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En quelques mois, la crise financière a détruit près de la moitié de la richesse mondiale affichée

PROPOS RECUEILLIS PAR CLÉMENCE FUGAIN ET YVES DE KERDREL | JDF HEBDO | 18.10.2008 | Mise à jour : 10H54

Après la récente débâcle des marchés, Jean-François Hénin livre ses impressions sur la crise financière qui secoue la planète. L'actuel président de Maurel & Prom, compagnie d'extraction pétrolière, a une grande expérience des marchés financiers lui valant le surnom de « Mozart de la finance ».

Selon vous, quelle est l'origine de cette crise boursière et financière sans précédent ?
Deux facteurs principaux ont contribué au déclenchement de cette crise : une abondance de liquidités, du fait de la baisse historique des taux d'intérêt à long terme, accompagnée d'une sous-évaluation des risques liés à la volatilité des prix des actifs, et des règles comptables inadaptées qui auto-entretiennent les pertes des banques. L'application générale de la fair value et du mark-to-market est un exemple caricatural des conséquences qu'elles entraînent sur le bilan des banques et des assurances.
En parallèle, l'allongement de la durée moyenne des crédits à taux fixe a entraîné des risques de pertes en cas de hausse de taux qui n'ont été évalués correctement ni par les banques, ni par les auditeurs, ni par les régulateurs. Dès lors, l'explosion de cette bulle financière était un mal nécessaire.
Quelle économie devrait être la plus affectée ?
En quelques mois, la crise financière a détruit près de la moitié de la richesse mondiale affichée. Tous les pays souffrent. Je pense que nous allons assister à un appauvrissement général. Certains pays émergents devraient, on l'espère, réussir à maintenir un taux de croissance significatif. Les Chinois ont d'ailleurs été très réactifs : ils ont initié un plan de relance avant même la fin des Jeux olympiques. Mais les pays les plus touchés seront ceux qui sont producteurs de matières premières, avec un faible taux de transformation. Cette crise devrait, sauf miracle, être la plus forte jamais connue depuis celle de 1929. L'importance de la récession va dépendre de la rapidité des effets des différents plans de sauvetage mis en oeuvre. Mais, inutile de se voiler la face : le chômage va augmenter inéluctablement.
D'autant que les armes dont disposent les gouvernements européens sont réduites de par leur endettement élevé. Seul le gouvernement américain dispose d'une capacité importante d'emprunt. L'économie américaine devrait donc rebondir plus rapidement. Surtout grâce à la Réserve fédérale américaine, qui a baissé de manière efficace ses taux d'intérêt, ce qui va permettre de dégager environ 400 milliards de dollars par an de marge bancaire. En deux ans, les banques américaines devraient donc, dans ces conditions, retrouver une situation normale. Il paraît indispensable que la BCE décide de réduire drastiquement les taux de refinancement de manière à ce que les banques européennes puissent également reconstituer leurs marges. Tant que nous n'aurons pas en Europe des taux directeurs de l'ordre de 1 %, nous ne nous donnerons pas les moyens de rebondir car il faut reconstituer le compte d'exploitation des banques en augmentant leurs marges sans impact sur le coût final du crédit.
Que pensez-vous du plan Paulson et du plan européen ?
Les différents plans de sauvetage arrivent un peu tard, mais ils devraient permettre de stopper les dégâts au niveau des banques. Pour autant, cela ne devrait pas permettre d'éviter une récession. Il est primordial que les banques renforcent leur capital et recommencent à gagner de l'argent. Il est aussi très heureux que les autorités se préoccupent de mettre en place des règles prudentielles et comptables adaptées. Mais il faut aussi redouter que les interventions étatiques ne réduisent trop le rôle du marché. Si ses excès sont dangereux son rôle est absolument indispensable.
Selon vous, comment les marchés vont-ils évoluer ?
Le marché devrait rester encore très volatil. Le traumatisme subi a été tel qu'il faudra un long moment aux actionnaires pour recommencer à avoir une approche fondamentale de leurs investissements. Ces dernières semaines, la baisse des marchés a été accélérée par des vendeurs acculés tels que les fonds en liquidation. Pour ces derniers, la question du prix ne se pose pas puisqu'ils sont obligés de vendre pour rembourser les investisseurs ou les banques. Leur effet boule de neige pourrait se poursuivre, mais la baisse aura bien une fin. L'intervention des gouvernements peut couper court aux effets de panique, cependant il faudra du temps pour sortir de la récession dans laquelle nous sommes entrés. Un des signaux de la reprise boursière sera donné d'ici quelques mois ou d'ici quelques semaines par le lancement des premières OPA. La reprise fera apparaître une classification des entreprises beaucoup plus sélective qu'avant. D'ici là, certains fonds souverains, immensément riches, pourraient faire des acquisitions stratégiques à bas prix.
Et comment voyez-vous le métal jaune dans ces conditions ?
La demande sur l'or devrait demeurer très importante dans les prochains mois. Les souffrances subies à cause de l'effondrement des marchés vont amener une bonne partie des investisseurs à conserver, voire à accroître leurs réserves en or. Certes, les banques centrales n'ont pas envie de voir l'or rester la valeur refuge par excellence. C'est pour cette raison qu'elles multiplient la vente partielle de leurs réserves. L'or est dans cette période, comme à plus longue échéance, l'un des placements les plus protecteurs qui puissent être faits, en particulier grâce à sa liquidité.
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