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«La meilleure réponse est de continuer à avancer»
YVES DE KERDREL ET CHRISTOPHE SOUBIRAN |
JDF HEBDO | 16.05.2009 | Mise à jour : 00H30
Comment le fleuron de l'industrie française, aux profits importants mais à l'image brouillée auprès du grand public, traverse cette année si particulière sur le plan économique. Son directeur général, Christophe de Margerie, nous l'explique.
L'homme est réputé affable. Tout au long de l'entretien qu'il nous a accordé, deux jours avant l'assemblée générale du groupe pétrolier, dans son bureau du 47e étage de la tour Total à la Défense, offrant une vue imprenable sur la capitale, Christophe de Margerie s'est également montré convaincant, pédagogue et pugnace.
D'emblée, le patron de Total a donné le ton. « Bien sûr que nous souffrons aussi de la dégradation de la conjoncture économique. Une partie de nos activités, le raffinage et la pétrochimie, sont directement touchées par l'environnement. Des mesures ont été prises pour adapter notre outil de production. »
Et d'enchaîner : « Mais nous menons depuis des années une politique d'investissements et de discipline budgétaire [Ndlr : le ratio d'endettement s'élevait à 19 % au 31 mars] qui nous permet d'aborder la période actuelle de manière sereine. Nos activités s'appréhendent à un horizon de long terme, voire très long terme, c'est-à-dire de quinze à vingt-cinq ans. C'est important de garder cette idée en tête pour replacer Total dans la crise. » Surtout, selon lui, « la meilleure réponse est de continuer à avancer. Notre programme d'investissements a été maintenu à 18 milliards de dollars cette année ». Le groupe français avait procédé de la même manière lors de la dernière crise pétrolière à la fin des années 90, à la différence de ses pairs. Sa production d'hydrocarbures et ses réserves ont ainsi progressé régulièrement au début de la décennie, alors que d'autres rencontraient des problèmes à répétition.
Cinq grands projets en amont devraient ainsi sortir de terre cette année. Reste que la somme budgétée ne sera peut-être pas dépensée pleinement. « L'idéal serait que oui, indique le dirigeant, nous devrions pouvoir tenir nos engagements. » Mais le groupe doit aussi composer avec ses partenaires, et notamment avec les compagnies nationales dont les stratégies et les contraintes diffèrent. « Les pays membres de l'Opep ne veulent pas commettre les mêmes erreurs que dans les années 80, où ils avaient continué d'investir alors que la consommation mondiale baissait. Certains ont ralenti leur dynamique d'investissements », observe-t-il.
La demande mondiale demeure faible
Et de prévenir aussitôt : « Attention au réveil. » Une période prolongée de sous-investissement pourrait se traduire par des niveaux de prix élevés à moyen terme. Si Christophe de Margerie ne veut pas se prononcer sur un chiffre, il a une certitude : « Le pétrole sera plus cher demain qu'aujourd'hui. »
Quant au récent sursaut des cours, il s'explique par deux éléments : « La corrélation entre la parité euro/dollar et le baril, et, surtout, le changement de psychologie qui s'opère chez les agents économiques. Ces derniers voulant croire que la situation s'améliore. »
Mais la prudence reste de mise : « La demande mondiale de pétrole demeure faible, indique-t-il, au point que les stocks en voie d'absorption il y a trois mois commencent à se reconstituer. »
Mais à quelque chose malheur est bon. Grand pourfendeur du comportement des sociétés de services pétroliers quand le secteur se trouvait en surchauffe, le renversement du rapport de force entre les pétroliers et les contracteurs le comble d'aise. Pour autant, Christophe de Margerie « ne [veut] pas entrer en conflit avec les groupes parapétroliers », et « souhaite entretenir des relations de long terme avec eux ». Il entend néanmoins qu'ils fassent « un effort en matière de prix ». « Les prix du gaz, du pétrole, des aciers et des services au sens large ont baissé, plaide-t-il. Il est normal que ces baisses soient répercutées, surtout pour les services les plus communs. »
Dès le premier trimestre, des économies ont été engrangées. Le dirigeant reconnaît par ailleurs que « la question se pose en d'autres termes pour les services à haute valeur ajoutée ».
Croissance organique et Irak
Deux semaines après l'abandon de son offre sur UTS Energy, cette société canadienne propriétaire d'un permis d'exploitation d'un gisement de schistes bitumineux dans l'Athabasca, le patron de Total réfute toute idée d'« échec ». « Certes, nous ne sommes pas parvenus à nos fins, reconnaît-il, mais nous ne voulions pas faire d'offre inconsidérée sur le plan financier. » Discipline budgétaire oblige.
« Nous avons toujours la volonté de continuer à croître dans cette région du monde. Bien que leur exploitation pose beaucoup de problèmes, notamment sur le plan environnemental, les huiles lourdes restent essentielles pour répondre à terme aux besoins de pétrole. »
Alors qu'il avait réussi deux coups de maître, avec les acquisitions successives de Petrofina et Elf Aquitaine, les investisseurs regrettaient à la fin de son mandat une certaine frilosité de la part de Thierry Desmarest. Son successeur semble plus enclin à procéder à des acquisitions, incontournables pour atteindre une production moyenne de 3 millions de barils par jour (elle s'élevait à 2,32 millions au premier trimestre). Un niveau qui rapprocherait Total de ses trois grands concurrents anglo-saxons (BP, Royal Dutch-Shell et ExxonMobil). « Le repli des marchés offre des opportunités. Mais il n'y a aucune raison de se précipiter », note Christophe de Margerie. Et le groupe n'entend pas relâcher ses efforts en matière de croissance organique, sa véritable marque de fabrique.
A cet égard, un retour en Irak, un pays historique pour Total, semble de plus en plus envisageable. Les autorités irakiennes ont multiplié au cours des dernières semaines les déclarations bienveillantes à l'égard du pétrolier français. Ce dernier a répondu à un premier appel d'offres concernant l'exploitation de champs déjà en activité, mais il espère beaucoup plus. Le patron de Total veut rester néanmoins réaliste : « La sécurité sur place n'est pas encore optimale. »
Priorité au dividende
Erika, usine AZF, profits suscitant les hauts cris, etc. Total pâtit d'un profond déficit d'image auprès du grand public. Conscient du problème, Christophe de Margerie souhaite montrer Total « sous son vrai jour », et entend que le pétrolier se comporte en retour comme une société citoyenne. Le débat sur le partage de la valeur ajoutée au sein des entreprises lui semble à cet effet plutôt sain, mais légiférer sur la question constituerait « une hérésie ».
De même, le dividende représente, selon lui, « le meilleur moyen de rémunérer les actionnaires » (la politique de rachats d'actions du groupe, longtemps décriée, a été abandonnée). Une opinion loin d'être partagée par les pouvoirs publics mais que Christophe de Margerie a défendue avec conviction devant l'assemblée des actionnaires en présentant la politique du groupe.
D'emblée, le patron de Total a donné le ton. « Bien sûr que nous souffrons aussi de la dégradation de la conjoncture économique. Une partie de nos activités, le raffinage et la pétrochimie, sont directement touchées par l'environnement. Des mesures ont été prises pour adapter notre outil de production. »
Et d'enchaîner : « Mais nous menons depuis des années une politique d'investissements et de discipline budgétaire [Ndlr : le ratio d'endettement s'élevait à 19 % au 31 mars] qui nous permet d'aborder la période actuelle de manière sereine. Nos activités s'appréhendent à un horizon de long terme, voire très long terme, c'est-à-dire de quinze à vingt-cinq ans. C'est important de garder cette idée en tête pour replacer Total dans la crise. » Surtout, selon lui, « la meilleure réponse est de continuer à avancer. Notre programme d'investissements a été maintenu à 18 milliards de dollars cette année ». Le groupe français avait procédé de la même manière lors de la dernière crise pétrolière à la fin des années 90, à la différence de ses pairs. Sa production d'hydrocarbures et ses réserves ont ainsi progressé régulièrement au début de la décennie, alors que d'autres rencontraient des problèmes à répétition.
Cinq grands projets en amont devraient ainsi sortir de terre cette année. Reste que la somme budgétée ne sera peut-être pas dépensée pleinement. « L'idéal serait que oui, indique le dirigeant, nous devrions pouvoir tenir nos engagements. » Mais le groupe doit aussi composer avec ses partenaires, et notamment avec les compagnies nationales dont les stratégies et les contraintes diffèrent. « Les pays membres de l'Opep ne veulent pas commettre les mêmes erreurs que dans les années 80, où ils avaient continué d'investir alors que la consommation mondiale baissait. Certains ont ralenti leur dynamique d'investissements », observe-t-il.
La demande mondiale demeure faible
Et de prévenir aussitôt : « Attention au réveil. » Une période prolongée de sous-investissement pourrait se traduire par des niveaux de prix élevés à moyen terme. Si Christophe de Margerie ne veut pas se prononcer sur un chiffre, il a une certitude : « Le pétrole sera plus cher demain qu'aujourd'hui. »
Quant au récent sursaut des cours, il s'explique par deux éléments : « La corrélation entre la parité euro/dollar et le baril, et, surtout, le changement de psychologie qui s'opère chez les agents économiques. Ces derniers voulant croire que la situation s'améliore. »
Mais la prudence reste de mise : « La demande mondiale de pétrole demeure faible, indique-t-il, au point que les stocks en voie d'absorption il y a trois mois commencent à se reconstituer. »
Mais à quelque chose malheur est bon. Grand pourfendeur du comportement des sociétés de services pétroliers quand le secteur se trouvait en surchauffe, le renversement du rapport de force entre les pétroliers et les contracteurs le comble d'aise. Pour autant, Christophe de Margerie « ne [veut] pas entrer en conflit avec les groupes parapétroliers », et « souhaite entretenir des relations de long terme avec eux ». Il entend néanmoins qu'ils fassent « un effort en matière de prix ». « Les prix du gaz, du pétrole, des aciers et des services au sens large ont baissé, plaide-t-il. Il est normal que ces baisses soient répercutées, surtout pour les services les plus communs. »
Dès le premier trimestre, des économies ont été engrangées. Le dirigeant reconnaît par ailleurs que « la question se pose en d'autres termes pour les services à haute valeur ajoutée ».
Croissance organique et Irak
Deux semaines après l'abandon de son offre sur UTS Energy, cette société canadienne propriétaire d'un permis d'exploitation d'un gisement de schistes bitumineux dans l'Athabasca, le patron de Total réfute toute idée d'« échec ». « Certes, nous ne sommes pas parvenus à nos fins, reconnaît-il, mais nous ne voulions pas faire d'offre inconsidérée sur le plan financier. » Discipline budgétaire oblige.
« Nous avons toujours la volonté de continuer à croître dans cette région du monde. Bien que leur exploitation pose beaucoup de problèmes, notamment sur le plan environnemental, les huiles lourdes restent essentielles pour répondre à terme aux besoins de pétrole. »
Alors qu'il avait réussi deux coups de maître, avec les acquisitions successives de Petrofina et Elf Aquitaine, les investisseurs regrettaient à la fin de son mandat une certaine frilosité de la part de Thierry Desmarest. Son successeur semble plus enclin à procéder à des acquisitions, incontournables pour atteindre une production moyenne de 3 millions de barils par jour (elle s'élevait à 2,32 millions au premier trimestre). Un niveau qui rapprocherait Total de ses trois grands concurrents anglo-saxons (BP, Royal Dutch-Shell et ExxonMobil). « Le repli des marchés offre des opportunités. Mais il n'y a aucune raison de se précipiter », note Christophe de Margerie. Et le groupe n'entend pas relâcher ses efforts en matière de croissance organique, sa véritable marque de fabrique.
A cet égard, un retour en Irak, un pays historique pour Total, semble de plus en plus envisageable. Les autorités irakiennes ont multiplié au cours des dernières semaines les déclarations bienveillantes à l'égard du pétrolier français. Ce dernier a répondu à un premier appel d'offres concernant l'exploitation de champs déjà en activité, mais il espère beaucoup plus. Le patron de Total veut rester néanmoins réaliste : « La sécurité sur place n'est pas encore optimale. »
Priorité au dividende
Erika, usine AZF, profits suscitant les hauts cris, etc. Total pâtit d'un profond déficit d'image auprès du grand public. Conscient du problème, Christophe de Margerie souhaite montrer Total « sous son vrai jour », et entend que le pétrolier se comporte en retour comme une société citoyenne. Le débat sur le partage de la valeur ajoutée au sein des entreprises lui semble à cet effet plutôt sain, mais légiférer sur la question constituerait « une hérésie ».
De même, le dividende représente, selon lui, « le meilleur moyen de rémunérer les actionnaires » (la politique de rachats d'actions du groupe, longtemps décriée, a été abandonnée). Une opinion loin d'être partagée par les pouvoirs publics mais que Christophe de Margerie a défendue avec conviction devant l'assemblée des actionnaires en présentant la politique du groupe.
NOTRE CONSEIL
Achat, avec un objectif de cours de 55 euros (code : FP, Comp. A, SRD). La valeur est bon marché et offre un rendement pérenne et attrayant de 5,6 %.
Achat, avec un objectif de cours de 55 euros (code : FP, Comp. A, SRD). La valeur est bon marché et offre un rendement pérenne et attrayant de 5,6 %.
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