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L'euro fort, bonheur des uns et malheur des autres

JDF HEBDO | 08.12.2007 | Mise à jour : 11H09

C'est à n'y rien comprendre, ou presque... Les périodes de soldes nous ont en effet davantage habitués à la vision de files de consommateurs se massant dès potron- minet devant les devantures, pour se ruer à l'ouverture des magasins sur les bonnnes affaires, qu'à celle d'étals désertés attendant vainement d'appâter le chaland...

Or, c'est bel et bien la situation à laquelle nous assistons ces jours-ci : alors que, profitant d'un dollar cantonné à un niveau historiquement bas face à la devise européenne, les entreprises du Vieux Continent (et notamment françaises) devraient se ruer sur leurs homologues américaines et provoquer un déluge d'OPA sur le Nouveau Monde, rien ne se passe. Voilà qui inspire deux réflexions. La première, c'est qu'une telle frilosité de la part de sociétés dont les bilans ont rarement été aussi sains et les profits aussi élevés - bref, dont le pouvoir d'achat est au beau fixe - ne laisse pas d'inquiéter quant aux perspectives de l'économie américaine. Du moins telles qu'elles semblent perçues par les entreprises européennes...

D'une pierre deux coups

La seconde, c'est que l'acquisition de l'éditeur américain de jeux vidéo Activision par Vivendi est d'autant plus méritoire qu'elle reste donc, pour l'heure, un fait isolé. Il n'est toutefois pas question de réduire cette opération à une simple opportunité liée à l'évolution favorable des taux de change.

Car pour sa première acquisition d'envergure depuis qu'il a succédé à Jean-René Fourtou à la tête de Vivendi, Jean-Bernard Lévy a plutôt bien fait les choses, puisqu'il permet à la filiale de jeux vidéo du groupe de faire d'une pierre deux coups. Non seulement Vivendi Games accède à un marché qui lui faisait jusqu'à présent défaut, celui des consoles de nouvelle génération, mais il le fait en détrônant le numéro un du secteur, Electronic Arts. Et, à en juger par l'évolution du cours de Bourse de Vivendi cette semaine, les investisseurs ont apprécié.

Bien sûr, les mauvaises langues (au rang desquelles nous aurions mauvaise grâce de refuser de compter) ne manqueront pas de souligner que cette acquisition, pour pertinente qu'elle soit sur le plan industriel, puisqu'elle donne naissance à un leader mondial, a également (surtout ?) pour intérêt d'extérioriser la valeur d'un actif jusqu'à présent peu visible. Et de permettre de réaliser une très belle opération patrimoniale - en apportant l'équivalent de 9,8 milliards de dollars, Vivendi obtiendra une participation valorisée environ 13,5 milliards (lire page 28). Ce qui relève davantage de la logique d'une holding de participations financières que de celle d'un groupe industriel intégré...

De fait, les filiales détenues à 100 % par Vivendi commencent à se faire rares - il ne reste plus guère que Groupe Canal+ et Universal Music -, ce qui pourrait s'avérer handicapant en termes de gestion des liquidités par la maison mère, même si nombre d'analystes financiers applaudissent les capacités du groupe à faire remonter les cash-flows jusqu'à la structure de contrôle.

Vivendi ne saurait toutefois se voir réduire à sa seule dimension de holding, ne serait-ce que parce qu'il opère dans des secteurs d'activités (télécoms, médias, divertissement) dont les frontières, numérisation des contenus et dématérialisation des supports obligent, deviennent de plus en plus ténues.

Patriotisme économique

Sans pour autant gober les fables de l'ère Messier sur la convergence numérique, et sur d'éventuelles synergies entre les filiales du groupe, une chose est sûre cependant : grâce à la diversité de son portefeuille d'activités, Vivendi est à peu près assuré d'y voir figurer l'un des futurs gagnants de la convergence.

Ses actionnaires sont donc au meilleur poste d'attente qui soit, pour peu que Jean-Bernard Lévy ne se laisse pas griser par la force de frappe financière de son groupe, et sache continuer d'éviter, comme il l'a fait jusqu'à présent, de tomber dans une boulimie d'acquisitions aventureuses. Même aux Etats-Unis...

Des acquisitions sur le sol américain, EADS semble bel et bien décidé à en mener, lui aussi, dans un futur proche, du moins si l'on en croit les récentes déclarations de l'un des plus hauts dirigeants, dans cette zone, de l'avionneur européen. Des propos qui font écho à ceux tenus par le président du groupe, Louis Gallois, chargeant de tous les maux la force de l'euro par rapport au billet vert, et préparant l'opinion à une inévitable délocalisation d'unités de fabrication d'Airbus vers la zone dollar, ou vers des zones à bas coûts.

Pourtant, si le gouvernement (actionnaire du groupe à hauteur de 15 %) veut donner un tant soit peu de consistance au concept récemment forgé de « patriotisme économique », alors il fera tout pour empêcher une telle éventualité. Car cette semaine, les chiffres du commerce extérieur de la France ont été publiés, et ils ne sont guère fameux, avec un déficit commercial record de 3,637 milliards d'euros atteint en octobre dernier. Or, si les ventes d'Airbus ne représentent qu'une petite fraction des exportations françaises, leur disparition des statistiques nationales (si les avions du groupe étaient fabriqués ailleurs qu'en France) creuserait toutefois singulièrement ce déficit.

Parole précipitée

Un déficit qu'une vente de titres EDF par l'Etat ne pourrait pas combler... surtout dans les conditions de celle réalisée en début de semaine. Car si les citoyens sont désormais familiers de la façon dont le président de la République entend, par la parole, précipiter l'action, force est de constater que la Bourse n'y est guère sensible et préfère l'effet de surprise. C'est ainsi que l'Etat a dû se contenter de récolter 3,7 milliards d'euros, au lieu des 5 milliards prévus...

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