, Lagardère et Daimler, soupçonnés également de délits d'initiés. Leur implication dans l'affaire pourrait précipiter leur sortie du tour de table d'EADS et conduire à l'arrivée de nouveaux actionnaires.

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