Le fret maritime, nouvel oracle des salles de marchés
FOCUS - Alors que la récession a mis au banc des accusés les modèles mathématiques, la baisse de l'indice Baltic Dry a devancé la chute des prix des matières premières. Son rebond de 200% depuis décembre est perçu comme le signe avant coureur de la reprise de l'activité.

Les modèles de mathématiques financières ont été durement éprouvés par la crise. Le fameux modèle de «Black & Scholes» notamment, développé dans les années 1970 et qui fait référence dans la plupart des salles de marché, a été soumis à rude épreuve. Censé calculer un niveau de risque dans des conditions normales, il n’a pas su intégrer la flambée de la volatilité ou encore la corrélation entre divers actifs, comme les matières premières et les actions qui ont tous chuté de concert. Conséquence : personne ou presque n’a vu la crise venir.
Mais un indicateur est en passe de devenir le nouveau sésame des salles de marché : le Baltic Dry Index (BDI). Il a été le premier à avoir vu venir la baisse de l'activité, en tombant en chute libre deux mois avant la chute des cours des matières premières comme le pétrole, le gaz, le coton, le soja, ou encore le blé.

Cet indice est compilé à partir d’une moyenne des prix pratiqués sur 24 routes maritimes de transport en vrac de matières sèches, tels que les minerais, le charbon, les métaux, le ciment, les céréales, les engrais. Etabli à l'échelle du globe; il peut comprendre par exemple le prix du transport de 100 0000 tonnes d'acier d'Australie vers la Chine.
En cas de forte demande dans le commerce mondiale, l'indice bondit, car la fourniture de porte-conteneurs par les transporteurs n'est pas extensible à l'infini. Il faut en moyenne deux ans pour construire un navire. Le prix du fret maritime est donc très sensible à la moindre variation de la demande mondiale. Or, par rapport aux produits finis, le vrac sec présente l'avantage de constituer la base de la production au stade le plus avancé. L'indice Baltic Dry Index constitue donc un indicateur avancé de l'activité économique. Autre avantage : il n'est pas sujet à la spéculation et il est mis à jour quotidiennement par la société Baltic Exchange. En outre, contrairement aux indicateurs retardés comme le PIB, le chômage ou les indices de confiances, il ne peut être sujet à interprétation ou révisé.
Dans les salles de marchés, en manque cruel de repère, l’évolution de cet indice, est scrutée avec la plus grande attention. Après avoir reculé de 94% entre mai 2008 et début décembre, l’indice a rebondi de 200%. Et les observateurs ont vu dans les variations des derniers mois, le signe avant coureur que la crise avait atteint son plus bas. Et ces derniers jours, la hausse s'est accélérée. Lundi, le BDI a bondi de 10%. Même scénario mardi avec une hausse de 9% et mercredi avec un nouveau bond de 4%. Un regain d’intérêt qui s’explique selon les observateurs par la confiance des investisseurs dans les vertus du plan de relance d’Obama.














