La bourse peut résister à une pandémie
FOCUS - A diverses reprises dans l’Histoire, les épidémies n’ont pas empêché les marchés financiers de progresser.
Les craintes d’une pandémie de grippe porcine ont pesé sur les marchés en début de semaine, avec des replis plus sensibles sur les valeurs du transport aérien, comme Air France (-6,6% lundi) ou du tourisme comme Accor (-3,8%). Cependant, l’histoire montre qu’épidémie ne rime pas nécessairement avec baisse des marchés.
Entre 2004 et 2007, un virus très dangereux s’est répandue sur la planète, le HN1, plus communément appelé grippe aviaire. Ce virus n’est pas comparable à celui de la grippe porcine, car les cas de transmissions à l’homme ont été très rares, surtout dans les pays hautement industrialisés. Il s’agit en réalité d’une épizootie.
L’épidémie qui se rapproche le plus de la grippe porcine est celle du SRAS pour Syndrome respiratoire aigu sévère, et apparue à Hong Kong en novembre 2002. L’alerte mondiale a été donnée par l’OMS le 12 mars 2003. De nouveaux cas sont apparus en septembre 2003 à Singapour. La maladie sera contenue en mai 2004. Environ 7000 cas ont été recensés et parmis eux 500 ont trouvé la mort. Pourtant, chez les investisseurs, cette épidémie est passée quasiment inaperçue. Entre le moment ou l’alerte a été lancée en novembre 2002 et celui où l’épidémie a été contenue en mai 2004, les marchés financiers ont gardé le cap. Mieux, ils ont grimpé. C’est en effet à partir du 11 octobre 2002 que le Dow Jones entrait dans un nouveau cycle haussier, qu’il ne quittera plus pendant cinq ans. Après un plus bas à 7200 points, un mois et demi plus tard, il avait bondi de 25% pour atteindre 9000 points. En mai 2004, il avait progressé de 45% à 10400 points.
En Europe, le constat est encore plus flagrant. Au moment même ou l’OMS lançait son alerte mondiale le 12 mars 2003, les indices boursiers entraient dans un cycle haussier de quatre ans. Même les places asiatiques, les plus touchées par l’épidémie du SRAS tenaient bon. Le Nikkei touchait un plus bas en avril 2007 avant de reprendre 140% dans les quatre années qui suivirent. Durant la même période, le Hang Seng grimpait de 280%. Les valeurs du tourisme ou du transport aérien sont restées insensibles au virus. Entre mars 2003 et mai 2004, Air France a vu son cours doubler. Même constat pour Club Med. Le cours d’Accor a bondi de 50% sur la période.
A l’époque, les craintes concernant l’épidémie ont été reléguées au second plan. En effet, après trois années de baisses dues à l’éclatement de la bulle internet et aux attentats du 11 septembre, et des taux directeurs au plus bas, les investisseurs avaient des raisons des croire en une reprise de l’économie mondiale,.
Une autre épidémie importante est celle de 1918-1919, appelée grippe espagnole et qui avait décimé 30 millions de personnes, selon l’institut Pasteur. Si l’on observe l’évolution du Dow Jones durant cette période, rien ne laisse deviner qu’elle englobe l’une des pires épidémies de l’histoire. Selon l’Université de Stanford, un cinquième de la population mondiale a été infectée par cette épidémie, et on estime que 20 à 40 millions de personnes ont trouvé la mort. Aux Etats-Unis, 28% de la population a été infecté par le virus et 675.000 personnes y ont succombé. A l’époque la population américaine représentait le tiers de la population actuelle. Toujours selon l’Université de Stanford, «l’effet de l’épidémie de grippe a été si grave que l’espérance de vie moyenne des américains a été abaissée de 10 ans.»
Pourtant, durant cette période, les marchés boursiers ne se sont pas effondrés. Au contraire, ils ont progressé. Il semblerait que ce soit au mois de septembre 1918 que le virus a commencé à se répandre comme une trainée de poudre. Un mois plus tard, le Dow Jones avait grimpé de 2,2%. Trois mois plus tard, il avait reculé de 2,1%. Six mois plus tard, il affichait un gain de 2,4%. Un an plus tard, le Dow Jones avait progressé de 26,4%. Mais là encore, la hausse des marchés durant cette période est indépendante de l’épidémie. C’est surtout la fin de la Première Guerre mondiale qui a permis aux bourses de rebondir. Pourtant la grippe espagnole a fait plus de victimes directes que la guerre elle-même.















