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Plus mature, l'industrie du jeu vidéo ne connaît pas la crise

La formidable croissance du secteur, enclenchée depuis deux ans, bénéficie aux éditeurs et attise les convoitises
PAR ROMAIN GUEUGNEAU | JDF HEBDO | 10.05.2008 | Mise à jour : 19H59

Le jeu vidéo s'est imposé comme le premier bien de loisirs en France. La croissance du secteur ne faiblit pas, et favorise la concentration des acteurs.

Hollywood peut trembler. L'industrie du jeu vidéo commence à faire de l'ombre au septième art. Mardi 29 avril, la sortie mondiale du jeu GTA IV, quatrième opus d'une série déjà multimillionnaire en unités vendues, édité par Take Two, était digne du lancement d'une superproduction américaine. Le titre, annoncé comme l'événement majeur de l'année de l'industrie du jeu vidéo, a profité d'une campagne marketing savamment orchestrée. Et a sérieusement inquiété les producteurs du film à grand budget Iron Man, en salles au même moment. Iron Man a finalement réalisé le dixième meilleur démarrage de l'histoire du cinéma américain, rapportant environ 200 millions de dollars à l'issue de son premier week-end d'exploitation. Un montant honorable, certes, mais inférieur de moitié au chiffre d'affaires réalisé au cours de la première semaine de vente de GTA IV : 500 millions de dollars, soit environ 6 millions d'unités écoulées dans le monde entier. Un nouveau record pour l'industrie ! « Take Two peut espérer en vendre 20 à 30 millions », prévient Laurent Michaud, spécialiste des loisirs numériques à l'Idate.
Le formidable succès de GTA IV, pourtant présenté comme un jeu violent et subversif, témoigne de l'insolente santé de l'industrie du jeu vidéo, d'autant plus remarquée dans le contexte économique actuel. Le jeu vidéo a-t-il des vertus apaisantes sur le moral en berne des consommateurs ? En 2007, la croissance du secteur a dépassé les 20 %. Elle ne faiblit pas en ce début d'année 2008. Selon le français Ubisoft, troisième éditeur mondial, elle s'est établie à 25 % de janvier à mars et approcherait les 40 % au mois d'avril. « Cette tendance positive devrait perdurer sur les prochains mois en raison du mouvement rapide de baisse des prix des machines et des nombreux lancements de titres majeurs », pronostiquaient les analystes d'Oddo Securities dans une note publiée le 15 avril. Les experts en sont à se demander si le pic de croissance du marché, attendu fin 2009, ne pourrait pas être repoussé.
Les raisons du succès : l'arrivée sur le marché, il y a deux ans, des consoles dites de nouvelle génération (XBox 360, PlayStation 3, Wii...). Les progrès technologiques considérables de ces machines ont permis d'élargir la cible habituelle des consommateurs. L'un des pionniers du genre, le fabricant japonais Nintendo, a ainsi réussi avec la Wii et la DS (portable), plus ludiques et plus maniables, à convertir toute la famille au jeu. Une prouesse synonyme de croissance exponentielle des ventes. Sa dernière invention : le Wiifit, un logiciel qui s'apparente à une balance électronique, destiné à trouver équilibre et forme face à son téléviseur. Le public visé : les femmes. Depuis sa sortie au mois de décembre dernier au Japon, près de 2,6 millions de logiciels ont déjà trouvé preneurs. La console Wii, vendue à 24,5 millions d'exemplaires dans le monde, approchera les 50 millions de ventes cumulées début 2009 ; la DS, commercialisée depuis 2004, atteindra les 100 millions.
Bataille au sommet
La formidable croissance du secteur s'accompagne d'une inévitable consolidation, alors que les éditeurs voient leurs coûts de production augmenter chaque année un peu plus. Le rapprochement, annoncé au mois de décembre, entre Vivendi Games et Activision avait créé le nouveau numéro un mondial du secteur et caractérisé, selon Laurent Michaud, « une intensification de la concentration du secteur ». Trois mois plus tard, l'ex-numéro un, Electronic Arts, a lancé une OPA sur son concurrent Take Two, dont la date de clôture officielle est fixée au 16 mai. L'offre valorise l'éditeur de GTA IV environ 2 milliards de dollars. Un montant jugé insuffisant par la proie, qui, forte du succès de son titre phare, veut croire au relèvement de l'offre de EA. « Si ce n'est pas le cas, d'autres prétendants pourraient se manifester », prévient un analyste. Les géants du multi- média, par l'appât du gain attirés, sont déjà sur les rangs.
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