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Coup de frein en vue pour l'automobile

JDF HEBDO | 12.07.2008 | Mise à jour : 19H48
Semaine noire pour l'industrie automobile... Certes, les difficultés récurrentes du constructeur américain General Motors ne surprennent plus personne, et l'annonce de la probable disparition de certaines de ses marques phares, avec à la clé la perspective de milliers d'emplois supprimés, n'aura ajouté que quelques touches noires à un tableau déjà bien sombre. La nouveauté pourtant, car il y en a une, c'est que GM semble avoir abandonné un certain nombre d'ambitions, et notamment celle de rester le premier constructeur américain, d'autant que le courtier Merrill Lynch n'écarte plus, désormais, la possibilité d'une faillite à plus ou moins brève échéance.
A l'inverse, l'insolente santé du japonais Toyota, qui compte ouvrir de nouvelles usines aux Etats-Unis pour fabriquer sa fameuse Prius (tout en projetant d'y suspendre la production de ses gros 4x4), semble contredire le pessimisme ambiant. Mais entre ces deux pôles, les deux constructeurs français laissent entrevoir un avenir proche plutôt mitigé. Renault, surtout, qui, par la voix de son emblématique président Carlos Ghosn, prédit une rentrée difficile pour le secteur - PSA maintenant ses objectifs de vente pour l'année en cours, mais vraisemblablement toutefois dans le bas de la fourchette en ce qui concerne Citroën. Une prédiction qui offre tout de même certains avantages : en invoquant la conjoncture pour diviser par deux ses prévisions de croissance, Carlos Ghosn s'exonère d'ores et déjà de toute responsabilité en cas (probable) d'échec de son ambitieux « Contrat 2009 ».
Qui pourrait pour autant lui jeter la pierre, à part les actionnaires de Renault les plus (initialement) enthousiastes ? Le fait est que l'automobile se trouve bel et bien au coeur des problématiques qui agitent le monde d'aujourd'hui, à savoir l'envolée des matières premières, et notamment les métaux et les plastiques dont sont faits les véhicules, la flambée des hydrocarbures, qui commencent à modifier sérieusement les décisions d'achats des consommateurs, et la problématique plus franco-française (encore que...) du pouvoir d'achat. Face à ces difficultés, et pour compenser la maturité de marchés occidentaux qui ne peuvent plus laisser espérer de mirifiques taux de croissance, l'industrie automobile comptait encore il y a peu sur les formidables perspectives des grands marchés émergents tels que la Chine ou l'Inde. Mais ces derniers risquent fort de n'être jamais les eldorados espérés : la Chine, pour ne citer qu'elle, connaît déjà de graves problèmes de pollution atmosphérique contre lesquels il faudra bien, un jour ou l'autre, prendre des mesures ; sans parler de sa récente décision, déjà commentée dans ces colonnes, d'augmenter de 18 % les prix de l'essence à la pompe, ce qui pourrait avoir un effet fort dissuasif sur les futurs acheteurs de voitures.
Pour un actionnaire, investir aujourd'hui dans l'industrie automobile pourrait donc bien se résumer à faire l'audacieux pari d'une rupture technologique en matière énergétique qui n'a pas encore eu lieu, et sur la voie de laquelle seul Toyota, avec ses moteurs hybrides, semble avoir sérieusement pris pied. Sauf à se limiter aux constructeurs de véhicules haut de gamme, dont les acquéreurs restent peu sensibles aux questions de prix... C'est sans doute la raison pour laquelle le titre Renault affiche depuis le début de l'année l'une des plus fortes baisses du CAC 40, qui enregistre lui-même le recul le plus prononcé sur la même période parmi les grands indices européens.
Sur ce dernier point, quelques chiffres apportent un éclairage intéressant, notamment ceux de la Fédération européenne des Bourses sur l'actionnariat des sociétés. Celles de l'indice phare de la place parisienne sont en moyenne détenues à 39 % par des investisseurs étrangers, contre seulement 33 % dans les autres grands pays européens, exceptions faites de l'Allemagne et de l'Italie, où ce chiffre tombe respectivement à 21 % et 13 %. Or, comme chacun sait, les investisseurs étrangers, en période de crise, ont tendance à réduire la voilure et à se replier frileusement sur leurs marchés nationaux. Un phénomène auquel le CAC 40 est donc plus sensible que ses homologues européens, accentué sans doute par le recul constant, observé par le baromètre Opinion Way pour Rothschild et Les Echos, de la participation des fonds d'investissement français au capital des sociétés de l'indice parisien. On peut au moins y voir une bonne occasion, pour les actionnaires individuels, de renforcer leur poids à la Bourse de Paris.
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