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Partie d'échecs dans le nucléaire et record de l'or noir

JDF HEBDO | 05.01.2008 | Mise à jour : 23H29

Et voilà... Il n'aura fallu que quelques agapes - et peut-être également, pour certains, quelques gueules de bois - pour que nous entrions de plain-pied dans une nouvelle année boursière. Et qu'avec elle démarre cette période un peu particulière qui voit tout un chacun, un oeil rivé sur l'horizon et l'autre dans le rétroviseur, affligé d'une sérieuse forme de strabisme. On y voit en effet généralement partout fleurir (y compris dans les pages de votre hebdomadaire favori) toutes sortes de bilans récapitulatifs de l'année écoulée, censés nous la mieux faire comprendre, et d'exercices prospectifs visant à nous préparer au monde qui nous attend.

Le fait est que, si l'univers dans lequel nous propulse 2008 ne devrait pas s'avérer radicalement différent de celui qui baignait 2007, l'année passée s'est révélée singulièrement riche en rebondissements boursiers de toutes sortes et en apparitions de nouveaux phénomènes - celle des fonds souverains sur le devant de la scène ne constituant pas le moindre. C'est pourtant une réapparition, celle du groupe de BTP Vinci - après quelques mois d'une prudente discrétion passés à laisser le grand public digérer les frasques financières de son ancien président - qui a le plus frappé les esprits cette semaine.

Savoureuses méthodes

Nous ne pouvons d'ailleurs que nous en réjouir, tant les méthodes de Vinci se révèlent généralement savoureuses pour les observateurs (et souvent également pour ses actionnaires, ce qui est bien le principal). Quand bien même elles franchissent plus rarement les fourches Caudines du grammairien des affaires le moins exigeant - que nous soit pardonnée cette énième allusion à un ancien ministre de l'Economie et des Finances dont les bons mots, bien que généralement involontaires, ne laissent pas de nous manquer - qu'un chameau ne passe à travers le chas d'une aiguille...

Vinci s'est donc laissé aller à la récidive, en tentant (bien qu'il s'en défende, cela n'a cependant échappé à personne) de réitérer chez ADP le bon coup réalisé quelques années auparavant chez ASF au nez et à la barbe des pouvoirs publics. Le groupe de BTP s'est ainsi emparé sur le marché de 3,3 % du capital de l'exploitant des aéroports de Paris, encore contrôlé par l'Etat, afin de s'imposer comme un incontournable interlocuteur dans l'éventualité d'une future privatisation... que le gouvernement, visiblement peu enthousiasmé par cette annonce, affirme pourtant n'avoir pas en tête, du moins pour un futur proche. Mais la logique de l'ouverture du capital d'une société publique n'est-elle pas, à terme, sa privatisation complète ?

En attendant une telle opportunité, Vinci n'a pas hésité à mettre les pieds dans le plat dans un tout autre domaine, celui du nucléaire, en confirmant des informations de presse lui prêtant des négociations avec Areva pour développer des partenariats dans la construction de centrales. Mais en marchant ainsi sur les plates-bandes de son concurrent Bouygues, qui affiche ouvertement sa passion pour le nucléaire depuis au moins deux ans, le groupe dirigé par Xavier Huillard offre surtout à Anne Lauvergeon l'occasion de réaliser un beau coup d'échecs.

Cap symbolique

En faisant appel à l'un des rares groupes qui n'a jamais eu peur de déplaire à quiconque (et ce n'est pas là la caractéristique la moins savoureuse de Vinci), y compris au pouvoir politique, la présidente d'Areva tente en effet de desserrer l'étau dans lequel l'ont placée d'un côté Patrick Kron, président d'Alstom, et de l'autre Martin Bouygues, président du groupe du même nom, avec un mariage à trois en ligne de mire. Un mariage qui semblait jusqu'à présent devoir être adoubé par les plus hautes instances... et qui ne sera sans doute plus aussi aisé si des coopérations, véritables pilules empoisonnées, sont conclues avec Vinci.

Un tel regain d'agitation autour du secteur nucléaire n'a en tout cas rien d'anodin dans un monde où le baril de pétrole a franchi pour la première fois le seuil des 100 dollars à New York. Certes, ce monde-là n'est guère différent de celui où nous vivions encore la semaine dernière, quand le baril ne valait « que » 99 dollars.

D'autant que le franchissement de ce cap hautement symbolique n'a été permis que par une modeste opération portant sur seulement 1.000 barils, réalisée entre deux traders qui plus est. Mais pour spéculatif qu'ait été cet échange, la hausse continue de l'or noir n'en est pas moins provoquée par une donnée fondamentale et structurelle : la production semble bien en peine d'augmenter, face à une consommation promise à la hausse sur le long terme, en raison du développement de l'économie des pays émergents.

Pour les compagnies pétrolières, cela ne va pas sans conséquences. Si la flambée du pétrole leur permet de vendre plus cher leur production, elle les pénalise d'un autre côté en faisant chuter les marges de leurs activités de raffinage. Ce qui explique qu'au-delà d'un certain seuil, l'évolution de leurs bénéfices, et donc de leur cours de Bourse, ne se calque plus aussi parfaitement sur celle du prix des hydrocarbures. De là à penser que la hausse du pétrole risque de peser sur le montant des investissements auxquels devront consentir les compagnies pétrolières à l'avenir (et donc sur les futures capacités de production), il y a un pas qu'il est encore très prématuré de franchir.

Dissolution

Mais cette hausse souligne une nouvelle fois la nécessité de diversifier les sources d'énergie. A cet égard, la dissolution des Charbonnages de France le 31 décembre, qui avaient fermé leur dernière mine en avril 2004, offre un curieux symbole : tandis que les Français semblent résolus à se disputer la manne nucléaire, ils tournent le dos à une source d'énergie promise partout ailleurs à un bel avenir si jamais elle devient propre : le charbon.

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