Pouvoir d'achat : Noël est une fête variable
Le président Sarkozy n'est pas le Père Noël. Pourvu qu'il ne devienne pas le père Fouettard ! Pendant la campagne électorale, il s'était posé en champion du pouvoir d'achat. Les dernières mesures annoncées risquent de décevoir. Bien sûr, nul ne lui reprochera de ne pas distribuer l'argent qu'il n'a pas. Les caisses sont vides et la France est mal en point.
Mais est-ce une raison pour que le ministère des Finances, habile dans l'art de l'habillage, reprenne tranquillement d'une main ce qui semble être donné de l'autre, et même davantage ?
Pour les locataires, certes, il y aura du mieux. En réduisant la caution à un mois, ils vont récupérer une partie des sommes versées aux propriétaires. C'est donc de l'argent inespéré, oublié, qui va tomber dans leur escarcelle.
En indexant les loyers sur l'indice des prix, le gouvernement calme les hausses, celui-ci étant moins rapide que l'indice du coût de la construction. Dans l'immédiat, les propriétaires n'en subiront que modestement les conséquences, mais à terme ils s'apercevront que l'investissement locatif est encore moins rentable que prévu. Que se passera-t-il alors ?
En proposant aux salariés de se faire payer les jours de RTT, le gouvernement leur permet de percevoir un petit pécule. Mais, si la mesure est bonne, pourquoi limiter l'exonération de charges sociales à dix jours et envisager d'imposer ce surcroît de revenu ? Si le gouvernement cherche à pousser la consommation, pourquoi alors s'arrêter en chemin ?
Reste encore le déblocage de la participation ou, pour ceux qui n'en bénéficient pas, d'une prime de 1.000 euros versée par les entreprises.
Au bout du compte, donc, l'Etat estime que ce sont plus de 30 milliards d'euros qui seront réinjectés dans l'économie française, en tenant compte des différents dispositifs inclus dans le volet fiscal adopté l'été dernier. C'est une belle bouffée d'oxygène mais qui ne va pas sans risques.
D'abord parce qu'elle profitera surtout aux importations et ensuite parce qu'elle pourrait faire prendre une hirondelle pour le printemps. Toutes les sommes ainsi distribuées viennent en effet du portefeuille des Français et elles ne constituent qu'un fusil à un coup. La consommation risque donc de s'effondrer au printemps. Mais au passage, toutefois, l'Etat y gagnera un surcroît de TVA et d'impôts.
Sauf si les Français, prudemment, décident de mettre cet argent de côté pour faire face aux mauvaises nouvelles qui s'accumulent. Au nom de la lutte contre le réchauffement climatique, le gouvernement invente des bonus-malus pour les automobiles. La technique est toujours la même : culpabiliser puis augmenter les taxes. Il n'a cessé de le faire pour le tabac, il le fait pour les automobiles et il le fera bientôt pour lutter contre l'obésité.
Et ce ne serait qu'un moindre mal si ces nouvelles inventions fiscales ne venaient après la création des franchises médicales, l'augmentation dans les tuyaux du prix du gaz et la suppression de l'exonération de la redevance télévisée pour les personnes âgées non imposables.
Or que peut faire en plein hiver une personne âgée qui ne dispose d'aucun moyen, sinon se tenir au chaud en regardant la télévision ? Le Président a-t-il pris conscience d'une telle absurdité ? Comment peut-on se proclamer le champion du pouvoir d'achat et s'attaquer aux couches les plus fragiles de la population en leur imposant des charges qui dépassent leurs possibilités ? Pourquoi la gauche est-elle aussi silencieuse ? Que feront les uns et les autres, tous champions de la solidarité, lorsque les vieillards du pays iront déposer symboliquement leur poste de télévision devant les mairies ? Et que feront les journalistes du service public pour couvrir l'événement ? Ce ne sera pas Noël pour tout le monde !
A donner trop de signaux contradictoires, on finit par envoyer des ondes négatives.











