.
Bolloré s'apprête à trouver un accord avec Aegis
YVES DE KERDREL |
JDF HEBDO | 10.04.2009 | Mise à jour : 10H11
En cet après-midi ensoleillé d'avril, l'heure est à la sérénité pour Vincent Bolloré. Au 17e étage de sa tour amarrée quai de Seine, telle une goélette toujours prête à appareiller pour un nouveau cap, le soleil rayonne dans le bureau de l'industriel breton, jusqu'à venir effleurer une aquarelle représentant le Paloma, son yacht privé à la ligne parfaite.
L'heure est d'autant plus à la sérénité que les comptes du groupe pour l'exercice 2008 sont bien meilleurs que ce que tout le monde pouvait imaginer. Eh oui, on avait fini par l'oublier. Le groupe Bolloré n'est pas qu'un enchevêtrement de participations financières. C'est, d'abord, trois activités principales toutes génératrices de cash-flow.
Il y a la commission de transport, une activité de services, hautement rémunératrice, qui consiste à aider les marchandises à entrer sur un territoire, puis à circuler. C'est l'assemblage de l'ancienne Scac, de la Saga et de différents morceaux de puzzle patiemment accumulés par le groupe qui en fait un acteur incontournable.
Longtemps, cette activité s'est trouvée liée à celle du transport maritime exercée par Delmas-Vieljeux. Mais, il y a trois ans, juste avant que le marché du fret se retourne, Vincent Bolloré a eu la bonne idée de céder ses bateaux et ses lignes maritimes au groupe CMA-CGM, détenu par la famille Saadé. Il concède que, sans ce virage stratégique réalisé dans des conditions financières favorables, le groupe Bolloré serait aujourd'hui en perte, compte tenu de l'effondrement des taux de fret constaté depuis quelques mois. Bien sûr, le chiffre d'affaires de l'activité commission de transport a été affecté, dans le sillage de la baisse du commerce mondial. Mais cette branche a continué à dégager d'importants bénéfices.
Deuxième activité historique de Bolloré : l'Afrique. C'est la partie de la planète la moins touchée par la crise économique. La croissance continue de s'y développer, même de façon plus ralentie, comme l'a récemment souligné le Fonds monétaire international. Et Vincent Bolloré s'attend à une très bonne année 2009. Toujours est-il qu'au titre de l'exercice écoulé l'Afrique et la commission de transport ont représenté un chiffre d'affaires de 4,5 milliards d'euros, en hausse de 9 %, et un résultat opérationnel de 297 millions.
Reste enfin la machine à cash du groupe, son pôle de distribution d'énergie, et notamment de fioul. Bien sûr, la rigueur hivernale a dopé les volumes de ventes fin 2008. Or le groupe est commissionné non pas sur le chiffre d'affaires global, mais sur les volumes vendus. Si bien que le cash-flow généré par cette activité n'a pas été affecté par les aléas de la conjoncture.
Au total, le résultat opérationnel de ces trois activités de base s'élève pour 2008 à 316 millions, en progression de 14 % par rapport à l'exercice précédent. Excusez du peu ! A cela s'ajoutent les résultats financiers qui se composent en termes de charges par les provisions pour dépréciations de titres (323 millions s'agissant d'Havas ou d'Aegis) dont la valeur vénale a été totalement alignée sur celle du marché, et en termes de produits par la dernière partie de la plus-value réalisée sur les titres Vallourec. Une plus-value sécurisée dès l'année 2007, mais encaissée en 2008. A quelques euros près, les deux éléments se neutralisent. Ce qui permet au résultat net part du groupe d'atteindre 50 millions d'euros, et donc au groupe de distribuer un dividende de 1,10 euro par titre.
Restent les activités nouvelles du groupe, celles dont on parle généralement le plus même si elles sont encore embryonnaires. Leurs charges totales s'élèvent à 191 millions d'euros, dont près de 40 % sont liées à la chaîne de télévision numérique terrestre Direct8 et aux journaux gratuits du groupe. Face à ce montant, la publicité devrait absorber cette année la moitié de ces charges avec un an d'avance sur les budgets. Tant et si bien que l'équilibre pourrait être atteint sinon en 2010 du moins en 2011.
De surcroît, le grand sujet d'actualité, c'est la batterie électrique. Une activité au développement de laquelle le groupe consacre un peu moins de 100 millions d'euros par an depuis quinze ans. Une obstination qui mérite d'être saluée dans cette période que certains dénoncent comme celle d'un « capitalisme sans projet ».
La production est désormais programmée pour débuter dans moins d'un an, avec l'ouverture d'usines au Canada et en France dans les semaines qui viennent. Quant à la Bluecar, la voiture électrique présentée au Salon de Genève et dotée de cette batterie unique en son genre, elle a déjà fait l'objet, en un mois, de 3.000 réservations. Ce qui fait dire à Vincent Bolloré que ce défi tant contesté est désormais une réussite à la fois scientifique, industrielle et commerciale. Il ne lui reste plus qu'à devenir une réussite financière. Ce qui devrait pouvoir être tranché avant 2012.
Enfin, le dernier sujet d'importance qui soulève l'intérêt des investisseurs maintenant que le pari du redressement d'Havas est gagné, c'est celui de la participation dans Aegis. Le groupe Bolloré a acquis 29,85 % du britannique. A cinq reprises, il a tenté de forcer la porte du conseil en demandant la nomination de deux administrateurs indépendants. Une requête bizarrement refoulée au pays qui a inventé la corporate governance.
Toutefois, en novembre 2008, Robert Lerwill, qui menait à la tête d'Aegis une guerre frontale avec le groupe Bolloré, a été démis de ses fonctions et remplacé par John Napier, avec lequel le courant passe beaucoup mieux. Les deux hommes ont mené des discussions approfondies au cours des dernières semaines. Et l'assemblée des actionnaires du 22 mai prochain devrait voir le départ de trois administrateurs, remplacés par deux personnalités indépendantes sur le nom desquelles les patrons d'Aegis et d'Havas sont sur le point de tomber d'accord.
Autant dire que le climat est à l'apaisement sur ce front, d'autant que l'action Aegis a progressé de 79 % depuis novembre 2008. Ensuite, les deux ensemble pourraient travailler de concert dans le respect des minoritaires, mais avec le souci pour Vincent Bolloré d'accroître le niveau moyen de chiffre d'affaires de ses clients afin qu'Havas ne soit plus un poids moyen dans la cour des grands groupes publicitaires.
Tout cela montre par A plus B la robustesse du modèle économique adopté par l'industriel breton. Le groupe n'a pas cessé d'avancer sur ses deux jambes, en dépit de la violence de la crise économique et financière. La jambe industrielle et commerciale qui se développe et se renouvelle, comme on le voit avec la Bluecar ou avec le pôle communication, et la jambe constituée par l'ensemble des participations financières, dont notamment Mediobanca en Italie. Cette même solidité devrait être confirmée cette année, voire améliorée grâce à la bonne maîtrise des dépenses dans les nouvelles activités (comme les télécoms ou les médias).
Par ailleurs, ce n'est un secret pour personne : Vincent Bolloré garde en permanence un oeil sur la Bourse. Depuis un mois, il s'est remis à l'achat sur Vallourec. Et la hausse du titre lui permet d'ores et déjà d'afficher une plus-value latente de 30 millions d'euros. Tout en restant plus secret que jamais, il entend bien profiter de cette période de soldes boursiers. Et en faire profiter tous ses actionnaires.
Il y a la commission de transport, une activité de services, hautement rémunératrice, qui consiste à aider les marchandises à entrer sur un territoire, puis à circuler. C'est l'assemblage de l'ancienne Scac, de la Saga et de différents morceaux de puzzle patiemment accumulés par le groupe qui en fait un acteur incontournable.
Longtemps, cette activité s'est trouvée liée à celle du transport maritime exercée par Delmas-Vieljeux. Mais, il y a trois ans, juste avant que le marché du fret se retourne, Vincent Bolloré a eu la bonne idée de céder ses bateaux et ses lignes maritimes au groupe CMA-CGM, détenu par la famille Saadé. Il concède que, sans ce virage stratégique réalisé dans des conditions financières favorables, le groupe Bolloré serait aujourd'hui en perte, compte tenu de l'effondrement des taux de fret constaté depuis quelques mois. Bien sûr, le chiffre d'affaires de l'activité commission de transport a été affecté, dans le sillage de la baisse du commerce mondial. Mais cette branche a continué à dégager d'importants bénéfices.
Deuxième activité historique de Bolloré : l'Afrique. C'est la partie de la planète la moins touchée par la crise économique. La croissance continue de s'y développer, même de façon plus ralentie, comme l'a récemment souligné le Fonds monétaire international. Et Vincent Bolloré s'attend à une très bonne année 2009. Toujours est-il qu'au titre de l'exercice écoulé l'Afrique et la commission de transport ont représenté un chiffre d'affaires de 4,5 milliards d'euros, en hausse de 9 %, et un résultat opérationnel de 297 millions.
Reste enfin la machine à cash du groupe, son pôle de distribution d'énergie, et notamment de fioul. Bien sûr, la rigueur hivernale a dopé les volumes de ventes fin 2008. Or le groupe est commissionné non pas sur le chiffre d'affaires global, mais sur les volumes vendus. Si bien que le cash-flow généré par cette activité n'a pas été affecté par les aléas de la conjoncture.
Au total, le résultat opérationnel de ces trois activités de base s'élève pour 2008 à 316 millions, en progression de 14 % par rapport à l'exercice précédent. Excusez du peu ! A cela s'ajoutent les résultats financiers qui se composent en termes de charges par les provisions pour dépréciations de titres (323 millions s'agissant d'Havas ou d'Aegis) dont la valeur vénale a été totalement alignée sur celle du marché, et en termes de produits par la dernière partie de la plus-value réalisée sur les titres Vallourec. Une plus-value sécurisée dès l'année 2007, mais encaissée en 2008. A quelques euros près, les deux éléments se neutralisent. Ce qui permet au résultat net part du groupe d'atteindre 50 millions d'euros, et donc au groupe de distribuer un dividende de 1,10 euro par titre.
Restent les activités nouvelles du groupe, celles dont on parle généralement le plus même si elles sont encore embryonnaires. Leurs charges totales s'élèvent à 191 millions d'euros, dont près de 40 % sont liées à la chaîne de télévision numérique terrestre Direct8 et aux journaux gratuits du groupe. Face à ce montant, la publicité devrait absorber cette année la moitié de ces charges avec un an d'avance sur les budgets. Tant et si bien que l'équilibre pourrait être atteint sinon en 2010 du moins en 2011.
De surcroît, le grand sujet d'actualité, c'est la batterie électrique. Une activité au développement de laquelle le groupe consacre un peu moins de 100 millions d'euros par an depuis quinze ans. Une obstination qui mérite d'être saluée dans cette période que certains dénoncent comme celle d'un « capitalisme sans projet ».
La production est désormais programmée pour débuter dans moins d'un an, avec l'ouverture d'usines au Canada et en France dans les semaines qui viennent. Quant à la Bluecar, la voiture électrique présentée au Salon de Genève et dotée de cette batterie unique en son genre, elle a déjà fait l'objet, en un mois, de 3.000 réservations. Ce qui fait dire à Vincent Bolloré que ce défi tant contesté est désormais une réussite à la fois scientifique, industrielle et commerciale. Il ne lui reste plus qu'à devenir une réussite financière. Ce qui devrait pouvoir être tranché avant 2012.
Enfin, le dernier sujet d'importance qui soulève l'intérêt des investisseurs maintenant que le pari du redressement d'Havas est gagné, c'est celui de la participation dans Aegis. Le groupe Bolloré a acquis 29,85 % du britannique. A cinq reprises, il a tenté de forcer la porte du conseil en demandant la nomination de deux administrateurs indépendants. Une requête bizarrement refoulée au pays qui a inventé la corporate governance.
Toutefois, en novembre 2008, Robert Lerwill, qui menait à la tête d'Aegis une guerre frontale avec le groupe Bolloré, a été démis de ses fonctions et remplacé par John Napier, avec lequel le courant passe beaucoup mieux. Les deux hommes ont mené des discussions approfondies au cours des dernières semaines. Et l'assemblée des actionnaires du 22 mai prochain devrait voir le départ de trois administrateurs, remplacés par deux personnalités indépendantes sur le nom desquelles les patrons d'Aegis et d'Havas sont sur le point de tomber d'accord.
Autant dire que le climat est à l'apaisement sur ce front, d'autant que l'action Aegis a progressé de 79 % depuis novembre 2008. Ensuite, les deux ensemble pourraient travailler de concert dans le respect des minoritaires, mais avec le souci pour Vincent Bolloré d'accroître le niveau moyen de chiffre d'affaires de ses clients afin qu'Havas ne soit plus un poids moyen dans la cour des grands groupes publicitaires.
Tout cela montre par A plus B la robustesse du modèle économique adopté par l'industriel breton. Le groupe n'a pas cessé d'avancer sur ses deux jambes, en dépit de la violence de la crise économique et financière. La jambe industrielle et commerciale qui se développe et se renouvelle, comme on le voit avec la Bluecar ou avec le pôle communication, et la jambe constituée par l'ensemble des participations financières, dont notamment Mediobanca en Italie. Cette même solidité devrait être confirmée cette année, voire améliorée grâce à la bonne maîtrise des dépenses dans les nouvelles activités (comme les télécoms ou les médias).
Par ailleurs, ce n'est un secret pour personne : Vincent Bolloré garde en permanence un oeil sur la Bourse. Depuis un mois, il s'est remis à l'achat sur Vallourec. Et la hausse du titre lui permet d'ores et déjà d'afficher une plus-value latente de 30 millions d'euros. Tout en restant plus secret que jamais, il entend bien profiter de cette période de soldes boursiers. Et en faire profiter tous ses actionnaires.
NOTRE CONSEIL
Les comptes du groupe pour 2008 nous amènent à être plus positifs encore que nous ne l'étions. Nous relevons à 120 euros notre objectif de cours sur le titre Bolloré (code : BOL, Comp. A, SRD), ce qui lui confère un potentiel de hausse de 43 %.
Les comptes du groupe pour 2008 nous amènent à être plus positifs encore que nous ne l'étions. Nous relevons à 120 euros notre objectif de cours sur le titre Bolloré (code : BOL, Comp. A, SRD), ce qui lui confère un potentiel de hausse de 43 %.
.












