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L'avenir de Thomson va se jouer dans les trois prochains mois
Acculé par sa dette, le groupe technologique est entré en discussion avec ses créanciers et cherche de nouveaux investisseurs providentiels
ROMAIN GUEUGNEAU |
JDF HEBDO | 07.02.2009 | Mise à jour : 21H02
Combien vaut Thomson ? La question se pose à nouveau, treize ans après la mémorable sortie d'Alain Juppé, prêt à céder le groupe d'électronique - Thomson Multimédia, à l'époque - pour 1 franc symbolique. « Cela ne vaut rien, [...] cela vaut 14 milliards de francs de dettes », avait lâché le Premier ministre de l'époque, alors que l'Etat se préparait à privatiser la soicété.
Le Thomson de 2009 n'a plus rien à voir avec ce qu'il était en 1996. Mais, au niveau financier, les problèmes demeurent : l'endettement reste un fardeau quasi insurmontable pour le groupe. Tant et si bien que son avenir est aujourd'hui clairement remis en cause.
Quelle est la situation financière de Thomson ?
« L'opération vérité », selon les propres mots de Frédéric Rose, est en marche. Le directeur général de Thomson a dévoilé le 29 janvier le montant de la dette du groupe au 31 décembre 2008 : 2,1 milliards d'euros. Soit une augmentation de 800 millions par rapport au premier semestre 2008 ! L'endettement du groupe est aujourd'hui bien supérieur à celui des fonds propres, estimé à environ 1,5 milliard d'euros. Thomson a par ailleurs indiqué qu'il avait entièrement tiré sa ligne de crédit disponible de 1,5 milliard d'euros, et qu'il disposait par conséquent d'une trésorerie de 775 millions. Mais le temps est compté pour Thomson, au rythme actuel de la dégradation des finances.
Pourquoi la dette a-t-elle augmenté si vite ?
« Au mois d'octobre, rien ne laissait présager, d'après le discours des dirigeants, une telle augmentation de la dette », commente, intrigué, Benoît Flamant, directeur général d'IT Asset Management. La dégradation du bilan est brutale. Thomson a pourtant détaillé les raisons principales de cette augmentation : une hausse du besoin en fonds de roulement de 350 millions d'euros, justifiée par la réduction des délais de paiement fournisseurs et l'allongement des délais clients ; un effet de change défavorable sur la dette de 220 millions, alors qu'une majorité de l'endettement est libellée en dollars ; des coûts de restructuration d'environ 80 millions.
Quelles conséquences directes pour le groupe ?
« Certains contrats de financement de la société comportent des clauses conventionnelles (covenants) selon lesquelles le ratio de dette nette sur capitaux propres ne doit pas excéder 1 », a reconnu la société dans son communiqué du 29 janvier. Les covenants ne seront donc pas respectés. Et les dirigeants de Thomson ont d'ores et déjà entamé des discussions avec les principaux créanciers « afin d'éviter qu'ils ne décident de provoquer la déchéance du terme de ces emprunts ». Les agences de notation ont fortement dégradé la note de crédit du groupe, considéré comme un émetteur « douteux».
Qui sont les créanciers prioritaires ?
Thomson négocie pour l'instant avec les détenteurs obligataires. Ces derniers possèdent environ 1 milliard d'euros de créances du groupe. C'est avec ces investisseurs que les covenants ont été signés, et c'est donc avec eux qu'il s'agit de négocier en priorité. Ce sont essentiellement des fonds américains - « une cinquantaine », estime une porte-parole du groupe. Le solde (1,1 milliard) de l'endettement correspond davantage à de la dette classique, dont les clauses de remboursement sont moins drastiques.
Quelles sont les marges de manoeuvre pour Thomson ?
Les dirigeants sont en ce moment même en train de négocier avec les créanciers afin de rééchelonner la dette et de repousser les échéances de remboursement. Mais au stade actuel, « il est impossible de prévoir l'issue du processus de discussion engagé », a prévenu Frédéric Rose. Cela va dépendre de la situation financière de ces investisseurs et de la capacité de conviction du management de Thomson. Celui-ci est engagé par ailleurs dans une quête de nouveaux investisseurs potentiels, qui pourraient notamment racheter de la dette pour, ensuite, l'échanger contre une participation au capital. Pour les convaincre, la direction a présenté une nouvelle orientation stratégique pour le groupe, afin d'assurer la rentabilité et les générations de cash futures. Des cessions d'actifs sont prévues.
A quoi va ressembler le nouveau Thomson ?
Le groupe technologique veut afficher une nouvelle cohérence dans ses métiers ; le manque de lisibilité des activités a toujours été un handicap auprès des investisseurs. Thomson a donc décidé de se recentrer sur « les services aux créateurs de contenu ». Il va principalement s'appuyer sur sa marque Technicolor, reconnue auprès des studios de cinéma et de télévision. L'activité décodeurs et fabrication de DVD demeure dans le giron de Thomson, ainsi que les lucratifs brevets et licences déposés par le groupe. Celui-ci est prêt en revanche à abandonner 1 milliard d'euros de chiffre d'affaires en se séparant de sa filiale Grass Valley, qui fabrique des équipements pour le cinéma, de PRN (réseau publicitaire) et de sa participation dans Screenvision (régie publicitaire). En cause : les besoins d'investissements, trop importants, et le manque de synergies. Thomson espère également récupérer de l'argent frais pour consolider son bilan.
« Difficile de trouver un acheteur dans le contexte actuel, s'inquiète cependant Benoît Flamant, et, surtout, à quel prix vendre ? » Les industriels ne se bousculeraient pas au portillon pour reprendre Grass Valley, et les fonds de private equity, très actifs ces dernières années, le sont désormais beaucoup moins.
Une faillite est-elle envisageable ?
Le marché ne l'exclut pas, compte tenu de la valorisation de la société en Bourse. En un an, le titre a été divisé par 9, et évolue désormais autour de 1 euro. La capitalisation boursière est installée sous le seuil de 300 millions d'euros. L'hypothèse n'est pas écartée non plus par les agences de notation. Standard & Poor's a dégradé la note de crédit de Thomson à CC, reflétant un « risque substantiel de défaut de paiement à très court terme ». La note suivante, D, indique que « le défaut est général, ou substantiel ». Thomson a jusqu'au 30 avril pour trouver une solution avec ses créanciers et éviter cet écueil.
Quel rôle peut jouer l'Etat ?
Malgré la privatisation en 1997, les relations entre Thomson et l'Etat sont demeurées étroites. La faillite de Thomson serait certainement vue d'un mauvais oeil : le groupe emploie encore près de 4.000 salariés en France dans les activités de recherche-développement et possède plus de 30.000 brevets technologiques. C'est pourquoi Thomson, qui se considère comme « une entreprise stratégique pour la France », a déposé un dossier auprès du Fonds stratégique d'investissement (FSI). L'une des options envisagées consisterait à faire entrer au capital le FSI via une augmentation de capital réservée. Pour l'instant, aucune décision n'a été prise du côté du FSI, pour qui le dossier ne serait pas encore prioritaire. Il pourrait le devenir bientôt : Thomson donnera des précisions sur l'avancée des discussions avec les créanciers lors de la présentation des résultats, le 10 mars.
Le Thomson de 2009 n'a plus rien à voir avec ce qu'il était en 1996. Mais, au niveau financier, les problèmes demeurent : l'endettement reste un fardeau quasi insurmontable pour le groupe. Tant et si bien que son avenir est aujourd'hui clairement remis en cause.
Quelle est la situation financière de Thomson ?
« L'opération vérité », selon les propres mots de Frédéric Rose, est en marche. Le directeur général de Thomson a dévoilé le 29 janvier le montant de la dette du groupe au 31 décembre 2008 : 2,1 milliards d'euros. Soit une augmentation de 800 millions par rapport au premier semestre 2008 ! L'endettement du groupe est aujourd'hui bien supérieur à celui des fonds propres, estimé à environ 1,5 milliard d'euros. Thomson a par ailleurs indiqué qu'il avait entièrement tiré sa ligne de crédit disponible de 1,5 milliard d'euros, et qu'il disposait par conséquent d'une trésorerie de 775 millions. Mais le temps est compté pour Thomson, au rythme actuel de la dégradation des finances.
Pourquoi la dette a-t-elle augmenté si vite ?
« Au mois d'octobre, rien ne laissait présager, d'après le discours des dirigeants, une telle augmentation de la dette », commente, intrigué, Benoît Flamant, directeur général d'IT Asset Management. La dégradation du bilan est brutale. Thomson a pourtant détaillé les raisons principales de cette augmentation : une hausse du besoin en fonds de roulement de 350 millions d'euros, justifiée par la réduction des délais de paiement fournisseurs et l'allongement des délais clients ; un effet de change défavorable sur la dette de 220 millions, alors qu'une majorité de l'endettement est libellée en dollars ; des coûts de restructuration d'environ 80 millions.
Quelles conséquences directes pour le groupe ?
« Certains contrats de financement de la société comportent des clauses conventionnelles (covenants) selon lesquelles le ratio de dette nette sur capitaux propres ne doit pas excéder 1 », a reconnu la société dans son communiqué du 29 janvier. Les covenants ne seront donc pas respectés. Et les dirigeants de Thomson ont d'ores et déjà entamé des discussions avec les principaux créanciers « afin d'éviter qu'ils ne décident de provoquer la déchéance du terme de ces emprunts ». Les agences de notation ont fortement dégradé la note de crédit du groupe, considéré comme un émetteur « douteux».
Qui sont les créanciers prioritaires ?
Thomson négocie pour l'instant avec les détenteurs obligataires. Ces derniers possèdent environ 1 milliard d'euros de créances du groupe. C'est avec ces investisseurs que les covenants ont été signés, et c'est donc avec eux qu'il s'agit de négocier en priorité. Ce sont essentiellement des fonds américains - « une cinquantaine », estime une porte-parole du groupe. Le solde (1,1 milliard) de l'endettement correspond davantage à de la dette classique, dont les clauses de remboursement sont moins drastiques.
Quelles sont les marges de manoeuvre pour Thomson ?
Les dirigeants sont en ce moment même en train de négocier avec les créanciers afin de rééchelonner la dette et de repousser les échéances de remboursement. Mais au stade actuel, « il est impossible de prévoir l'issue du processus de discussion engagé », a prévenu Frédéric Rose. Cela va dépendre de la situation financière de ces investisseurs et de la capacité de conviction du management de Thomson. Celui-ci est engagé par ailleurs dans une quête de nouveaux investisseurs potentiels, qui pourraient notamment racheter de la dette pour, ensuite, l'échanger contre une participation au capital. Pour les convaincre, la direction a présenté une nouvelle orientation stratégique pour le groupe, afin d'assurer la rentabilité et les générations de cash futures. Des cessions d'actifs sont prévues.
A quoi va ressembler le nouveau Thomson ?
Le groupe technologique veut afficher une nouvelle cohérence dans ses métiers ; le manque de lisibilité des activités a toujours été un handicap auprès des investisseurs. Thomson a donc décidé de se recentrer sur « les services aux créateurs de contenu ». Il va principalement s'appuyer sur sa marque Technicolor, reconnue auprès des studios de cinéma et de télévision. L'activité décodeurs et fabrication de DVD demeure dans le giron de Thomson, ainsi que les lucratifs brevets et licences déposés par le groupe. Celui-ci est prêt en revanche à abandonner 1 milliard d'euros de chiffre d'affaires en se séparant de sa filiale Grass Valley, qui fabrique des équipements pour le cinéma, de PRN (réseau publicitaire) et de sa participation dans Screenvision (régie publicitaire). En cause : les besoins d'investissements, trop importants, et le manque de synergies. Thomson espère également récupérer de l'argent frais pour consolider son bilan.
« Difficile de trouver un acheteur dans le contexte actuel, s'inquiète cependant Benoît Flamant, et, surtout, à quel prix vendre ? » Les industriels ne se bousculeraient pas au portillon pour reprendre Grass Valley, et les fonds de private equity, très actifs ces dernières années, le sont désormais beaucoup moins.
Une faillite est-elle envisageable ?
Le marché ne l'exclut pas, compte tenu de la valorisation de la société en Bourse. En un an, le titre a été divisé par 9, et évolue désormais autour de 1 euro. La capitalisation boursière est installée sous le seuil de 300 millions d'euros. L'hypothèse n'est pas écartée non plus par les agences de notation. Standard & Poor's a dégradé la note de crédit de Thomson à CC, reflétant un « risque substantiel de défaut de paiement à très court terme ». La note suivante, D, indique que « le défaut est général, ou substantiel ». Thomson a jusqu'au 30 avril pour trouver une solution avec ses créanciers et éviter cet écueil.
Quel rôle peut jouer l'Etat ?
Malgré la privatisation en 1997, les relations entre Thomson et l'Etat sont demeurées étroites. La faillite de Thomson serait certainement vue d'un mauvais oeil : le groupe emploie encore près de 4.000 salariés en France dans les activités de recherche-développement et possède plus de 30.000 brevets technologiques. C'est pourquoi Thomson, qui se considère comme « une entreprise stratégique pour la France », a déposé un dossier auprès du Fonds stratégique d'investissement (FSI). L'une des options envisagées consisterait à faire entrer au capital le FSI via une augmentation de capital réservée. Pour l'instant, aucune décision n'a été prise du côté du FSI, pour qui le dossier ne serait pas encore prioritaire. Il pourrait le devenir bientôt : Thomson donnera des précisions sur l'avancée des discussions avec les créanciers lors de la présentation des résultats, le 10 mars.
NOTRE CONSEIL
Rester à l'écart (code : TMS, Comp. B, SRD). L'avenir de Thomson n'est pas assuré. Et il serait hasardeux de spéculer sur un titre qui demeure très volatil.
Rester à l'écart (code : TMS, Comp. B, SRD). L'avenir de Thomson n'est pas assuré. Et il serait hasardeux de spéculer sur un titre qui demeure très volatil.
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