L’investissement socialement responsable a la cote
FOCUS – L’investissement socialement responsable (ISR) se porte bien. Les encours ISR sur le marché français ont progressé de plus de 50% en 2009 et ce, malgré la crise.
L’engouement pour l’investissement dit «socialement responsable», ou l’ISR, ne s’est pas tari avec la crise. La responsabilité des investisseurs a été pointée du doigt, ce qui a favorisé l’émergence d’alternatives à la gestion traditionnelle. L’encours investi en ISR sur le marché français était de 32,6 milliards d’euros à fin septembre 2009, selon Novethic, filiale de la Caisse des Dépôts qui publie des études et analyses sur le marché de l’ISR depuis 2001.
Depuis ses débuts en France, l’encours ISR enregistre une croissance à deux chiffres chaque année. Le marché s’est littéralement envolé au début des années 2000, avec la diversification et la multiplication de l’offre de produits de placements ISR.

Six grands gérants font la course en tête des encours ISR sur le marché français, le «club des six» : Allianz Global Investors France (3,97 milliards d’euros à fin 2009) ; BNP Paribas Investment Partners (3,5 milliards d’euros au 30 septembre 2009) ; Crédit Agricole et Société Générale, qui ont lancé le 1er janvier 2010 leur pôle commun de gestion d’actifs, Amundi (11,15 milliards d’euros à fin 2009, dans le périmètre d’Amundi) ; Dexia Asset Management (18 milliards d’euros à fin 2009, en Europe), et Natixis Asset Management (4,5 milliards d’euros au 30 septembre 2009, en Europe).
«Mais il n’a pas encore atteint la taille critique qui lui permettra de révolutionner les marchés», remarque Dominique Blanc, responsable de la recherche ISR chez Novethic. L’évolution des encours ISR a été marquée par un fort taux de conversion entre placements traditionnels et fonds ISR en 2009, mais le poids de ces encours dépasse rarement les 10% des encours totaux des sociétés de gestion. Certaines, en revanche, en ont fait leur spécialité.
Le potentiel de l’ISR est donc énorme. Les sociétés de gestion l’ont bien compris et intègrent de plus en plus les critères ESG (Environnemental – Social – Gouvernance) dans leurs stratégies d’investissements.
Petit bémol, ces placements peinent à s’imposer auprès des particuliers, faute de visibilité ou de réels réseaux de distribution. La clientèle institutionnelle représentait encore 75% des encours ISR à la fin 2008. Pour les acteurs du marché, toutefois, la tendance commence à changer. «Notre clientèle de particuliers se développe depuis 2006, notamment parce que l’idée reçue d’une sous-performance des placements responsables commence à disparaître», remarque Eric Borremans, chargé du développement ISR chez BNP Paribas Investment Partners. Le groupe est présent sur le marché de l’ISR depuis 2002.
Le succès des fonds thématiques aide aussi à développer une clientèle de particuliers. «Tous les investisseurs, particuliers ou institutionnels, réalisent que le changement climatique, par exemple, est un enjeu crucial pour les vingt prochaines années», ajoute Eric Borremans. C’est pourquoi, les sociétés de gestion veulent montrer l’exemple. «L’ISR n’est pas seulement une offre commerciale, mais une orientation à l’échelle du groupe», explique Pierre Dinon, co-responsable du développement de l’ISR chez Allianz Global Investors France, qui insiste sur l’engagement du groupe Allianz en matière de micro-assurance et d’objectif de réduction des émissions de CO2.
Le marketing ne fait pas tout, pourtant. Les fonds doivent répondre aux préoccupations des investisseurs. D’où la nécessité de la pédagogie. «Des initiatives comme la création du label Novethic, l’année dernière, peuvent aider les particuliers à mieux cerner l’offre», acquiesce Eric Borremans. Par ailleurs, le code de transparence de l’Association française de la gestion financière (AFG), l’organisation professionnelle de la gestion pour compte de tiers, a été rendu obligatoire. «Les initiatives individuelles des sociétés de gestion sont très importantes, mais nous avons aussi besoin d’une impulsion globale», estime Pierre Dinon. La demande existe chez les particuliers. Encore faut-il la réveiller. Miser sur la transparence est sans doute un pas dans la bonne direction.
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Les dates clés de l’investissement responsable en France
L’histoire de l’ISR a commencé outre-Atlantique, sous l’impulsion de fonds de retraites catholiques et protestants, et sous l’influence de la communauté des Quakers, il y a une cinquantaine d’années. Ces fonds dits «éthiques» avaient pris le parti d’exclure certains secteurs, comme l’armement ou le tabac, de leurs projets d’investissements.
En France, l’ISR a émergé au début des années 1980. «L’approche française de l’ISR s’est affinée progressivement, en prenant en compte la montée en puissance de certaines grandes thématiques, comme l’environnement ou le développement durable», explique Dominique Blanc. Une approche multicritères (dite «Best in Class») prévaut aujourd’hui en France, recentrée autour de l’axe ESG : l’environnement, le social / sociétal et la gouvernance.
Le boom de l’ISR dans les années 2000 a été accompagné par un certains nombres d’évènements clés :
•2001 : vote de la loi sur les nouvelles régulations économiques (NRE)
Fondée sur une exigence de transparence de l’information, cette loi instaure que les sociétés françaises cotées devront présenter, dans le rapport de gestion annuel, parallèlement à leurs informations comptables et financières, des données sur les conséquences environnementales et sociales de leurs activités.
•2002 : création de Vigeo
La naissance des agences de notation extra-financière a permis de structurer le marché de l’ISR. Ces agences évaluent et notent les entreprises en fonction des critères ESG. Parmi ces agences figurent Vigeo (France), Eiris (Royaume-Uni), DSR (Pays-Bas), ou Scoris (Allemagne).
•2003 : création du Fonds de réserve des retraites (FRR)
Lors de la création de ce fonds, il a été décidé d’allouer une grande partie des actifs placés aux fonds ISR. Dans le cadre de son premier appel d’offres en 2003, le FRR a souhaité que les gestionnaires qu’il avait sélectionnés sur les mandats de gestion active des actions européennes prennent un certain nombre d’engagements.
•2005 : naissance du régime de retraite additionnelle de la fonction publique (ERAFP)
Les cotisations perçues sont placées dans le respect d’une démarche attentive aux conséquences sociales, économiques et environnementales des placements et dans le respect de règles protectrices pour les bénéficiaires du régime. Une Charte de l’investissement socialement responsable (ISR) a été adoptée en mars 2006.
•2005 : mise en place d’un code de transparence par l’Eurosif
Ce code, décliné en France par l’AFG et le FIR, est présenté sous forme de questionnaire. Les sociétés de gestion doivent répondre à tous ces engagements pour utiliser la qualification ISR.
•2006 : lancement des principes de l’investissement responsable de l’ONU
L’Organisation des Nations unies a défini six grands principes pour les acteurs financiers, prenant notamment en compte les critères ESG ainsi que l’échange des bonnes pratiques entre les acteurs du secteur. Aujourd’hui, l’ONU compte plus de 500 signataires.
•2009 : création du label Novethic
Le «Label ISR Novethic» a pour objectif d’encourager le développement d’une information la plus transparente possible sur les fonds ISR, afin d’offrir un repère simple aux épargnants particuliers. Le label est attribué, sur candidature, aux fonds qui s’appuient sur une analyse ESG et disposent d’une information exhaustive sur leurs caractéristiques extra-financières et leur composition.
•2010 : nouvelle version du code de transparence
L’AFG a rendu ce code obligatoire.















