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Les pays producteurs sont les grands gagnants de cette flambée.

Les pays producteurs sont les grands gagnants de cette flambée.

La flambée du pétrole menace la croissance mondiale

La hausse des cours du brut provoque de vives tensions inflationnistes
CLÉMENCE FUGAIN | JDF HEBDO | 21.06.2008 | Mise à jour : 20H22
La hausse inexorable du prix du pétrole ces dernières semaines n'est pas un bon présage pour l'économie mondiale. En effet, à 150 dollars, voire à 200 dollars, le baril risque de peser lourdement sur la croissance. « Depuis plusieurs années, nous sommes confrontés à un renchérissement progressif des cours du brut, porté par la forte demande des pays émergents », remarque Laurent Bilke, économiste chez Lehman Brothers. Le renchérissement du baril résulte d'une offre insuffisante pour satisfaire l'ensemble des besoins, qui n'ont cessé de croître avec le boom des pays émergents. Ce qui fait dire à Pierre Zelenko, coauteur de Géopolitique du pétrole, qu'il ne s'agit pas réellement d'un choc pétrolier à proprement parler. « Nous ne sommes pas en effet face à une hausse brutale, mais à une augmentation continue, fruit de facteurs économiques (hausse de la demande et tensions au niveau de l'offre) et non directement politiques, comme au moment des chocs pétroliers des années 1970 », précise-t-il.
Des conséquences variables selon les pays
Par nature, une hausse du prix du baril se traduit par un transfert de revenu au profit des grands producteurs que sont les pays du golfe Arabique et la Russie. Cette modification des termes de l'échange entraîne, selon les théories économiques, une baisse de 0,4 point du PIB mondial pour chaque hausse de 10 dollars.
« Compte tenu de la persistance de la hausse des prix, nous pouvons nous attendre à ce que cet effet joue pleinement », explique Laurent Bilke.
Les revenus disponibles des pays importateurs diminuent. L'augmentation du prix de l'essence pèse sur le pouvoir d'achat des ménages et les entreprises accusent un relèvement de leurs coûts de production. Ainsi, le conseiller économique à la Maison-Blanche, Edward Lazear, estime pour sa part que si cette poussée persistait elle pourrait amputer de 1,5 point la croissance du PIB américain cette année.
Cependant, toutes les économies ne seront pas affectées de la même manière. Certains pays, comme la France, ont réduit depuis le dernier choc leur dépendance en développant d'autres sources d'énergie. « La différence de structure dans l'output énergétique jouera, mais uniquement à la marge, compte tenu du choc », tempère cependant Laurent Bilke. Pour Pierre Zelenko, « les économies les plus touchées seront celles avec la plus forte composante industrielle, l'industrie étant grande consommatrice de pétrole. Il existe en effet des secteurs où des habitudes de production anciennes rendent difficile toute réduction de la demande à court terme. Souffriront aussi particulièrement de la hausse des prix actuelle les secteurs qui dépendent des coûts des transports, pour lesquels le pétrole est difficilement substituable, et les pays en voie de développement dont les sources d'approvisionnement sont moins diversifiées et l'intensité pétrolière élevée ». A ce jour, les pays émergents sont un peu à part. Ces derniers ont en effet choisi de subventionner les prix à la pompe. Mais le modèle montre déjà ses limites.
Cette envolée du prix du pétrole risque donc d'entraîner une nouvelle révision à la baisse des prévisions de croissance du FMI et de l'OCDE. Le renchérissement des coûts de l'énergie est problématique, car il crée un contexte de vives tensions inflationnistes sur fond de ralentissement économique mondial.
« La flambée actuelle n'a pas été anticipée. Il y a encore cinq ou dix ans, de nombreux spécialistes estimaient que le prix ne pouvait excéder durablement 40 dollars le baril. Dans ce cadre d'incertitude, il est donc difficile de prévoir à quel niveau la hausse des prix actuelle va s'arrêter », conclut Pierre Zelenko.
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