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Hervé Thiard est directeur général de Pictet Funds Paris.

Hervé Thiard est directeur général de Pictet Funds Paris.

«Un cercle vertueux en Afrique»

Propos recueillis par Perrine Créquy | JDF | 20.06.2008 | Mise à jour : 11H24

Hervé Thiard est directeur général de Pictet Paris. Il détaille les opportunités d’investissement en Afrique du Nord et au Moyen-Orient, zones où est investi le fonds MENA proposé par sa société.

Lefigaro.fr/jdf.com – Dans quels pays est investi le fonds Pictet targeted fund Middle East and North Africa ?
Hervé Thiard – L’Arabie Saoudite est représentée dans le portefeuille de ce fonds. Les valeurs de l’industrie sont privilégiées dans ce pays. Au Qatar, l’industrie comme les banques présentent une rentabilité en forte croissance. Ce pays affiche en outre des fondamentaux macroéconomiques particulièrement solides. Concernant les Emirats Arabes Unis, nous estimons que les actions sont meilleur marché à Abu Dhabi qu’à Dubaï. Nous sommes sous-pondérés sur le Koweit, et sur l’ensemble des titres marocains. Ces derniers s’achètent en effet à un prix 25 fois supérieur à leurs revenus, soit le double du ratio moyen au sein de l’indice MSCI world. Notre univers d’investissement inclut également Bahrein, Oman, la Jordanie, la Tunisie et le Liban.

Pourquoi avez-vous écarté de nombreux pays du continent africain ?
Nous avons choisi une définition stricte de la zone d’investissement de ce fonds, contrairement à certains de nos confrères qui misent à travers l’ensemble du continent africain. Nous avons choisi de retenir uniquement les pays arabes ou émergents qui réinvestissent leurs rentes pétrolières dans des secteurs diversifiés de leur économie, et qui bénéficient d’une démographie favorable. La Turquie ne remplit pas ces conditions, car elle est trop dépendante de la croissance de l’Europe de l’est. Elle entretient en effet des liens commerciaux étroits avec l’ensemble des pays situés entre l’Allemagne et la Russie. Israël ne correspond pas non plus aux critères que nous avons retenus, car ce pays ne fait pas partie des économies émergentes. Les pays sub-sahariens et l’Afrique du sud ne peuvent pas s’inscrire dans notre champ d’investissement, car leur développement ne se base pas sur le réinvestissement des revenus issus du pétrole. Par ailleurs, l’Irak et l’Iran sont exclus pour des raisons politiques. Enfin, en Libye, en Algérie et en Syrie, les marchés ne sont pas assez ouverts aux investisseurs étrangers.

Quels types de sociétés apparaissent dans votre portefeuille ?
Notre stratégie d’investissement privilégie les valeurs qui, à performance égale, sont les moins valorisées par le marché. Pour cette raison, nous évitons les valeurs des télécoms, exception faite d’Orascom Telecom, qui est bon marché. Ce secteur est en pleine effervescence, mais il est déjà trop valorisé par le marché. L’énergie est également sous-pondérée, car la plupart des sociétés de ce secteur sont nationalisées. En revanche, nous misons sur le développement des banques. Le crédit aux particuliers est en plein essor, et ces établissements ne sont pas concernés par la crise des subprime. Commercial Bank of Qatar bénéficie d’une position dominante sur son marché domestique. La banque d’investissement islamique Gulf Finance House affiche un taux de retour sur investissement de 44%, ce qui témoigne de sa forte croissance. Nous jouons aussi l’essor de l’immobilier en Afrique du nord et au Moyen-Orient, notamment avec la société immobilière Emaar Properties et le groupe de construction Arabtec. Des quartiers entiers sortent de terre au Caire. En Arabie Saoudite et à Dubai, des villes sont en train d’être créées de toutes pièces. Les populations de ces pays se sont enrichies, et elles souhaitent désormais disposer de logements plus spacieux et plus confortable.

A quel rythme se développent les investissements en Afrique ?
Nous sommes à l’aube d’un cercle vertueux. Les investisseurs sont de plus en plus intéressés par cette zone, donc des analystes financiers se spécialisent dans cette région et diffusent davantage d’information, ce qui attire plus d’investisseurs. Cet engouement s’observe dans notre fonds MENA, qui a été lancé il y a seulement dix jours, et qui rassemble déjà 50 millions de dollars de conservation.Les volontés politiques en Afrique du nord et au Moyen-Orient ont permis d’améliorer l’accès des investisseurs étrangers à leur marché, et ce, plus particulièrement depuis 2000. Les taxes dissuasives sont de plus en plus rares. L’Arabie Saoudite reste un marché protégé, mais il est possible d’y investir via des fonds de placement locaux.Le poids de l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient au sein de l’indice MSCI World emerging markets va progressivement se renforcer au fil du temps. Elle représente actuellement 1,3% du MSCI world emerging markets, mais du fait de sa valorisation boursière, elle devrait composer 5,4% de l’indice.

Est-il plus risqué d’investir dans ces nouveaux pays émergents plutôt qu’en Chine, en Inde ou au Brésil ?
Il n’y a pas plus de risques en Afrique du nord et au Moyen-Orient que dans d’autres pays émergents. Aujourd’hui, les sociétés de notre zone d’investissement adoptent les normes comptables internationales. Ces pays affichent des balances des paiements excédentaires, et des devises stables. Ils se dotent progressivement de banques centrales indépendantes. Les investisseurs occidentaux ne rencontrent pas de difficultés pour rapatrier leurs capitaux, et en termes de valorisation, ces marchés sont parmi les moins chers, ce qui revient à une certaine protection. Par ailleurs, les prévisions de développement de la société de consommation que nous avons bâties restent valables tant que le cours du pétrole est supérieur à 40 dollars le baril. Cette hypothèse ne semble pas devoir être remise en cause.

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