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Et si on parlait pétrole ?
PAR CHARLES GAVE * |
JDF HEBDO | 07.06.2008 | Mise à jour : 12H04
Un grand débat fait rage en ce moment dans le monde du pétrole : avons-nous atteint ce que les spécialistes appellent le moment du « peak oil », en termes clairs la production de pétrole a-t-elle atteint son plus haut, et à partir de maintenant va-t-elle d'abord plafonner et ensuite baisser inexorablement ? Ou bien les prix élevés atteints récemment vont-ils amener à une hausse importante des capacités de production, elles-mêmes génératrices d'une baisse des prix, à terme ? Voilà un débat fort intéressant et qui sera sans doute tranché d'ici une quinzaine d'années.
En attendant, quelque chose de beaucoup plus intéressant va se passer et dans un délai beaucoup plus court. La dernière fois que le prix du pétrole a atteint des niveaux historiquement aussi élevés (90 dollars le baril, ajustés pour l'inflation, contre plus de 120 dollars aujourd'hui), c'était à la fin des années 1970. Un phénomène étrange se produisit alors. Le monde consommait à l'époque environ 60 millions de barils par jour (contre 87 aujourd'hui) et, de 1980 à 1990, la consommation de pétrole se mit à baisser alors même que les économies mondiales rentraient en plein boom. La consommation baissa pendant dix ans, et, aujourd'hui, le Japon ou l'Europe consomment moins de pétrole qu'ils ne le faisaient à l'époque... Seule la consommation des Etats Unis et des pays émergents atteint des niveaux supérieurs à ceux de l'époque. Il faut attendre la fin des années 1980 et le début des années 1990 pour que la demande mondiale repasse au-dessus de 60 millions de barils par jour, et pour cela il a fallu que le pétrole reste au-dessous de 15 dollars le baril pendant des années...
Ce que le monde a réappris au cours des cinq dernières années, c'est que le pétrole n'est pas une source d'énergie fiable. Elle n'est pas fiable parce que sa production est contrôlée par un cartel (l'Opec) où ne figure à notre connaissance aucune démocratie. Elle n'est pas fiable parce que certains pays exportateurs, telle la Russie, n'hésitent pas à se servir de l'arme du pétrole pour soumettre des voisins récalcitrants aux vues politiques du pays producteur. Elle n'est pas fiable parce qu'une grande partie de la production est sous le contrôle de pouvoirs politiques exercés par des malades mentaux (type Iran ou Venezuela, ou il y a peu l'Irak) qui en nationalisant leurs sous- sols empêchent tout effort de prospection chez eux. La génération actuelle a donc dû réapprendre ce que la mienne avait appris en 1973 : il faut diversifier ses sources d'énergie au maximum et surtout ne laisser aucun pouvoir aux brigands psychopathes qui contrôlent le pétrole, aujourd'hui comme hier.
Ce qui veut dire que, dans les années qui viennent, il va falloir remplacer partout quand c'est possible le pétrole par des sources alternatives d'énergie : nucléaire, gaz, charbon propre, éoliennes, équipements solaires, et que la plus grande source d'hydrocarbures se trouvera dans les économies à faire : par exemple, par unité de PNB, le Japon a une intensité énergétique qui est égale à 1/7 de la Chine. Si simplement la Chine et les Etats-Unis pouvaient cesser de gaspiller de l'énergie, la demande mondiale retomberait très vite à moins de 75 millions de barils par jour. A 130 euros le baril, on peut parier que les économies vont aller bon train. Ce que nous disons est donc très simple : le prix du pétrole a vocation à s'écrouler, non pas parce que l'offre va s'accroître mais parce que la demande va s'effondrer. Il est à espérer que, quand cet écroulement va commencer, les pays importateurs de pétrole maintiennent les prix élevés pour capturer à leur profit la rente minière qui, pour l'instant, va aux producteurs d'or noir, et se servir de cette manne pour développer leurs propres ressources énergétiques.
Les grands gagnants seront les producteurs d'équipements alternatifs et, bien sûr, les pays émergents non producteurs d'énergie ; et les consommateurs qui cesseront d'être soumis au chantage de pays prédateurs.
L'essentiel est simplement de comprendre que le prix du pétrole est arrivé à un point où il va détruire, et de façon importante, la demande d'hydrocarbures et que cela peut se faire sans que l'on ait une récession, et d'en tirer les conclusions d'investissement qui s'imposent.
*charlesgave@gmail.com
En attendant, quelque chose de beaucoup plus intéressant va se passer et dans un délai beaucoup plus court. La dernière fois que le prix du pétrole a atteint des niveaux historiquement aussi élevés (90 dollars le baril, ajustés pour l'inflation, contre plus de 120 dollars aujourd'hui), c'était à la fin des années 1970. Un phénomène étrange se produisit alors. Le monde consommait à l'époque environ 60 millions de barils par jour (contre 87 aujourd'hui) et, de 1980 à 1990, la consommation de pétrole se mit à baisser alors même que les économies mondiales rentraient en plein boom. La consommation baissa pendant dix ans, et, aujourd'hui, le Japon ou l'Europe consomment moins de pétrole qu'ils ne le faisaient à l'époque... Seule la consommation des Etats Unis et des pays émergents atteint des niveaux supérieurs à ceux de l'époque. Il faut attendre la fin des années 1980 et le début des années 1990 pour que la demande mondiale repasse au-dessus de 60 millions de barils par jour, et pour cela il a fallu que le pétrole reste au-dessous de 15 dollars le baril pendant des années...
Ce que le monde a réappris au cours des cinq dernières années, c'est que le pétrole n'est pas une source d'énergie fiable. Elle n'est pas fiable parce que sa production est contrôlée par un cartel (l'Opec) où ne figure à notre connaissance aucune démocratie. Elle n'est pas fiable parce que certains pays exportateurs, telle la Russie, n'hésitent pas à se servir de l'arme du pétrole pour soumettre des voisins récalcitrants aux vues politiques du pays producteur. Elle n'est pas fiable parce qu'une grande partie de la production est sous le contrôle de pouvoirs politiques exercés par des malades mentaux (type Iran ou Venezuela, ou il y a peu l'Irak) qui en nationalisant leurs sous- sols empêchent tout effort de prospection chez eux. La génération actuelle a donc dû réapprendre ce que la mienne avait appris en 1973 : il faut diversifier ses sources d'énergie au maximum et surtout ne laisser aucun pouvoir aux brigands psychopathes qui contrôlent le pétrole, aujourd'hui comme hier.
Ce qui veut dire que, dans les années qui viennent, il va falloir remplacer partout quand c'est possible le pétrole par des sources alternatives d'énergie : nucléaire, gaz, charbon propre, éoliennes, équipements solaires, et que la plus grande source d'hydrocarbures se trouvera dans les économies à faire : par exemple, par unité de PNB, le Japon a une intensité énergétique qui est égale à 1/7 de la Chine. Si simplement la Chine et les Etats-Unis pouvaient cesser de gaspiller de l'énergie, la demande mondiale retomberait très vite à moins de 75 millions de barils par jour. A 130 euros le baril, on peut parier que les économies vont aller bon train. Ce que nous disons est donc très simple : le prix du pétrole a vocation à s'écrouler, non pas parce que l'offre va s'accroître mais parce que la demande va s'effondrer. Il est à espérer que, quand cet écroulement va commencer, les pays importateurs de pétrole maintiennent les prix élevés pour capturer à leur profit la rente minière qui, pour l'instant, va aux producteurs d'or noir, et se servir de cette manne pour développer leurs propres ressources énergétiques.
Les grands gagnants seront les producteurs d'équipements alternatifs et, bien sûr, les pays émergents non producteurs d'énergie ; et les consommateurs qui cesseront d'être soumis au chantage de pays prédateurs.
L'essentiel est simplement de comprendre que le prix du pétrole est arrivé à un point où il va détruire, et de façon importante, la demande d'hydrocarbures et que cela peut se faire sans que l'on ait une récession, et d'en tirer les conclusions d'investissement qui s'imposent.
*charlesgave@gmail.com
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