«Les actions à haut rendement offre une bonne couverture»
François de Saint-Pierre, responsable de la recherche et de la gestion actions chez Lazard Frères Gestion, mise sur les sociétés à haut rendement, surtout dans les télécoms et l’industrie, pour le fonds Objectif dividendes.
Lefigaro.fr/jdf.com – Comment sélectionnez-vous les actions à haut rendement qui composent votre fonds Objectif Dividendes ?
Nous investissons uniquement sur les sociétés qui présentent un rendement de 4% minimum. Si le rendement baisse au-dessous de ce niveau, nous vendons systématiquement.Nous nous assurons d’abord que le dividende sera bien payé. Nous évaluons la capacité de l’entreprise à générer du cash, c’est-à-dire sa rentabilité. La structure du bilan doit présenter un faible endettement. La stratégie de l’entreprise est également prise en compte, comme la perspective de ventes d’actifs qui reviendrait aux actionnaires. Il faut veiller à ce que les dirigeants ne soient pas auto-intoxiqués par la théorie de surperformance grâce au dividende, qui constitue la philosophie de ce fonds. En effet, l’action réalise souvent une surperformance l’année qui suit l’augmentation du dividende, mais ce n’est pas toujours vrai. Thomson en est un bon exemple. En février, le groupe a publié des résultats peu brillants, mais des dividendes de 5%, et deux mois plus tard, le management a été remplacé et le dividende, suspendu.
Dans quels secteurs se concentrent les actions à haut rendement ?
Les actions à haut rendement sont identifiées au cas par cas. Elles sont actuellement assez nombreuses dans les télécoms et dans l’industrie, mais ce n’a pas toujours été le cas. En 2000, les télécoms n’étaient pas des actions à haut rendement. Nous évitons en revanche les secteurs qui sont trop endettés, comme les banques actuellement, et ceux qui sont très règlementés, comme la pharmacie du fait de la promotion des génériques. Les utilities (services aux collectivités, ndlr) sont risqués, car leurs contrats peuvent être remis en cause.
Quels sont les sociétés qui apparaissent dans votre portefeuille ?
Nous investissons essentiellement dans la zone euro, et un peu en Suisse et au Royaume-Uni. Notre portefeuille comporte une cinquantaine de lignes, qui en représente chacune entre 1% et 4%. Nous aimons beaucoup M6 : la conjoncture n’est pas bonne aujourd’hui pour la société, mais la perspective de la vente de ses parts dans Canal + en 2010 est intéressante. En vendant TPS à Vivendi, elle a dégagé trois années de dividendes. Nous misons également sur Sanofi-Aventis, France Télécom, Kesa Electricals, BNP Paribas, la poste autrichienne Österreichische Post, la société de télécoms finlandaise Elisa Corp, le groupe pharmaceutique britannique GlaxosmithKline, Neopost, SwissLife… Nous misons aussi sur PPR, qui n’a jamais coupé son dividende, avec un coupon de 6%. Nous maintenons Renault dans notre portefeuille, car l’action présente un rendement de près de 9%. Ce constructeur automobile est une entreprise qui a du cash, et qui reste sous tension pour assurer sa rentabilité, comme l’a prouvé l’annonce de ses mesures de restructuration jeudi. Nous estimons que Total pourrait arrêter prochainement son programme de rachat de titres, et arbitrer son choix d’allocation de son cash flow en faveur du dividende.
Pourquoi avez-vous choisi de lancer un fonds investi sur les valeurs à haut rendement en avril dernier ?
François de Saint-Pierre – De nombreuses études réalisées aux Etats-Unis et outre-Manche montrent que la contribution du dividende à la performance action sur le long terme est déterminante. Et cette relation s’observe aussi en Europe, notre zone d’investissement, sur vingt-deux ans. Par exemple, le SBF 120, qui regroupe les cent vingt premières capitalisations à la Bourse de Paris, affichait en avril dernier une performance annualisée de 7,5% hors dividendes, et de 9,7% avec les dividendes. Nous nous intéressons à cette problématique depuis quelques temps, et la configuration de marché actuelle se prête au lancement d’un tel fonds. Dans les périodes difficiles, le rendement rassure. Les dividendes pour 2007 annoncés en mars ont atteint un niveau record en quinze ans. Parallèlement, depuis le début de l’année, les cours des actions ont fortement chuté. Le rendement des actions est donc grand.
Comment expliquez-vous cette surperformance ?
Le dividende est le signe le plus tangible de la capacité pour une entreprise à dégager du cash. Contrairement au bénéfice par action, il constitue un indicateur plus stable, car il ne dépend pas de logiques comptables ou des règlementations nationales. Investir sur les actions à haut rendement offre une bonne couverture, face à une conjoncture défavorable et à un manque de visibilité, comme depuis plus d’un an maintenant.
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