Plaidoyers pour un dollar fort
Soucieux de la faiblesse actuelle de la monnaie, le patron de la Réserve Fédérale, Ben Bernanke, amorce un durcissement de son discours vis à vis de l’inflation.
Certains diront que Ben Bernanke est désormais clairement passé du côté des «faucons», après avoir longtemps fait figure de «colombe». Face à la résurgence de pressions inflationnistes, le patron de la Réserve Fédérale a une fois de plus tenu à souligner que la banque centrale américaine ne laisserait pas l’inflation s’accélérer aux Etats-Unis. Histoire de rappeler que si la Fed est soucieuse de la croissance, elle est aussi gardienne de la stabilité des prix. Et, au vu de la dernière incartade de l’euro au dessus des 1.58$, il était clairement temps pour la banque centrale américaine d’intervenir, du moins oralement.
La Réserve fédérale américaine ne laissera pas s’installer chez les acteurs de l’économie l’idée que l’inflation va accélérer a ainsi précisé Bernanke, à l’occasion de la conférence annuelle de la Fed de Boston. Elle «résistera fortement à une érosion des attentes d’inflation à long terme, car un dérapage de ces attentes risquerait de déstabiliser la croissance autant que l’inflation».
Cette annonce a eu pour effet de faire baisser l’euro face au dollar, le quel est revenu à proximité des 1.55$, alors qu’il s’échangeait la veille au dessus des 1.58$.
Ce récent revirement dans le discours de Bernanke illustre bien les désaccords qui persistent au sein de la Réserve Fédérale sur la marche à tenir en matière de politique monétaire. Lors de la dernière réunion du comité de politique monétaire, certaines voix s’étaient élevées contre une nouvelle baisse du taux directeur, alors même que la hausse des prix du pétrole laissait entrevoir de nouvelles pressions sur la chaîne des prix. Les présidents des Réserves fédérales de Dallas et de Philadelphie, Richard Fisher et Charles Plosser avaient notamment voté contre la décision de porter le «Prime Rate» de 2.25% à 2%. Ces derniers s’inquiètent notamment de la faiblesse du dollar face aux autres devises. Et ce ne sont pas les seuls. Même Georges Bush a plaidé hier pour l’idée d’un dollar fort.
Tous craignent que la baisse continue de la devise ne vienne alimenter la spirale inflationniste via l’augmentation des prix à l’importation, dans un contexte où les prix du pétrole ne cessent de battre des records. Ben Bernanke en convient, «les dernières augmentations des prix de l’énergie ont renforcé les risques de hausse de l’inflation et les anticipations inflationnistes».
Changement de discours
Pour contrer ces anticipations et donner des gages aux tenants d’une politique monétaire plus dure, il était nécessaire de procéder à une inflexion sémantique. Cette dernière s’est traduite dans les faits par un discours la semaine dernière de Bernanke dans lequel il s’alarmait ouvertement de la faiblesse du dollar. Un discours qui a trouvé son prolongement naturel dans l’affirmation hier de la détermination de la Fed à résister avec force à la hausse de l’inflation. Une manière de dire que, si besoin est, elle n’hésiterait pas à remonter ses taux.
Reste que l’exercice est délicat pour Bernanke. Pour crédibiliser son discours sur le dollar fort, il lui faudra nécessairement des résultats. Or, le contexte est peu propice, du fait de la volonté affichée par la BCE de remonter ses taux en juillet. Le fait que les anticipations de hausse des taux européens et américains soient identiques ne devrait pas inciter les cambistes à se porter massivement acquéreurs du dollar, même si le discours du patron de la Fed hier a stoppé net la progression de l’euro.
Les prochaines statistiques seront donc déterminantes pour l’économie américaine. Si elles sont meilleures qu’attendu, la Réserve Fédérale pourra pousser un ouf de soulagement. Le dollar pourrait dès lors regagner du terrain face à l’euro, et elle en sortira confortée. Inversement, si la hausse des prix des matières premières se poursuivait et que les statistiques américaines faisaient état d’une dégradation de la conjoncture, l’institution pourrait être face à un dilemme et se trouver contrainte de ne pas agir. Les marchés pourraient, dans une telle hypothèse, en être affectés.
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