L’or a une grande marge d’appréciation
ANALYSE - Joël Antoine, spécialiste de l’or au Journal des Finances, fait le point sur la tendance haussière et conseille la meilleure façon de miser.
L’or va de record en record
Est-il trop tard pour acheter de l’or, le métal jaune allant de record en record ? C’est un article paru dans le journal britannique The Independant qui a mis le feu aux poudres. Il dévoilait que les Etats du Golfe producteurs de pétrole souhaitent remplacer le dollar américain par un panier de monnaies composé du billet vert mais aussi du yen, du yuan, de l’euro, de la future monnaie du Golfe et de l’or pour exprimer le cours du pétrole. Ce n’est pas la première fois que les producteurs de pétrole cherchent un substitut au dollar qu’ils jugent excessivement volatil. En revanche, l’introduction de l’or dans le panier de devises est nouveau mais le soufflé pourrait retomber.
Un parcours heurté
En outre, depuis le début des années 1980, l’or a été un placement décevant. Depuis cette époque, les banques centrales ont décidé de lutter contre l’inflation, ce qui a retiré à la relique barbare son rôle de valeur refuge. Seul le secteur de la bijouterie restait fidèle au métal jaune. Quant aux débouchés industriels, ils sont toujours restés marginaux. Dans ces conditions, les banques centrales des pays industriels ont mis en place des programmes de vente d’une partie de leurs réserves d’or.
La tendance semble avoir changé significativement. Non seulement l’hégémonie du dollar est remise en cause mais surtout, les politiques très accommodantes des banques centrales et notamment la monétisation de la dette américaine fait craindre une résurgence de l’inflation dans les deux à trois ans à venir. En outre, les banques centrales viennent de mettre un terme à la politique de cession de leurs stocks d’or afin de conserver une bonne diversification de leurs réserves.
Jusqu’où peut monter le prix de l’or ?
Personne ne peut répondre à cette question. Cependant, il est clair que l’offre est très peu élastique et que les gisements s’épuisent. La rareté joue donc en faveur du renchérissement du métal jaune. En outre, corrigé de l’inflation, l’or est loin d’avoir retrouvé ses plus hauts. Sa marge d’appréciation est très importante : si l’on ajuste les derniers cours de l’or à l’inflation depuis le début des années 1980, le prix du métal jaune devrait progresser encore de 45%. Dans ces conditions, les 1060 dollars ne seraient qu’une étape sur le chemin de la hausse.
Or physique ou mines d’or ?
Investir dans l’or physique permet d’opter pour la pureté du concept. En outre, lui seul a une réelle valeur internationale. Reste les risques liés à la détention de cette valeur, à son transport, à la négociation lors de transactions. La fiscalité française est également un facteur particulièrement négatif. Les ETC (exchange traded commodities) permettent de résoudre une grande partie des inconvénients liés à la détention d’or physique, d’où leur grand succès depuis deux ans. En revanche, les investisseurs en ETC doivent d’une part vérifier qu’ils s’intéressent bien à un produit financier dont la contrepartie est représentée par un stock d’or et non par un dérivé dont la garantie est le bilan d’un établissement financier. En outre, le succès des ETC est tel que ces produits attirent des investisseurs «court termistes». Instables, ils pourraient décider d’arbitrer leur or papier en faveur d’une autre classe d’actifs en un laps de temps très court, ce qui ferait effondrer le cours des ETC.
Les mines d’or semblent actuellement un support d’investissement particulièrement intéressant compte tenu de leur retard par rapport au prix de l’or et de leur effet de levier positif (voir entretien avec Tom D. Holl).
La décision prise par Barrick Gold de solder ses contrats de vente à terme sur l’or apporte une nouvelle confirmation de la tendance haussière. Parmi les mines d’or, seul Anglogold Ashanti détient encore des couvertures sur le métal jaune, toutes les autres compagnies ont racheté leurs contrats de vente afin de bénéficier du renchérissement du cours du métal. Cette politique devrait bénéficier aux souscripteurs de fonds de mines d’or dont les cours s’envolent.
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