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En pleine crise, Valeo change de patron et entre dans une période incertaine

La démission forcée du P-DG Thierry Morin pose de multiples questions sur l'avenir du deuxième équipementier automobile français
JÉRÔME MARMET | JDF HEBDO | 28.03.2009 | Mise à jour : 13H27
Aux commandes de l'équipementier automobile depuis 2001, Thierry Morin a quitté ses fonctions. Ce départ brutal intervient alors que Valeo doit affronter une crise sans précédent sur le marché automobile.
Quelles sont les raisons à l'origine de cette démission ?
Tout s'est joué lors du conseil d'administration qui s'est déroulé le vendredi 20 mars. Une réunion houleuse au cours de laquelle le P-DG s'est opposé aux autres administrateurs, avant d'être mis en minorité sur plusieurs points.
En tout premier lieu, sur le changement de mode de gouvernance de l'entreprise. Pour mieux affronter la crise, il a été proposé de dissocier les fonctions de président et de directeur général. Autrement dit, adopter un système à directoire et conseil de surveillance, ce qui revenait à placer Thierry Morin sous tutelle. Une humiliation pour ce P-DG très autoritaire et peu enclin à faire des concessions.
L'autre pomme de discorde tiendrait à des « divergences stratégiques », selon les termes du communiqué publié. Pour certains administrateurs, Valeo ne va pas assez vite dans son programme de cessions d'actifs et doit privilégier certains métiers au lieu de couvrir un grand nombre de lignes de produits, comme le préconisait son P-DG. La crise n'a fait que fragiliser la position de Thierry Morin aux yeux d'un conseil par ailleurs excédé par son côté hautain et son exercice solitaire du pouvoir.
Enfin, le patron de Valeo avait suscité la polémique en début d'année en raison du montant de sa rémunération fixe : 62 % plus élevée que celle des patrons du CAC 40 en moyenne. Face aux pressions, cette rémunération a été ramenée à à 1,1 million d'euros. Mais Thierry Morin défraie à nouveau la chronique à cause de ses indemnités de départ : 3,26 millions (deux années de salaires). Surtout, le patron sortant a perçu, le 23 mars, la totalité de la somme, alors que deux des cinq critères d'atttribution de ce parachute doré n'ont pas été respectés et que la prochaine assemblée générale des actionnaires doit encore approuver le montant de cette indemnité.
Quel est le bilan de Thierry Morin à la tête de Valeo ?
Aux commandes depuis huit ans, mais présent chez Valeo depuis vingt ans, Thierry Morin laisse un groupe moins mal en point qu'il n'y paraît.
Certes, Valeo a accusé l'an dernier une perte nette de 207 millions d'euros, mais elle est surtout due à des provisions exceptionnelles pour restructurations.
Sur le dernier trimestre 2008, le chiffre d'affaires a diminué de 27 %, et l'équipementier s'attend encore à une baisse de la production automobile mondiale d'au moins 20 % sur 2009. Valeo restera donc déficitaire sur le premier semestre de l'exercice en cours.
Toutefois, sous l'impulsion de Morin, un important travail de réorganisation industrielle a été accompli. Entre 2001 et 2008, le groupe a ramené de 170 à 121 le nombre de ses sites de production dans le monde, tout en accompagnant les constructeurs sur de nouveaux marchés. Grâce à une base de coûts allégée (avec plus de 50 % de la main-d'oeuvre dans des pays à bas salaires), Valeo a, mieux que d'autres, supporté la flambée du coût des matières premières durant l'année 2007 et le premier semestre 2008.
Thierry Morin a aussi été l'artisan de la politique d'innovation. Les produits à forte valeur ajoutée représentent dorénavant plus de 20 % du chiffre d'affaires. Et, sur l'exercice clos, les prises de commandes ont représenté 1,4 fois le chiffre d'affaires de la première monte : le niveau le plus élevé depuis 2001. Cette capacité d'innovation permet à Valeo de s'affranchir en partie de la pression sur les prix imposée par les constructeurs.
Autre point positif, l'amélioration de la qualité des produits. Ces trois dernières années, Valeo a raflé de nombreux prix décernés par les constructeurs, dont le prestigieux Excellent Quality Performance Award de Toyota - pour beaucoup, la référence en matière de fiabilité automobile. Tout cela a permis au groupe de gagner des parts de marché.
En revanche, au passif de Thierry Morin figurent une taille et une rentabilité toujours considérées comme insuffisantes. Valeo n'occupe que le treizième rang des équipementiers en Europe et reste à la traîne en termes de rentabilité par rapport à ses rivaux allemands, Bosch et Siemens.
Enfin, l'objectif d'une marge opérationnelle de 6 à 7 % à l'horizon 2010 a dû être abandonné à cause de la crise actuelle.
Qui pour le remplacer ?
C'est un tandem formé dans l'urgence qui assure l'intérim jusqu'à la prochaine assemblée générale des actionnaires. Jacques Aschenbroich, ancien directeur de la branche vitrage de Saint-Gobain, occupe le poste de directeur général, et Pascal Colombani, directeur associé du cabinet de conseil AT Kearney, a été nommé président non exécutif.
Sans faire injure à leurs compétences, on peut regretter que des managers issus de l'industrie automobile n'aient pas été choisis.
Au final, les fonds actionnaires ont-ils pris le pouvoir ?
En apparence, tout porte à le croire. Avec 19,75 % du capital, le fonds d'investissement américain Pardus est le premier actionnaire. Or les relations avec Thierry Morin n'ont jamais été simples. La montée du fonds au capital, courant 2007, avait déclenché une véritable bataille médiatique. L'épisode a certainement laissé des traces, même si, en échange du siège obtenu au conseil d'administration en 2008, Pardus s'était faît plus discret.
Un accord de principe auquel n'était pas soumis le Fonds stratégique d'investissement (FSI). Son entrée à hauteur de 2,35 % au capital, le 25 février, a porté la part détenue par les pouvoirs publics à 8,33 % (la Caisse des Dépôts et Consignations détenant 5,99 % des titres). L'Etat a donc son mot à dire et entend bien ne pas s'en priver.
Faut-il s'attendre à un changement de stratégie ?
La stratégie de Valeo va être réexaminée par la nouvelle direction. Et, en raison des « divergences stratégiques » évoquées, il faut s'attendre à des modifications mais en aucun cas à un changement de cap radical.
Initié depuis 2004, le repositionnement du groupe sur trois grands domaines d'activité (efficacité de la propulsion, aide à la conduite et amélioration du confort à bord) a vocation à perdurer. Seulement une plus grande spécialisation sur certaines familles de produits pourrait voir le jour. D'autant que le programme de cessions et d'acquisitions lancé en 2007, et portant dans les deux cas sur une enveloppe de 2 milliards d'euros de chiffre d'affaires, ne va pas assez vite, selon les dires de certains administrateurs.
De nouvelles cessions d'actifs sont donc envisageables, à condition que le contexte économique s'y prête. De quoi plaire à Pardus, qui avait, à maintes reprises par le passé, souhaité que Valeo se recentre sur quelques métiers stratégiques, sans jamais préciser lesquels. Le même constat avait été fait par Guy Wyser-Pratte.
Un temps présent sur ce dossier, l'homme d'affaires franco-américain avait estimé que, « sur la douzaine de pôles que compte Valeo, au moins cinq n'étaient pas rentables ». Depuis, deux pôles ont été cédés (le câblage et l'activité thermique moteur), mais Valeo pourrait aller plus loin. Toutefois, dans l'immédiat, la priorité est de traverser la crise. En se focalisant sur la maîtrise des liquidités et sur la réduction de coûts déjà engagée.
Valeo a annoncé la suppression de 5.000 postes dans le monde, dont 1.600 en France. Plus que jamais, ce plan reste d'actualité.
NOTRE CONSEIL
Rester à l'écart de la valeur. En l'état actuel, trop d'incertitudes pèsent sur le titre et les conditions pour un rebond durable ne sont pas réunies (code : FR, Comp. A, SRD).
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