L'homme et son chien
La monnaie mène le monde. Les devises font les économies. Pourtant à bien y réfléchir, c'est l'inverse qui se passe. Pascal Lamy, directeur général de l'OMC, l'a très bien expliqué mercredi soir devant les membres de la commission Attali, à laquelle appartient l'auteur de ces lignes. Une devise est à sa nation comme un maître avec son chien quand il l'emmène faire le tour du quartier. Par moments, il est à la traîne. Par moments, il marche devant. In fine, ils restent toujours liés. Et tout ce qui compte, c'est la longueur de la laisse.
Quand la décision de créer l'euro a été prise il y a quinze ans, autour de trois critères, équilibre budgétaire, stabilité des prix et compétitivité, les douze pays adhérents y ont vu une nouvelle contrainte extérieure. C'était comme si on réinventait l'étalon-or, sans or. Et de fait, pour certains, comme l'Irlande ou le Luxembourg, c'est ce qui s'est passé.
D'autres nations, comme la France, y ont vu au contraire un formidable alibi au laxisme national, laissant filer les déficits, la quantité de travail, les parts de marché à l'exportation. Aujourd'hui, sans l'euro, nous aurions dû dévaluer plusieurs fois, mais la monnaie européenne nous a protégés, car elle était aussi respectée que l'étalon-or. Il reste que si l'euro est fort aujourd'hui, c'est clairement parce que le chien marche devant nous. En dehors de l'Allemagne, l'Europe vieillit sans se remettre en cause et son taux de croissance reste inférieur depuis vingt ans à celui de l'Afrique. Si l'euro est fort aujourd'hui, c'est aussi parce que le dollar, lui, est faible. Dans un premier temps, ce fut un bon moyen pour les Américains de se venger de notre attitude dans la guerre d'Irak. Désormais, cela passe aussi par les relations Washington-Pékin.
Alors, c'est vrai, un euro fort, ce n'est pas facile pour exporter en dollars des produits fabriqués en Europe. Et s'il faut « relocaliser » toutes les activités qui le méritent pour qu'elles ne souffrent plus de problèmes de change, l'Europe n'y prendra pas ombrage. Tout ce qu'il faut éviter, c'est qu'à cette occasion les détracteurs de la monnaie européenne dénoncent le pouvoir exorbitant de la Banque centrale européenne. Ce n'est pas en incriminant les gnomes de Zurich, les hedge funds américains ou les fonds de subprimes que l'on améliorera le bon fonctionnement du système financier mondial. Regardons le monde tel qu'il est. Et ne cherchons pas ailleurs que chez nous des responsabilités qui nous incombent.











