Sale temps pour les Hedge funds
FOCUS - Les fonds spéculatifs traversent l’une des plus mauvaises années de leur histoire, et le pire reste à venir.
La crise n’a épargné personne, pas même les Hedge funds, ces fonds spéculatifs qualifiés par certains banquiers, de Paris Hilton de la finance en raison du train de vie fastueux de leurs gérants. Grâce à leurs techniques contra cycliques, comme le «short selling» (vente à découvert), ou le «long Short» (arbitrage), ils se croyaient à l’abri des soubresauts des marchés. Adeptes de la performance absolue, leur recours à l’endettement massif, le fameux «leverage» leur a permis pendant un temps de décupler leur performance. L’année dernière encore John Paulson, a empoché la somme rondelette de 3,7 milliards de dollars, ce qui lui a valu d’être élu meilleur trader de l’année 2007 par le magazine Trader Monthly. Jackpot également pour George Soros qui a gagné 2,9 milliards, ou Jim Simons (2,8 milliards). La même année, un tabloïd britannique révélait la note de champagne d’un week-end organisé pour 4 000 de ces hedgies à Knebworth House, un manoir de la campagne anglaise : 350 000 livres.
Mais aujourd’hui ils déchantent. A Greenwich près de New York, une petite ville de 62000 habitants, devenue la capitale mondiale de ces fonds, avec 20% des Hedge funds de la planète, le champagne a été remplacé par du mousseux italien sur les étalages du Wine Shop local. Une bijoutière de la ville constate une baisse de 70 % de son chiffre d’affaires.
20% d’entre eux pourraient fermer
Il faut dire que la crise est passée par là, et les performances ne sont plus ce qu’elles étaient. Après des années de croissance à deux chiffres, les Hedge funds affichent une perte annuelle de 16% en novembre en moyenne selon le Hedge fund research. Une contre-performance somme toute honorable comparée à la baisse de 40% de l’indice S& P 500, si elle ne s’accompagnait pas d’une baisse drastique de l’activité. Avec la disparition de Lehman Brothers, la raréfaction du crédit, et les restrictions sur la vente à découvert, leur activité a chuté de 20% entre juin et septembre.
Pris à la gorge par les demandes de retrait massif des parts de clients, certains, comme, Paul Tudor, ont mis en place des mesures visant à limiter les retraits de leur clients. Parfois cela n’a pas suffit. De nombreux fonds ont dû fermer boutique. Après un gain de 15% en 2007, Ospraie Management a annoncé la clôture de son fonds vedette, Ospraie Fund, en raison d’une baisse de 38,6 % depuis le début de l’année liée à la chute des matières premières. Il vient ainsi allonger la liste déjà remplie par Andor Capital ou Turnberry Capital.
Selon le New York Times, au cours du premier trimestre, 170 Hedge funds avaient «fermé leurs portes» contre 138 l’an dernier. Et ce chiffre devrait encore grimper au second semestre, alors que des fonds comme Fortress Investment Group LLC, Tudor Investment Corp et DE Shaw & Co, sont fragilisés. Et le pire est peut-être à venir. Entre 25 et 30 % des 8000 fonds existants pourraient disparaître selon un gérant. 20 % d’entre eux pourraient même fermer dès cette année selon Natixis. Pour l’Edhec, septembre était déjà le pire mois depuis six ans (- 8,9 %). « Quatre types de stratégies ont enregistré leur plus mauvaise performance depuis leur création ».

Heureusement pour eux, certains Hedge funds ont su tirer leur épingle du jeu, mais ils font figure d’exception. C’est le cas d’un fonds commun de Hayman Capital et de Corriente Advisors qui a ainsi enregistré une performance de 526,5% en un mois. De même, le fonds spéculatif de John Paulson, encore lui, présente un retour sur investissement de 437% sur les neuf premiers mois de l’année.
La bête noire des autorités
Dans le contexte de crise actuelle, les «Hedge funds font figure de coupable idéal. Mais leur mauvaise réputation ne date pas d’hier. En 1998, le fonds LTCM avait défrayé la chronique. Placé en faillite après avoir utilisé un levier dépassant les 20, il avait obligé la Fed à abaisser ses taux pour éviter une crise systémique. Plus récemment, le Fonds Amaranth a perdu les deux tiers de ses encours, soit 6 milliards de dollars, en spéculant sur les cours du gaz. Bien avant la crise, déjà, les pratiques de ces «bads boys» de la finance indignaient en haut lieu. Chip Burrus, le directeur adjoint du FBI, n’hésitait pas à les qualifier de « menace émergente». Même son de cloche chez Frantz Müntefering, dirigeant social-démocrate allemand, pour qui, «ils viennent et ils repartent, comme des nuées de sauterelles qui nettoient tout sur leur passage». Mais aussi bien l’actuel président de la Fed, Ben Bernanke que son prédécesseur, s’étaient montrés hostiles à toute idée de régulation des Hedge funds. Avec la crise financière, l’idée d’un encadrement plus strict des Hedge funds revient sur le devant de la scène.
Concernant les paradis fiscaux d’abord, que le France voudrait voir disparaître. La domiciliation offshore pour 66 % des fonds spéculatifs selon l’ONG Transparency International, leur permet d’échapper à toutes les contraintes de réglementations domestiques. Gérés pour la plupart à Londres ou New York, ils ont leur siège social à Jersey, aux Iles vierges ou encore aux îles Caïmans. Ils peuvent ainsi recourir massivement au crédit pour financer leurs opérations, qu’ils ne paient qu’au moment du débouclage de leur position. Ils brasseraient des milliards provenant parfois de sources douteuses, et pourraient servir de blanchissement d’argent ou pour d’autres activités criminelles.
Mais la réglementation pourrait se durcir. «Nous voulons parvenir à une liste noire des paradis fiscaux, officielle, partagée par la communauté internationale, d’ici l’été ou la fin du printemps 2009», déclarait Eric Woerth le ministre français du Budget, le 21 octobre dernier. La liste actuelle de l’OCDE ne contient que trois noms et la communauté internationale voudrait l’élargir. «Nous avons évoqué un certain nombre de pays, les Bahamas, îles Caïmans, îles vierges britanniques, Samoa, des centre financiers offshore comme Singapour pour, au fur et à mesure du temps, mettre la pression sur ces Etats en attendant d’avoir bâti cette liste», a ajouté M. Woerth.
Concernant la spéculation ensuite, que les Etats voudraient mieux encadrer. Des mesures temporaires ont été prises contre la vente à découvert sur les titres du secteur bancaire. Certains voudraient aller plus loin en l’interdisant purement et simplement.
Une contribution économique indéniable
Mais si les fonds spéculatifs sont devenus la «bête noire» des dirigeants, on ne peut nier leur contribution macroéconomique. Le principal intérêt des Hedge funds est de rendre plus liquide les marchés. Ils évitent ainsi les écarts de cours importants que les bourses ont connu à leur début. Le seul fonds de Steve Cohen représenterait chaque jour entre 1 et 3 % du volume des transactions du New York Stock Exchange. Et certains jours, à la City, les volumes traités par les Hedge funds représenteraient un tiers du total des transactions.
Ils peuvent se permettre de prendre des risques sur des marchés comme celui de la dette décotée ou celui des obligations à hauts risques, là où les banquiers et les assureurs, n’ont pas droit de cité en raison des normes contraignantes auxquelles ils sont assujettis. Ils augmentent l’efficacité et la liquidité en exploitant les anomalies de marché. Ils permettent de diversifier les risques pris par les autres acteurs économiques. Etrangement alors qu’ils sont affaiblis, les bourses sont de plus en plus volatiles. Faut-il y voir un lien de cause à effet ?














