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Les banques dans tous leurs Etats
JDF HEBDO | 23.02.2008 | Mise à jour : 20H25
L'heure de la clémence a sonné, et il est désormais grand temps d'accorder le pardon à la Société Générale. Non pas que la banque se soit fendue d'un peccavi si émouvant qu'il susciterait une immédiate indulgence pour le fait (la faute ?) de n'avoir pas su détecter à temps les coupables errements d'un Kerviel : de ce côté-là, les investisseurs, les actionnaires et tous ceux qui font la place parisienne seraient plutôt restés sur leur faim. La vieille tradition du bouc émissaire, victime expiatoire chargée des péchés et transgressions de la tribu puis envoyée au désert - c'est-à-dire au diable -, n'a pas davantage été respectée. Daniel Bouton, le président de la Générale, est toujours en poste, et seule une brochette de subalternes a fait les frais d'un courroux légitime.
Comique
Pour autant, la banque française n'est plus guère isolée sur le terrain des comportements déviants, grâce à Crédit Suisse. Cet établissement, qui compte parmi les fleurons de la finance helvétique, vient en effet de confesser des « erreurs » d'appréciation de la part de traders, qui vont la conduire à des dépréciations portant sur 2,85 milliards de dollars d'actifs structurés, grevant ainsi de 1 milliard le résultat net du premier trimestre. Le « syndrome du trader fou » aurait-il de nouveau frappé ? En tout cas, le plus comique, dans cette nouvelle affaire, c'est que Crédit Suisse venait tout juste de publier ses résultats au titre de l'exercice 2007 en se vantant d'avoir mieux appréhendé la crise des subprimes que nombre de ses concurrents.
La bonne nouvelle, pour la Société Générale, c'est donc qu'un fait peu ou prou similaire à celui qui n'en finit pas de l'agiter ait pu se produire ailleurs que chez elle. Sans l'exonérer de ses erreurs, voilà qui l'arme davantage contre les jets de pierres (y compris celui de la première), puisqu'elle n'est plus la seule à n'avoir jamais péché. D'autant que le nouveau fautif est de nationalité suisse, un pays où l'activité bancaire, l'une de ses grandes spécialités internationalement reconnues, avec l'accueil des exilés fiscaux, est généralement synonyme de sécurité et de discrétion. Bien sûr, cela n'est pas pour redorer le blason des banques.
D'ailleurs Northern Rock, banque britannique qui a frôlé la faillite après avoir été étranglée par la crise de liquidités consécutive à celle des subprimes, n'a justement pu trouver de repreneur satisfaisant, conduisant le gouvernement à décider de sa nationalisation. Ce dont le Parlement britannique vient d'accepter le principe. D'aucuns fustigeront sans doute ce nouvel exemple de ce qui serait l'un des travers bien connu du capitalisme, consistant à « privatiser les profits et nationaliser les pertes ». Mais ne fustigeons pas trop vite. D'abord, le fait qu'un gouvernement vole au secours d'une entreprise en difficulté ne se traduit pas toujours par des dommages financiers pour la collectivité. L'exemple d'Alstom, qui a permis à l'Etat français de réaliser une jolie plus-value, est là pour le rappeler. Surtout, ce fait est loin d'être isolé. Le gouvernement américain n'a-t-il pas lui-même sous-traité à des fonds souverains chinois, singapouriens et moyen-orientaux la privatisation partielle de nombre des fleurons de son système bancaire ?
Sans doute vaut-il donc mieux nationaliser quelques pertes pour rétablir la confiance et permettre aux liquidités de circuler de nouveau. Ce dont les fonds de capital- investissement, qui ne trouvent plus guère de prêteurs pour financer leurs activités, ne se plaindraient pas. Surtout s'ils sont eux-mêmes englués dans des difficultés liées à l'immobilier américain, comme c'est le cas de KKR, dont une filiale vient de repousser pour la deuxième fois en quelques mois le remboursement de plusieurs milliards de dollars. Du coup, certains s'inquiètent de ce que KKR pourrait revendre rapidement, pour faire face aux obligations de sa filiale, nombre de ses participations, au rang desquelles figure Legrand (qui a justement quelque peu flambé au début de la semaine). Ce qui ne ferait guère les affaires de son partenaire français au capital de l'équipementier électrique, Wendel, qui a d'autres chats à fouetter avec Editis et, surtout, Saint-Gobain.
Sacro-saint
Ce dernier dossier n'a d'ailleurs sans doute pas fini de troubler. Surtout si, à en croire la presse économique, les plus hautes autorités morales du capitalisme français s'apprêtent à prendre la plume pour défendre le principe du droit de vote double, censé récompenser les actionnaires de long terme, alors que la direction de Saint-Gobain souhaiterait justement supprimer ce droit, avec l'appui de ses actionnaires salariés (qui en bénéficient pourtant), pour éviter une éventuelle future prise de contrôle rampante par Wendel. Il existe en effet d'autres moyens pour favoriser l'actionnariat de long terme face aux « vils spéculateurs court-termistes » que d'aller à l'encontre du sacro-saint principe « une action, un vote ». Comme par exemple assurer sur le long terme une progression des bénéfices, du cours de Bourse et du dividende... Mais le problème avec cette solution, c'est qu'elle met davantage en jeu la compétence du management des sociétés que dans le cas de la solution automatique du droit de vote double.
Clients ou actionnaires
En tout cas, les tensions entre Wendel et le management de Saint-Gobain (alors que, faut-il le rappeler, ils affirment partager les mêmes visions stratégiques) semblent symptomatiques d'un renversement de situation. Alors que Wendel, à l'issue de la fusion des holdings des héritiers de la sidérurgie française, s'était positionné comme une société spécialisée dans l'investissement de long terme, en opposition avec des fonds de private equity davantage portés sur les « coups », il paraît aujourd'hui vouloir obtenir chez Saint-Gobain des résultats rapides. De fait, le groupe va devoir bientôt rendre des comptes à ses actionnaires vis-à-vis d'un investissement qui, c'est le moins qu'on puisse dire, ne s'est jusqu'à présent pas révélé très judicieux. Les fonds de capital-investissement ne sont comptables de leurs performances que devant des clients, et non devant une masse d'actionnaires. Là est toute la différence.
Comique
Pour autant, la banque française n'est plus guère isolée sur le terrain des comportements déviants, grâce à Crédit Suisse. Cet établissement, qui compte parmi les fleurons de la finance helvétique, vient en effet de confesser des « erreurs » d'appréciation de la part de traders, qui vont la conduire à des dépréciations portant sur 2,85 milliards de dollars d'actifs structurés, grevant ainsi de 1 milliard le résultat net du premier trimestre. Le « syndrome du trader fou » aurait-il de nouveau frappé ? En tout cas, le plus comique, dans cette nouvelle affaire, c'est que Crédit Suisse venait tout juste de publier ses résultats au titre de l'exercice 2007 en se vantant d'avoir mieux appréhendé la crise des subprimes que nombre de ses concurrents.
La bonne nouvelle, pour la Société Générale, c'est donc qu'un fait peu ou prou similaire à celui qui n'en finit pas de l'agiter ait pu se produire ailleurs que chez elle. Sans l'exonérer de ses erreurs, voilà qui l'arme davantage contre les jets de pierres (y compris celui de la première), puisqu'elle n'est plus la seule à n'avoir jamais péché. D'autant que le nouveau fautif est de nationalité suisse, un pays où l'activité bancaire, l'une de ses grandes spécialités internationalement reconnues, avec l'accueil des exilés fiscaux, est généralement synonyme de sécurité et de discrétion. Bien sûr, cela n'est pas pour redorer le blason des banques.
D'ailleurs Northern Rock, banque britannique qui a frôlé la faillite après avoir été étranglée par la crise de liquidités consécutive à celle des subprimes, n'a justement pu trouver de repreneur satisfaisant, conduisant le gouvernement à décider de sa nationalisation. Ce dont le Parlement britannique vient d'accepter le principe. D'aucuns fustigeront sans doute ce nouvel exemple de ce qui serait l'un des travers bien connu du capitalisme, consistant à « privatiser les profits et nationaliser les pertes ». Mais ne fustigeons pas trop vite. D'abord, le fait qu'un gouvernement vole au secours d'une entreprise en difficulté ne se traduit pas toujours par des dommages financiers pour la collectivité. L'exemple d'Alstom, qui a permis à l'Etat français de réaliser une jolie plus-value, est là pour le rappeler. Surtout, ce fait est loin d'être isolé. Le gouvernement américain n'a-t-il pas lui-même sous-traité à des fonds souverains chinois, singapouriens et moyen-orientaux la privatisation partielle de nombre des fleurons de son système bancaire ?
Sans doute vaut-il donc mieux nationaliser quelques pertes pour rétablir la confiance et permettre aux liquidités de circuler de nouveau. Ce dont les fonds de capital- investissement, qui ne trouvent plus guère de prêteurs pour financer leurs activités, ne se plaindraient pas. Surtout s'ils sont eux-mêmes englués dans des difficultés liées à l'immobilier américain, comme c'est le cas de KKR, dont une filiale vient de repousser pour la deuxième fois en quelques mois le remboursement de plusieurs milliards de dollars. Du coup, certains s'inquiètent de ce que KKR pourrait revendre rapidement, pour faire face aux obligations de sa filiale, nombre de ses participations, au rang desquelles figure Legrand (qui a justement quelque peu flambé au début de la semaine). Ce qui ne ferait guère les affaires de son partenaire français au capital de l'équipementier électrique, Wendel, qui a d'autres chats à fouetter avec Editis et, surtout, Saint-Gobain.
Sacro-saint
Ce dernier dossier n'a d'ailleurs sans doute pas fini de troubler. Surtout si, à en croire la presse économique, les plus hautes autorités morales du capitalisme français s'apprêtent à prendre la plume pour défendre le principe du droit de vote double, censé récompenser les actionnaires de long terme, alors que la direction de Saint-Gobain souhaiterait justement supprimer ce droit, avec l'appui de ses actionnaires salariés (qui en bénéficient pourtant), pour éviter une éventuelle future prise de contrôle rampante par Wendel. Il existe en effet d'autres moyens pour favoriser l'actionnariat de long terme face aux « vils spéculateurs court-termistes » que d'aller à l'encontre du sacro-saint principe « une action, un vote ». Comme par exemple assurer sur le long terme une progression des bénéfices, du cours de Bourse et du dividende... Mais le problème avec cette solution, c'est qu'elle met davantage en jeu la compétence du management des sociétés que dans le cas de la solution automatique du droit de vote double.
Clients ou actionnaires
En tout cas, les tensions entre Wendel et le management de Saint-Gobain (alors que, faut-il le rappeler, ils affirment partager les mêmes visions stratégiques) semblent symptomatiques d'un renversement de situation. Alors que Wendel, à l'issue de la fusion des holdings des héritiers de la sidérurgie française, s'était positionné comme une société spécialisée dans l'investissement de long terme, en opposition avec des fonds de private equity davantage portés sur les « coups », il paraît aujourd'hui vouloir obtenir chez Saint-Gobain des résultats rapides. De fait, le groupe va devoir bientôt rendre des comptes à ses actionnaires vis-à-vis d'un investissement qui, c'est le moins qu'on puisse dire, ne s'est jusqu'à présent pas révélé très judicieux. Les fonds de capital-investissement ne sont comptables de leurs performances que devant des clients, et non devant une masse d'actionnaires. Là est toute la différence.
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