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Les temps changent mais sous le soleil rien de nouveau

JDF HEBDO | 21.06.2008 | Mise à jour : 20H22
Le temps passe, mais les temps changent-ils ? La réponse à cette question hautement philosophique dépend en réalité largement du point de vue duquel on se place ; de celui des Saoudiens, en tout cas, il est incontestable que les temps changent bel et bien - quand bien même ils peuvent sembler parfois se répéter. Non pas que la péninsule Arabique ait constaté une once d'assouplissement de sa rigide organisation théocratique ni même qu'elle ait un tant soit peu revu son modèle économique, fondé depuis des décennies sur l'exploitation des richesses de son sous-sol. Mais force est de constater que l'Arabie Saoudite a perdu l'atout maître qui faisait sa force il y a encore peu : son influence décisive sur le prix du pétrole.
Donner des gages
Pressé de toute part, en tant que premier producteur, d'apporter une contribution décisive aux (vaines) tentatives de juguler la flambée de l'or noir - qui pèse en premier lieu sur les économies émergentes, jusqu'alors moteur de la croissance mondiale, et a fait ressurgir le spectre de l'inflation -, le régime saoudien a finalement accepté de donner des gages de bonne volonté à la communauté internationale (et aux Américains). Il a donc annoncé, dimanche 15 juin, une augmentation de 200.000 barils par jour de sa production, qui sera portée à 9,65 millions de barils... sans résultat, ou presque. Le marché n'en a eu cure, le prix du pétrole esquissant à peine un léger reflux en début de semaine. Il a fallu que la Chine annonce jeudi, de son côté, une mesure censée freiner la consommation, à savoir une hausse de 18 % des prix nationaux de l'essence et du diesel, pour que la pression acheteuse sur les hydrocarbures se relâche et que se produise enfin un trou d'air. Certes, on pourra toujours rétorquer que le surplus de production promis par l'Arabie Saoudite était nettement insuffisant pour avoir une quelconque portée, puisqu'il dépasse à peine 2 % de ses quantités journalières. Mais en y ajoutant celui de mai, l'augmentation dépasse désormais 5 % par jour en deux mois, ce qui n'est pas rien. Mais reste désespérément sans effet...
Empressons-nous toutefois de relativiser cette perte d'influence des Saoudiens : s'ils ne parviennent plus à freiner la hausse, ils conservent néanmoins sans aucun doute la faculté de l'accélérer. Il suffirait pour cela qu'ils referment un tant soit peu les robinets. On est donc encore loin de la situation cauchemardesque des années 1980, au cours desquelles une Opep impuissante ne pouvait que constater un effondrement déprimant - du moins pour le cartel des producteurs - du baril vers les 10 dollars. Mais cette situation nouvelle appelle tout de même une explication et un constat.
La raison pour laquelle les augmentations de la production de l'Arabie Saoudite sont autant de coups d'épée dans l'eau est assez simple : les acheteurs et les investisseurs savent fort bien qu'en la matière sa marge de manoeuvre est extrêmement réduite. Même si le sous-sol de la péninsule contient les plus importantes réserves de pétrole du monde, accélérer significativement le rythme de leur extraction nécessiterait des investissements considérables que les Saoudiens ne sont pas prêts à consentir. D'autant moins, d'ailleurs, qu'ils semblent décidés à préserver leurs ressources pour les gérer parcimonieusement sur le long terme.
Quant au constat, il est le suivant : les mouvements observés cette semaine sur les marchés pétroliers confirment bien que l'or noir n'est pas le jouet de vils spéculateurs assoiffés de dollars, mais que sa flambée résulte principalement d'un classique déséquilibre entre une demande pléthorique (dopée justement par la Chine) et une offre limitée, sur fond d'anémie du billet vert. De ce point de vue, les temps ne changent pas vraiment...
Au grand dam d'EADS, qui peine visiblement à sortir d'une période de déboires déjà longue. Dernière avanie en date : la remise en cause par la Cour des comptes américaine du contrat historique signé avec l'armée des Etats-Unis, portant sur la fourniture de 179 avions ravitailleurs pour un montant estimé à 23 milliards d'euros. Selon la Cour, les avions proposés par le constructeur aéronautique européen coûteraient plus cher, sur la durée, que ceux présentés par son grand concurrent Boeing - si tant est que « sur la durée » on puisse encore faire voler des avions, et a fortiori les ravitailler, compte tenu du phénomène évoqué plus haut. EADS vient donc une nouvelle fois de se heurter à un mur bien connu, celui que les Etats-Unis érigent en permanence autour de leur territoire pour maintenir nombre de leurs activités économiques à l'abri de la concurrence internationale, no-tamment dans le domaine très sensible des industries militaires. Là encore, les temps ne changent pas vraiment... Les actionnaires de l'avionneur européen, qui ont vu leurs titres fondre de près de 62 % en un peu plus de deux ans, ne seront pas les seuls à le déplorer : EADS aurait bien besoin de ce contrat géant pour financer les recherches nécessaires au développement des avions moins gourmands en kérosène que lui réclament à cor et à cri les compagnies aériennes.
Les actionnaires de Sanofi-Aventis ne sont pour l'heure guère plus à envier que ceux d'EADS, mais pour la société pharmaceutique des temps nouveaux pourraient, en revanche, advenir. Son offre d'achat sur son homologue tchèque Zentiva, dont elle détient déjà 25 %, semble en effet en bonne voie, puisque l'offre concurrente d'un fonds d'investissement, jugée insuffisante, vient d'être rejetée.
Copier les autres
Si elle aboutit, elle permettra à Sanofi de renforcer son activité de médicaments génériques ainsi que sa présence dans les pays de l'Est. Et confirmera l'ère nouvelle dans laquelle le groupe est entré, celle où, incapable de produire de nouvelles molécules prometteuses et convaincantes - il a ainsi dû renoncer à commercialiser son traitement anti-obésité aux Etats-Unis, un comble ! - il devra se résoudre pour croître à copier les molécules des autres tombées dans le domaine public. Rendons-lui justice toutefois : c'est une ère dans laquelle nombre de ses concurrents sont déjà entrés.
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