.

.
.

Les entreprises du CAC 40 vont verser 37,5 milliards d'euros de dividendes

Les sociétés restent généreuses avec les actionnaires. Mais, crise oblige, elles privilégient le paiement en actions plutôt qu'en numéraire
JÉRÔME MARMET | JDF HEBDO | 14.03.2009 | Mise à jour : 20H17
Hormis Air France-KLM, Alstom et Pernod Ricard, dont les exercices fiscaux sont décalés par rapport à l'année civile, toutes les sociétés du CAC 40 ont publié leurs comptes annuels au titre de l'exercice 2008. Si le montant cumulé des bénéfices nets s'éleve à 58,3 milliards d'euros, il a diminué de 42 % sur un an. Les actionnaires percevront néanmoins près de 37,5 milliards d'euros sous forme de dividendes. Un montant inférieur à celui versé l'an dernier (43 milliards d'euros) mais qui reste supérieur aux sommes distribuées à l'issue des années précédentes.
Comment évoluent les dividendes cette année ?
L'histoire montre qu'en période de crise les dividendes ont tendance à diminuer moins fortement que les bénéfices. Un paradoxe qui s'explique par la volonté qu'ont les entreprises d'envoyer des signaux rassurants à leurs actionnaires. Le tableau ci-contre montre que la majorité des sociétés du CAC 40 ont ainsi accru le dividende 2008 ou l'ont maintenu au niveau de 2007. Pour celles qui l'ont augmenté, la progression s'est néanmoins faite à un rythme moindre que celui de l'an passé.
Distribuer un dividende, même faible, permet de ne pas envoyer un signal trop négatif à l'adresse des marchés financiers. Air Liquide, L'Oréal, LVMH, Sanofi-Aventis ou Total ont ainsi toujours amélioré ou maintenu leur dividende depuis vingt ans.
Cette année encore, le taux de distribution dans le CAC 40 reste à un niveau très élevé :environ 64 % des bénéfices nets en moyenne. Toutefois, les rachats d'actions, qui s'étaient multipliés en 2007, ont pratiquement disparu au cours des derniers mois.
Pourquoi une distribution en actions plutôt qu'en cash ?
Crise financière oblige, plusieurs sociétés proposent à leurs actionnaires de les rémunérer en actions plutôt qu'en cash. Pour l'entreprise, l'intérêt est double. Elle ne puise pas dans sa trésorerie et renforce ses capitaux propres via les nouvelles actions émises ; le ratio de dettes nettes sur fonds propres s'améliore. Le paiement du dividende en actions revient donc en force dans la mesure où une gestion stricte des liquidités est rendue nécessaire par la crise.
Prenons l'exemple de GDF Suez et de France Télécom. L'Etat actionnaire veut être payé en titres. Le groupe d'énergie et l'opérateur télécoms réaliseront ainsi respectivement une économie de 625 millions et 242 millions d'euros au niveau de leur trésorerie. Pour l'actionnaire individuel, il est préférable de recevoir un dividende réinvesti en actions plutôt qu'un faible rendement en numéraire. Cette possibilité est offerte aux actionnaires d'Accor, de BNP Paribas, du Crédit Agricole, de GDF Suez, de Schneider Electric, de Vinci ou encore à ceux de Vivendi.
En pratique, l'actionnaire a un délai d'un mois pour décider s'il choisit le paiement en actions, à un prix qui ne peut être inférieur à 90 % du cours moyen des vingt jours précédant l'assemblée générale, soit une décote maximale de 10 %. Ainsi, la valeur de ce que reçoit le porteur est souvent supérieure au montant du dividende payé en numéraire. A condition que le cours ne fléchisse pas après l'assemblée.
Quelles sont les déceptions et où sont les bonnes surprises ?
D'un secteur à l'autre, la moisson de dividendes 2008 n'a pas la même saveur. Hormis la Société Générale - dont le dividende a été rehaussé à 1,20 euro au motif que l'année 2007 avait été amputée de l'affaire Kerviel -, les banques, appelées à la modération en échange du soutien de l'Etat, ont fortement réduit leur coupon, voire l'ont supprimé, comme Dexia. Dans l'automobile, où les profits se sont dégradés, les dividendes sont à la baisse, voire suspendus, par exemple chez Renault.
A l'opposé, et comme sur les exercices précédents, Total, qui a engrangé un profit record (hors effet stocks) de 13,9 milliards d'euros en 2008, reste le champion des dividendes.
Le groupe va ainsi redistribuer près de 40 % de ses bénéfices (soit 5,4 milliards d'euros).
Les actionnaires de GDF Suez sont aussi bien traités. Ils toucheront le 11 mai le solde (0,6 euro) du dividende ordinaire (1,4 euro), auquel s'ajoute un dividende exceptionnel de 0,8 euro (payé en actions le 4 juin si l'assemblée générale valide la proposition). Au final, le groupe d'énergie retournera 4,8 milliards.
France Télécom (3,6 milliards d'euros), Sanofi-Aventis (2,9 milliards) et EDF (2,3 milliards) complètent la liste des gros pourvoyeurs de dividendes. Ces trois groupes ont publié des résultats 2008 solides et leurs annonces étaient anticipées par le marché.
Ce n'était pas forcément le cas de Danone et de Schneider Electric, qui font figure de bonnes surprises. Le leader français des produits laitiers a fait croître ses résultats plus vite que son chiffre d'affaires, de sorte qu'il soumettra au vote de l'assemblée du 23 avril un dividende de 1,20 euro par action, en hausse de 9 %. De son côté, le fabricant d'équipements électriques a confirmé ses ambitions sur l'année en cours et a agréablement surpris avec un coupon de 3,45 euros par action.
Mais la palme du dividende le plus copieux revient, comme l'an passé, à Unibail-Rodamco. Les actionnaires de la foncière vont toucher 7,50 euros par action (plus de deux fois le dividende proposé aux actionnaires de Total) malgré une perte nette de 1,1 milliard d'euros. Alors que l'immobilier de bureau est affecté par la conjoncture, les performances opérationnelles de la foncière restent solides.
Que peut-on attendre au titre de l'exercice 2009 ?
Le manque de visibilité rend tout pronostic difficile, d'autant que la majorité des groupes du CAC 40 n'a pas donné d'objectifs chiffrés pour 2009.
Selon Axa IM, il faut s'attendre à un recul de 30 % des dividendes versés l'an prochain en Europe, conséquence des futures baisses de résultats. Mais c'est en fonction de la capacité d'autofinancement, et non à partir du bénéfice net, que le montant du dividende est fixé par l'entreprise.
Or, si les sociétés font attention à leurs liquidités, seules celles en grande difficulté renonceront à un versement. « La plupart des sociétés du CAC ont sécurisé l'accès à des lignes de crédits non tirées », rassure Yann Le Fur, directeur chez Mediobanca et coauteur de la lettre Vernimmen.net. Enfin, le dividende est plus qu'un simple moyen de faire participer les actionnaires aux résultats, plus ou moins bons suivant les années. C'est un outil de communication financière indispensable pour rassurer et fidéliser les actionnaires en temps de crise.
.
.
.

Liens sponsorisés
    .
     
    .
    .
    Découvrez le Journal des Finances
     
    Découvrez gratuitement
    à partir du mercredi matin
    le dernier numéro du Journal
    des Finances au format PDF !
     

    Accès réservé :

    • Aux membres gratuits : Inscription en 3 min
    • A partir du mercredi matin, jusqu'au
      vendredi soir, sortie du prochain numéro.

    .
    Acces aux archives (abonné)

    Consulter l'ensemble

    des archives du journal
    des Finances depuis 2004

    Choisir une année

    .
    .
    .
    .
    .
.