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Le secteur acyclique du cinéma se joue de la récession économique

La fréquentation des salles de cinéma est en plein essor. Mais le secteur de la production audiovisuelle reste risqué en Bourse
PAR LAURE BURRUS | JDF HEBDO | 02.05.2009 | Mise à jour : 20H48

En ces temps de difficultés économiques, les spectateurs se distraient dans les salles obscures. Toutefois, en raison d'un modèle économique particulier, les sociétés de production ne sont pas les premières bénéficiaires des ventes en salles. La prudence est donc de mise en Bourse.

Force est de constater que, depuis le début de la crise, la fréquentation des salles de cinéma est en forte hausse. Du mois de septembre 2008, marqué par la faillite de Lehman Brothers, au mois de mars 2009, les salles obscures ont vu leur fréquentation bondir de 74 % ! A près de 10 euros la place dans les salles parisiennes, le cinéma offre une distraction peu onéreuse, particulièrement adaptée aux périodes de ralentissement économique, et ce malgré la concurrence de la vidéo à la demande et du piratage.
Mais à qui profitent les recettes générées par les 18 millions de visiteurs qui ont franchi le seuil d'une salle de cinéma en France sur le seul mois de mars ? 17 % du prix d'un ticket de cinéma représente des taxes (TSA, TVA et Sacem). Le reste est partagé en deux entre l'exploitant de salle, comme Pathé ou UGC, et le distributeur de films, comme Bac Majestic.
Les distributeurs profitent de la fréquentation des salles
Ce dernier empoche la totalité de ces recettes jusqu'au complet remboursement de son investissement. Une fois qu'il s'est remboursé, le distributeur reverse sa part au producteur, sur laquelle il prélève toutefois 30 %. « Le seul risque encouru par le distributeur est que les recettes en salles soient inférieures au minimum garanti qu'il verse au producteur », explique Jean-Baptiste Sergeant, analyste chez Gilbert Dupont.
Dans ce schéma, le producteur se retrouve en bout de chaîne. « La tendance profite avant tout aux distributeurs de films et aux exploitants, qui se partagent les recettes des ventes en salles à hauteur de 50 %. Les sociétés de production ne tirent que 10 à 15 % de leur chiffre d'affaires des entrées, mais 50 % des ventes de DVD », explique Alain Modot, consultant au sein de Media Consulting Group. Europacorp ne réalise ainsi que 8,3 % de son chiffre d'affaires grâce aux entrée en salles, et Gaumont, qui touche une partie de la quote-part d'exploitant de salles grâce à sa participation dans Europalace (lire ci-dessous), 11,6 %.
Les maisons de production doivent donc faire preuve de patience pour toucher leurs gains. Mais l'enjeu pour elles est ailleurs. « Les droits d'un film qui fait de nombreuses entrées en salles seront plus faciles à exploiter par la suite car il aura une plus forte notoriété », explique Raphaël Durand, directeur financier d'Europacorp. L'exploitation du catalogue de droits en France et à l'étranger demeure en effet la première source de recettes pour un producteur de cinéma. Chez Gaumont, la vente de films aux chaînes de télévision représente près de la moitié du chiffre d'affaires. Cette part est ramenée à 35,3 % chez Europacorp, plus international.
Tensions sur le financement de la production audiovisuelle
Si la fréquentation progresse, le secteur n'échappe pas totalement à la crise. Les producteurs se montrent inquiets quant au financement des films. En effet, le chiffre d'affaires des chaînes de télévision va baisser sensiblement en 2009. Or elles doivent investir 12,5 % de leurs recettes dans la production audiovisuelle et demeurent la première source de financement des films.
Certes, l'arrivée de nouveaux investisseurs, comme Orange ou les chaînes de la TNT, devrait permettre d'alléger en partie les tensions sur le financement de la production audiovisuelle, mais les sommes investies par ces nouveaux acteurs sont substantiellement moins importantes que celles des chaînes de télévision hertzienne et de Canal+. Alain Modot tempère néanmoins : « La baisse des investissements dans la production audiovisuelle n'aura un impact sur la rentabilité des sociétés de production que dans un ou deux ans. »
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