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Pourquoi La Poste a tout intérêt à ouvrir une partie de son capital
L'opérateur postal cherche des capitaux pour se moderniser et faire face à la libéralisation complète de ses marchés à l'horizon 2011
JÉRÔME MARMET |
JDF HEBDO | 13.09.2008 | Mise à jour : 08H28
Enqûete - L'opérateur postal cherche des capitaux pour se moderniser et faire face à la libéralisation complète de ses marchés à l'horizon 2011.
En pleine réorganisation depuis dix ans, La Poste est à l'aube d'un grand changement. Après France Télécom, EDF ou encore GDF, elle sollicite à son tour le droit d'ouvrir son capital. Une décision déterminante pour l'avenir de cette entreprise publique, confrontée à des bouleversements sans précédents, avec la libéralisation totale du courrier en 2011 et la généralisation de la distribution du livret A à l'ensemble des réseaux bancaires.
Pourquoi La Poste a-t-elle l'intention d'ouvrir son capital ?
Le premier service public de France est organisé en quatre grands métiers : le courrier, le colis express, La Banque postale et l'enseigne (qui regroupe les bureaux de poste et l'activité de guichets). Mais aujourd'hui, 71 % de ses revenus sont soumis à la concurrence, et d'ici trois ans ce sera 100 %.
Dans ces conditions, La Poste se dit handicapée par son statut d'entreprise publique. Elle dispose d'une enveloppe limitée (300 millions d'euros par an) pour assurer à la fois le financement complet de son effort de modernisation et saisir des opportunités d'acquisition. Des ressources insuffisantes par rapport à celles des grandes postes européennes, qui opèrent quasi toutes avec un statut de société commerciale et ont déjà ouvert leur capital.
Selon sa direction, La Poste aurait besoin de 3,5 milliards d'euros dans les trois à cinq ans à venir, hors grosse acquisition. D'où l'intérêt d'ouvrir le capital, mais en plusieurs étapes selon les pistes de réflexion envisagées. Tout d'abord, l'Etat (qui doit encore se prononcer sur ce dossier) devrait profiter de la transposition de la troisième directive postale européenne, en 2009, pour modifier le statut de l'entreprise et la transformer en société anonyme. Ensuite, seulement, le capital pourrait être partiellement ouvert à des investisseurs institutionnels, comme la Caisse des Dépôts et Consignations, par le biais d'une augmentation de capital. Objectif : lever entre 2,5 et 3 milliards d'euros. Une somme qui représenterait près de 30 % du capital de La Poste.
Enfin, une introduction en Bourse pourrait être envisagée, mais pas avant 2011 !
A-t-on raison d'évoquer le terme de privatisation ?
Les syndicats de La Poste n'ont pas tardé à réagir pour dénoncer ce qu'ils appellent « la menace d'une privatisation rampante ». L'enjeu des prochains mois à venir pour Jean-Paul Bailly, président de La Poste, est donc de les convaincre qu'ouverture du capital ne rime pas forcément avec privatisation. Car, dans les faits, l'Etat conservera la majorité du capital et des droits de vote, et La Poste s'engage à continuer d'assumer sa mission de service public. En réalité, le choc sera moins fort que lorsque La Poste avait abandonné son statut d'administration en 1991.
Quels sont les défis qui attendent l'opérateur postal ?
La Poste doit faire face à des métiers en profonde mutation. Son activité principale, la distribution de courrier, est confrontée à une baisse des volumes, année après année, à cause des nouvelles technologies de communication (lesquelles offrent des services alternatifs à des prix très compétitifs), mais aussi en raison de l'ouverture progressive à la concurrence. Seul l'acheminement des lettres de moins de 50 g reste encore sous monopole.
Mais La Poste n'est pas suffisamment compétitive, car au sein de l'Europe seuls les tarifs d'affranchissement suédois et allemands sont plus élevés que le timbre à l'effigie de Marianne. Dès lors, les entreprises qui assurent 82 % des revenus du courrier n'hésiteront pas à s'adresser aux opérateurs les moins chers, lorsque le marché des plis postaux sera entièrement libéralisé en 2011.
Avec la fin de ce monopole, La Poste ne financera plus aussi facilement sa mission de service universel (couvrir l'ensemble du territoire à un prix abordable) par des activités plus rentables, où la concurrence sévit de plus en plus.
Autre défi, la modernisation des 13.000 bureaux gérés en compte propre dans les villes et villages de France. Un chantier onéreux, qui nécessite 1 milliard d'euros d'investissement par an d'ici à 2011, mais qui a déjà vu environ 2.000 points de vente rénovés et transformés en « enseignes » avec des missions élargies. L'idée est de proposer des services périphériques (garde d'enfants, aide aux personnes âgées, etc.). Grâce à cette offre baptisée Genius, La Poste espère attirer 14 % de nouveaux clients à l'horizon 2011. Si la moitié de ses sites sont déficitaires, faute d'activité suffisante, La Poste s'engage à ne fermer aucun bureau, mais à en transférer la gestion à des partenaires. Officiellement, il n'est pas non plus question de réduire la fréquence de distribution du courrier, mais le français est le seul en Europe à assurer un service six jours sur sept, ce qui lui coûte cher.
Dernier dossier sensible, celui de La Banque Postale, qui va perdre, à partir du 1er janvier 2009, le monopole du livret A, qu'elle partageait jusqu'ici avec les Caisses d'Epargne. Le risque est que l'établissement se retrouve avec les clients les plus pauvres et les moins rentables (60 % des livrets les moins garnis ne représentent que 0,7 % des encours, mais 50 % des frais de gestion).
Difficile dans ces conditions de respecter les objectifs fixés à l'horizon 2010 : être la banque principale de 10 millions de Français, atteindre 30 % de croissance du produit net bancaire et dégager un résultat opérationnel supérieur au milliard d'euros.
Quel est l'état des finances de La Poste aujourd'hui ?
La Poste est une entreprise rentable qui ambitionne de doubler ses bénéfices sur la période 2006-2010 (789 millions d'euros en 2006), mais aussi de réduire son endettement. Car, avec une dette de 5,9 milliards d'euros (qui représente 1,7 fois le montant des fonds propres, contre 0,9 fois chez TNT et 0,2 fois pour Deutsche Post), la poste française est l'entreprise la plus endettée.
Elle souffre aussi des coûts de structure liés à la nature de son personnel. Alors qu'elle a stoppé tout concours de la fonction publique et donc toute embauche de fonctionnaires depuis 2000, ceux-ci représentent encore 60 % des effectifs. La proportion se réduit avec les départs à la retraite, mais les engagements hors bilan à ce sujet totalisent 70 milliards d'euros, alors que l'entreprise ne dispose que de 3 milliards d'euros de fonds propres. Actuellement, c'est l'Etat qui assure le paiement des retraites, mais il les refacture ensuite à La Poste, ce qui lui en coûte 2 milliards d'euros par an.
> Des opérateurs qui se battent pour leur avenir
Pourquoi La Poste a-t-elle l'intention d'ouvrir son capital ?
Le premier service public de France est organisé en quatre grands métiers : le courrier, le colis express, La Banque postale et l'enseigne (qui regroupe les bureaux de poste et l'activité de guichets). Mais aujourd'hui, 71 % de ses revenus sont soumis à la concurrence, et d'ici trois ans ce sera 100 %.
Dans ces conditions, La Poste se dit handicapée par son statut d'entreprise publique. Elle dispose d'une enveloppe limitée (300 millions d'euros par an) pour assurer à la fois le financement complet de son effort de modernisation et saisir des opportunités d'acquisition. Des ressources insuffisantes par rapport à celles des grandes postes européennes, qui opèrent quasi toutes avec un statut de société commerciale et ont déjà ouvert leur capital.
Selon sa direction, La Poste aurait besoin de 3,5 milliards d'euros dans les trois à cinq ans à venir, hors grosse acquisition. D'où l'intérêt d'ouvrir le capital, mais en plusieurs étapes selon les pistes de réflexion envisagées. Tout d'abord, l'Etat (qui doit encore se prononcer sur ce dossier) devrait profiter de la transposition de la troisième directive postale européenne, en 2009, pour modifier le statut de l'entreprise et la transformer en société anonyme. Ensuite, seulement, le capital pourrait être partiellement ouvert à des investisseurs institutionnels, comme la Caisse des Dépôts et Consignations, par le biais d'une augmentation de capital. Objectif : lever entre 2,5 et 3 milliards d'euros. Une somme qui représenterait près de 30 % du capital de La Poste.
Enfin, une introduction en Bourse pourrait être envisagée, mais pas avant 2011 !
A-t-on raison d'évoquer le terme de privatisation ?
Les syndicats de La Poste n'ont pas tardé à réagir pour dénoncer ce qu'ils appellent « la menace d'une privatisation rampante ». L'enjeu des prochains mois à venir pour Jean-Paul Bailly, président de La Poste, est donc de les convaincre qu'ouverture du capital ne rime pas forcément avec privatisation. Car, dans les faits, l'Etat conservera la majorité du capital et des droits de vote, et La Poste s'engage à continuer d'assumer sa mission de service public. En réalité, le choc sera moins fort que lorsque La Poste avait abandonné son statut d'administration en 1991.
Quels sont les défis qui attendent l'opérateur postal ?
La Poste doit faire face à des métiers en profonde mutation. Son activité principale, la distribution de courrier, est confrontée à une baisse des volumes, année après année, à cause des nouvelles technologies de communication (lesquelles offrent des services alternatifs à des prix très compétitifs), mais aussi en raison de l'ouverture progressive à la concurrence. Seul l'acheminement des lettres de moins de 50 g reste encore sous monopole.
Mais La Poste n'est pas suffisamment compétitive, car au sein de l'Europe seuls les tarifs d'affranchissement suédois et allemands sont plus élevés que le timbre à l'effigie de Marianne. Dès lors, les entreprises qui assurent 82 % des revenus du courrier n'hésiteront pas à s'adresser aux opérateurs les moins chers, lorsque le marché des plis postaux sera entièrement libéralisé en 2011.
Avec la fin de ce monopole, La Poste ne financera plus aussi facilement sa mission de service universel (couvrir l'ensemble du territoire à un prix abordable) par des activités plus rentables, où la concurrence sévit de plus en plus.
Autre défi, la modernisation des 13.000 bureaux gérés en compte propre dans les villes et villages de France. Un chantier onéreux, qui nécessite 1 milliard d'euros d'investissement par an d'ici à 2011, mais qui a déjà vu environ 2.000 points de vente rénovés et transformés en « enseignes » avec des missions élargies. L'idée est de proposer des services périphériques (garde d'enfants, aide aux personnes âgées, etc.). Grâce à cette offre baptisée Genius, La Poste espère attirer 14 % de nouveaux clients à l'horizon 2011. Si la moitié de ses sites sont déficitaires, faute d'activité suffisante, La Poste s'engage à ne fermer aucun bureau, mais à en transférer la gestion à des partenaires. Officiellement, il n'est pas non plus question de réduire la fréquence de distribution du courrier, mais le français est le seul en Europe à assurer un service six jours sur sept, ce qui lui coûte cher.
Dernier dossier sensible, celui de La Banque Postale, qui va perdre, à partir du 1er janvier 2009, le monopole du livret A, qu'elle partageait jusqu'ici avec les Caisses d'Epargne. Le risque est que l'établissement se retrouve avec les clients les plus pauvres et les moins rentables (60 % des livrets les moins garnis ne représentent que 0,7 % des encours, mais 50 % des frais de gestion).
Difficile dans ces conditions de respecter les objectifs fixés à l'horizon 2010 : être la banque principale de 10 millions de Français, atteindre 30 % de croissance du produit net bancaire et dégager un résultat opérationnel supérieur au milliard d'euros.
Quel est l'état des finances de La Poste aujourd'hui ?
La Poste est une entreprise rentable qui ambitionne de doubler ses bénéfices sur la période 2006-2010 (789 millions d'euros en 2006), mais aussi de réduire son endettement. Car, avec une dette de 5,9 milliards d'euros (qui représente 1,7 fois le montant des fonds propres, contre 0,9 fois chez TNT et 0,2 fois pour Deutsche Post), la poste française est l'entreprise la plus endettée.
Elle souffre aussi des coûts de structure liés à la nature de son personnel. Alors qu'elle a stoppé tout concours de la fonction publique et donc toute embauche de fonctionnaires depuis 2000, ceux-ci représentent encore 60 % des effectifs. La proportion se réduit avec les départs à la retraite, mais les engagements hors bilan à ce sujet totalisent 70 milliards d'euros, alors que l'entreprise ne dispose que de 3 milliards d'euros de fonds propres. Actuellement, c'est l'Etat qui assure le paiement des retraites, mais il les refacture ensuite à La Poste, ce qui lui en coûte 2 milliards d'euros par an.
> Des opérateurs qui se battent pour leur avenir
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