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Partie de chaises musicales en vue dans le tour de table de Thales
Dassault Aviation pourrait remplacer Alcatel-Lucent au capital du groupe de défense électronique. Ses intentions sont encore énigmatiques
CHRISTELLE DONGER |
JDF HEBDO | 18.10.2008 | Mise à jour : 20H00
Contre toute attente, Dassault Aviation s'est dit prêt cette semaine à acquérir la participation de 20,8 % que détient Alcatel-Lucent au capital de Thales dans l'hypothèse où celle-ci serait mise en vente. Si l'Etat français devrait s'imposer comme chef d'orchestre de cette future partie de chaises musicales, la partition reste à écrire. Le Journal des Finances fait le point sur un dossier ultraspéculatif en Bourse.
Pourquoi Alcatel-Lucent est-il pressé de vendre ses actions Thales ?
Le groupe franco-américain ferait une très mauvaise affaire boursière en vendant aujourd'hui ses titres alors que le cours de Thales est au plus bas depuis deux ans. Mais, face à ses problèmes industriels, que la crise financière a amplifiés, le groupe a besoin d'argent. Or l'opération lui rapporterait au minimum 1,4 milliard d'euros. L'arrivée récente à la présidence du conseil d'administration de Philippe Camus (ex-patron d'EADS) pourrait précipiter la vente de cette participation, qui s'avère en outre très décevante en termes de retombées industrielles.
Une cession de gré à gré serait-elle préférable ?
En 2002, Alcatel avait écoulé en Bourse 6,1 % du capital de Thales. S'il opte aujourd'hui pour la vente de gré à gré, c'est pour une raison de valorisation. Il peut espérer négocier sa participation à un prix nettement moins décoté que les cours actuels en marchandant par ailleurs les bénéfices des droits attachés au pacte d'actionnaires renouvelé avec l'Etat français en janvier 2007.
L'offre de Dassault Aviation est-elle une surprise ?
De l'aveu de Serge Dassault en juin 2005 aux propos tenusen août dernier par le patron de Dassault Aviation, Charles Edelstenne, tout laissait penser jusqu'à présent à une volonté ferme du clan de l'avionneur de céder sa participation de 5,18 % détenue dans Thales. Et ce même si des rumeurs circulent depuis le printemps sur son éventuelle volte-face. Car ce désir de désengagement est appuyé par des faits : en 2002, le groupe Dassault n'avait pas exercé son droit de préemption sur les titres Thales vendus par Alcatel en Bourse. En outre, l'avionneur s'était retiré l'an passé du pacte d'actionnaires qui le liait à l'Etat français et à Alcatel depuis 1998, pour être libre de vendre ses titres directement en Bourse.
Quelles seraient les intentions de l'avionneur ?
Le débat est ouvert sur cette question centrale du dossier. Il peut d'abord s'agir d'une pure logique patrimoniale. Dassault Aviation aurait l'occasion d'investir une partie des 4,7 milliards d'euros de sa trésorerie à bon prix, dans un placement sûr que sont les activités de défense. Mais l'avionneur aurait aussi un intérêt industriel à devenir le premier actionnaire privé de Thales et à entrer au sein de son conseil d'administration : il remettrait la main sur les activités à forte valeur ajoutée d'électronique embarquée de Thales, cédées à ce dernier en 1998. Un argument à l'origine des rumeurs lui prêtant des intentions de ne conserver que les actifs aéronautiques de Thales pour démanteler le solde de son portefeuille naval, spatial et terrestre. Reste aussi l'hypothèse selon laquelle Dassault agirait sur les ordres de l'Elysée pour servir les intérêts nationaux.
Quelle est la position de l'Etat français ?
L'Etat dispose théoriquement d'un droit de préemption sur les titres détenus par Alcatel-Lucent. Mais il n'aurait aucun intérêt à faire jouer cette clause. Sur le fond, il approuverait même une cession à Dassault Aviation, qui semble son meilleur allié actuel pour préserver les activités sensibles de Thales et favoriser le regroupement de la défense française avant une consolidation européenne (lire ci-dessous).
Dassault Aviation devra-t-il lancer une OPA sur Thales ?
En principe oui, s'il constitue un nouveau pacte d'actionnaires avec l'Etat français. De concert avec ce dernier, Dassault Aviation viendrait à franchir en effet le seuil de détention du tiers des droits de vote de Thales. Mais tout dépendra des clauses du pacte et du bon vouloir de l'Autorité des marchés financiers, qui pourrait accorder une dérogation comme celle dont avaient bénéficié Alcatel et Dassault lors de leur entrée au capital de Thomson CSF en 1998.
Faut-il craindre une mainmise indirecte d'EADS sur Thales ?
Il serait prétentieux de l'affirmer, mais l'hypothèse n'est pas à exclure à terme tant on sait l'intérêt d'EADS pour l'électronicien. Pour l'heure, même s'il détient 46,3 % de Dassault Aviation, il n'est pas certain qu'il ait été consulté sur le projet de montée au capital de Thales à ce stade des discussions. Le groupe n'est pas réputé pour interférer dans la gestion de l'avionneur.
La direction de Thales sera-t-elle affaiblie en cas d'évolution du capital ?
Alors que son mandat arrive à échéance en 2010, Denis Ranque pourrait se voir contraint de quitter la présidence de Thales plus tôt que prévu. En dix ans d'expérience, il n'a cessé de défendre une plus grande indépendance de son groupe, avec, à la clé, le seul maintien d'une golden share pour l'Etat français. La substitution d'Alcatel-Lucent par Dassult serait un désaveu pour celui qui a toujours plaidé en faveur d'une mise en Bourse des titres de l'équipementier télécoms. Soucieux de préserver l'intégrité de Thales, Denis Ranque s'est aussi toujours montré prudent dans ses relations avec l'avionneur au vu de ses prétendues velléités de vente par appartements.
Quel serait l'impact en Bourse d'une évolution du capital ?
A moins de connaître les intentions de Dassault Aviation, la question est encore prématurée. Pour Yann Derocles, analyste chez Oddo Securities, l'impact d'une montée de Dassault Aviation au capital de Thales pourrait néanmoins être « légèrement positif à court termepuisqu'elle [la montée] mettrait fin aux craintes des investisseurs de voir les titres Thales bradés sur le marché ».
A moyen terme, l'opération serait neutre car elle ne devrait pas a priori entraîner de changement stratégique chez Thales. Sauf si l'objectif est de démembrer à terme les actifs de l'électronicien...
Pourquoi Alcatel-Lucent est-il pressé de vendre ses actions Thales ?
Le groupe franco-américain ferait une très mauvaise affaire boursière en vendant aujourd'hui ses titres alors que le cours de Thales est au plus bas depuis deux ans. Mais, face à ses problèmes industriels, que la crise financière a amplifiés, le groupe a besoin d'argent. Or l'opération lui rapporterait au minimum 1,4 milliard d'euros. L'arrivée récente à la présidence du conseil d'administration de Philippe Camus (ex-patron d'EADS) pourrait précipiter la vente de cette participation, qui s'avère en outre très décevante en termes de retombées industrielles.
Une cession de gré à gré serait-elle préférable ?
En 2002, Alcatel avait écoulé en Bourse 6,1 % du capital de Thales. S'il opte aujourd'hui pour la vente de gré à gré, c'est pour une raison de valorisation. Il peut espérer négocier sa participation à un prix nettement moins décoté que les cours actuels en marchandant par ailleurs les bénéfices des droits attachés au pacte d'actionnaires renouvelé avec l'Etat français en janvier 2007.
L'offre de Dassault Aviation est-elle une surprise ?
De l'aveu de Serge Dassault en juin 2005 aux propos tenusen août dernier par le patron de Dassault Aviation, Charles Edelstenne, tout laissait penser jusqu'à présent à une volonté ferme du clan de l'avionneur de céder sa participation de 5,18 % détenue dans Thales. Et ce même si des rumeurs circulent depuis le printemps sur son éventuelle volte-face. Car ce désir de désengagement est appuyé par des faits : en 2002, le groupe Dassault n'avait pas exercé son droit de préemption sur les titres Thales vendus par Alcatel en Bourse. En outre, l'avionneur s'était retiré l'an passé du pacte d'actionnaires qui le liait à l'Etat français et à Alcatel depuis 1998, pour être libre de vendre ses titres directement en Bourse.
Quelles seraient les intentions de l'avionneur ?
Le débat est ouvert sur cette question centrale du dossier. Il peut d'abord s'agir d'une pure logique patrimoniale. Dassault Aviation aurait l'occasion d'investir une partie des 4,7 milliards d'euros de sa trésorerie à bon prix, dans un placement sûr que sont les activités de défense. Mais l'avionneur aurait aussi un intérêt industriel à devenir le premier actionnaire privé de Thales et à entrer au sein de son conseil d'administration : il remettrait la main sur les activités à forte valeur ajoutée d'électronique embarquée de Thales, cédées à ce dernier en 1998. Un argument à l'origine des rumeurs lui prêtant des intentions de ne conserver que les actifs aéronautiques de Thales pour démanteler le solde de son portefeuille naval, spatial et terrestre. Reste aussi l'hypothèse selon laquelle Dassault agirait sur les ordres de l'Elysée pour servir les intérêts nationaux.
Quelle est la position de l'Etat français ?
L'Etat dispose théoriquement d'un droit de préemption sur les titres détenus par Alcatel-Lucent. Mais il n'aurait aucun intérêt à faire jouer cette clause. Sur le fond, il approuverait même une cession à Dassault Aviation, qui semble son meilleur allié actuel pour préserver les activités sensibles de Thales et favoriser le regroupement de la défense française avant une consolidation européenne (lire ci-dessous).
Dassault Aviation devra-t-il lancer une OPA sur Thales ?
En principe oui, s'il constitue un nouveau pacte d'actionnaires avec l'Etat français. De concert avec ce dernier, Dassault Aviation viendrait à franchir en effet le seuil de détention du tiers des droits de vote de Thales. Mais tout dépendra des clauses du pacte et du bon vouloir de l'Autorité des marchés financiers, qui pourrait accorder une dérogation comme celle dont avaient bénéficié Alcatel et Dassault lors de leur entrée au capital de Thomson CSF en 1998.
Faut-il craindre une mainmise indirecte d'EADS sur Thales ?
Il serait prétentieux de l'affirmer, mais l'hypothèse n'est pas à exclure à terme tant on sait l'intérêt d'EADS pour l'électronicien. Pour l'heure, même s'il détient 46,3 % de Dassault Aviation, il n'est pas certain qu'il ait été consulté sur le projet de montée au capital de Thales à ce stade des discussions. Le groupe n'est pas réputé pour interférer dans la gestion de l'avionneur.
La direction de Thales sera-t-elle affaiblie en cas d'évolution du capital ?
Alors que son mandat arrive à échéance en 2010, Denis Ranque pourrait se voir contraint de quitter la présidence de Thales plus tôt que prévu. En dix ans d'expérience, il n'a cessé de défendre une plus grande indépendance de son groupe, avec, à la clé, le seul maintien d'une golden share pour l'Etat français. La substitution d'Alcatel-Lucent par Dassult serait un désaveu pour celui qui a toujours plaidé en faveur d'une mise en Bourse des titres de l'équipementier télécoms. Soucieux de préserver l'intégrité de Thales, Denis Ranque s'est aussi toujours montré prudent dans ses relations avec l'avionneur au vu de ses prétendues velléités de vente par appartements.
Quel serait l'impact en Bourse d'une évolution du capital ?
A moins de connaître les intentions de Dassault Aviation, la question est encore prématurée. Pour Yann Derocles, analyste chez Oddo Securities, l'impact d'une montée de Dassault Aviation au capital de Thales pourrait néanmoins être « légèrement positif à court termepuisqu'elle [la montée] mettrait fin aux craintes des investisseurs de voir les titres Thales bradés sur le marché ».
A moyen terme, l'opération serait neutre car elle ne devrait pas a priori entraîner de changement stratégique chez Thales. Sauf si l'objectif est de démembrer à terme les actifs de l'électronicien...
NOTRE CONSEIL
Acheter pour le profil défensif des activités de Thales et son attrait spéculatif en visant 42 euros (code : HO, Comp. A, SRD).
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