Les sociétés du CAC 40 face à la dette
Les entreprises du CAC 40 ont augmenté leur financement par la dette ces derniers temps. Si en période de croissance, cela est un formidable levier en matière d’investissement, en temps de crise, rien n’est moins sur.
Le durcissement des conditions de crédit inquiète actuellement, car les entreprises fonctionnent de plus en plus avec l’endettement. En effet, la dette nette de l’ensemble des sociétés non bancaires du CAC 40 a augmenté de 25% en deux ans, à 250 milliards d’euros. Cet endettement suscite des craintes car l’accès à ce type de financement est moins aisé du fait de la crise financière. Celle-ci augmente par ailleurs fortement le ratio dette nette/capitalisation boursière des entreprises. Avec moins de capital, elles présentent des difficultés à rembourser leurs traites.
En ces temps de baisse des résultats, les sociétés obtiennent moins de crédits du fait que beaucoup de ces crédits comprennent une clause de limitation de l’endettement. Le dépassement de cette limite est sanctionné par l’augmentation du coût du crédit ou des cessions d’actifs, des baisses de dividendes… La situation est donc préoccupante, car en cette période de crise, les résultats des entreprises fondent comme neige au soleil.
Tous les secteurs ne sont pas égaux
Il faut toutefois éviter toute généralisation en la matière. Environ un quart des entreprises du CAC 40 ont chacune plus de 10 milliards d’euros de dettes. Mais les secteurs très endettés ne sont pas forcément les plus menacés, car les échéanciers de dette et les modes de gestion des liquidités ont aussi leur importance. Les secteurs générant un cash-flow (flux de trésorerie) récurrent, c’est-à-dire non exposés aux variations du marché, sont protégés, car leurs conditions d’endettement ne sont pas complètement soumises à leurs résultats.
Ainsi, les opérateurs de télécom européens font partie des entreprises les plus endettées. C’est le cas notamment pour France Télécom, qui affiche une dette de 38,2 milliards d’euros à la fin du premier semestre 2008. Heureusement, leur cash-flow est suffisamment important pour supporter le remboursement du crédit et même permettre aux entreprises de s’auto-financer. Il faut dire qu’à la suite de l’éclatement de la bulle internet en 2001-2002, les opérateurs avaient été obligés d’assainir leur situation pour diminuer le risque de manque de liquidité.
C’est pourquoi de nombreuses sociétés de télécom conservent une partie généreuse de leur cash-flow pour se désendetter, plutôt que de tout redistribuer en dividendes. Plusieurs analystes estiment ainsi que le secteur pourra faire face à ses échéances dans les douze mois à venir. Sans chercher à se désendetter, il faut parfois refinancer ses emprunts. C’est ce qu’a notamment fait France Télécom en levant 3,3 milliards d’euros sur le marché obligataire au premier semestre.
D’autres secteurs sont beaucoup plus menacés, comme le bâtiment et l’immobilier, car leur génération de cash-flow disponible est exposée au cycle économique et peut devenir négative.
De plus, le risque concernant la liquidité est double, puisque nous connaissons deux crises, immobilière et financière. Pour les foncières, le danger est d’autant plus élevé que leurs financements bancaires sont soumis au respect d’un ratio de dette sur valeur d’actifs. Or une baisse de la valeur de leurs actifs est à prévoir l’an prochain, lorsque la crise se traduira pleinement sur les prix de l’immobilier.
Il existe tout de même des sociétés qui ne sont pas endettées au premier semestre 2008, c’est le cas de Capgemini ou encore d’Alstom, qui affichent une trésorerie nette positive.
Etats des lieux et perspectives
Publié hier, le rapport trimestriel d’Altares, qui étudie les relations interentreprises, fait état d’une détérioration des comportements de paiement des entreprises. Elles rechignent de plus en plus à rembourser leurs échéances à temps, avec des retards de paiement moyens à 11,7 jours en France. Dans l’immobilier les retards sont de 17,2 jours, soit un jour de plus qu’il y a trois mois. Dans le commerce et le bâtiment, les retards atteignent des records de valeur depuis 2004. Dans l’industrie, ils retrouvent leur niveau de fin 2004 à 13,3 jours.
Mais la France fait figure de bonne élève en Europe, où l’on retrouve des comportements de paiement des entreprises comparables à ceux de la crise de 2001.
Si les entreprises arrivent à maintenir leurs liquidités à un niveau correct, le danger pourrait venir des banques. Elles ne pourront peut-être pas toujours répondre à la nécessité de refinancement des acteurs européens, dont 35 à 40 milliards de dettes arriveront à échéance d’ici fin 2009. Le risque majeur serait dès lors une aggravation de la crise via un blocage des marchés obligataires, une autre source de financement. Pour les entreprises, il s’agira donc de changer de stratégie pour contrebalancer les difficultés d’accès à la dette en redistribuant moins de dividendes via la modification des politiques d’investissement…









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