La déflation, nouvelle menace pour 2009 ?
L’indice des prix a inscrit un plus bas de 40 ans aux Etats-Unis. Le spectre d’un scénario à la japonaise refait surface.
En quelques semaines, tous les indicateurs ont viré au rouge. Aux Etats-Unis, l’indice des prix à la consommation a atteint un plus bas depuis plus de 40 ans, avec une baisse de 1% sur le seul mois d’octobre par rapport à septembre, soit la plus forte baisse enregistrée depuis la création de l’indice. Même son de cloche au Royaume-Uni, où les prix ont enregistré leur plus forte décélération depuis seize ans, à 4,5% sur un an en octobre, contre 5,2% un mois plus tôt.
La France n’est pas épargnée. Les prix de détail ont diminué de 0,1% le mois dernier et leur glissement annuel est revenu à 2,7% contre 3% en septembre, selon les statistiques de l’Insee publiées jeudi dernier.
Alors qu’il y a trois mois, on agitait l’épouvantail de l’inflation, c’est aujourd’hui le spectre de la déflation qui plane sur les économies occidentales. Depuis, la crise des «subprimes» est passée par là, et le cours du pétrole, qui caracolait à près de 150 dollars le baril a été divisé par trois sur fond de ralentissement mondial, entrainant dans son sillage l’ensemble des matières premières.
Ce retournement brutal de situation inquiète en plus haut lieu. Gordon Brown a indiqué que «l’an dernier et au cours des derniers mois le problème était l’inflation, une inflation combinée à la crise du crédit, l’an prochain le problème sera la déflation».
En Chine, le sous-gouverneur de la banque populaire, Yi Gang, a déclaré il y a quelques jours : «jusqu’à juin, nous avons dû lutter contre l’inflation et le gouvernement chinois a réussi à maîtriser ce problème, mais désormais, le gouvernement réfléchit à des mesures pour prévenir efficacement une déflation possible.»

Ne pas confondre déflation et désinflation
Dans un discours mardi à Londres, le président de la Banque centrale européenne (BCE) Jean-Claude Trichet a indiqué qu’il «ne voit pas encore» de tendances déflationnistes en zone euro, et il a souligné que les plans de relance étaient surtout bons «dans les pays ayant des marges de manœuvre». La tendance actuelle serait plus à la désinflation, qui consiste en un simple ralentissement des prix à la consommation, qu’à la déflation, qui se caractérise par une baisse générale des prix mais aussi de la masse monétaire. Après une surchauffe de l’économie, on serait en fait entré dans une période de ralentissement de l’inflation. C’est d’ailleurs la définition que donne l’Insee. «La déflation est le gain du pouvoir d’achat de la monnaie qui se traduit par une diminution générale et durable des prix ; c’est une inflation négative. Cette notion est à ne pas confondre avec la désinflation qui est la baisse de l’inflation (baisse du taux d’accroissement du niveau moyen des prix)».
En d’autres termes, si la baisse des prix à la consommation s’accompagne d’une baisse de l’investissement et de la production, alors on pourrait entrer en période de déflation.
Si tel était le cas ce serait une très mauvaise nouvelle pour les économies fortement endettées à l’image les Etats-Unis. Comme l’a démontré Irving Fisher dans les années 30, la situation les agents économiques endettés se détériore rapidement en période de déflation. Et plus le niveau d’endettement d’une économie est important (ratio dette totale/PIB), plus la période de déflation pèsera sur l’économie. Les consommateurs sont tentés de différer leurs achats. Les entreprises, elles, sont obligées de rogner sur leurs marges alors que les coûts de production demeurent relativement fixes.
Lorsqu’un pays entre en période de déflation, il est très difficile d’en sortir. Il a fallu plusieurs années au Japon pour voir le bout du tunnel après le krach boursier et immobilier de 1990. Aujourd’hui encore, avec un taux directeur à 0,3%, la situation reste tendue au pays du soleil levant. Les Etats-Unis ont également traversé une période de déflation après la crise de 1929. Entre décembre 1929 et mars 1933, les prix avaient alors baissé de 27%, l’emploi de 16% en trois ans, et l’ensemble des salaires de plus de 40%. Une autre phase de déflation moins connue fut celle de la fin du XIXe siècle, survenue après l’invention de l’électricité et la révolution des transports.

Pas de remède miracle
Pour sortir de cette spirale, il n’y a pas de remède miracle. La première solution consiste à baisser les taux d’intérêts, mais avec un taux à 0,3% au Japon et 1% au Etats-Unis, les marges de manœuvre des Banques centrales sont faibles. Même si en théorie rien n’interdit des taux d’intérêts négatifs, comme ce fut le cas en Suisse, ils ne sauraient se maintenir durablement sous la barre du zéro. L’autre solution consiste à abreuver l’économie d’argent frais. C’est la technique de «l’hélicoptère drop», qui permet aux banques centrales de financer directement les dépenses des Etats qui accordent des aides financières aux ménages. Seul problème, cela porte atteinte aux banques et cette politique semble difficile à mettre en œuvre dans le cadre de l’Europe.
Pour Ben Bernanke, l’avènement d’une phase déflationniste aux Etats-Unis, serait l’occasion de mettre ses théories à l’épreuve de la pratique. L’actuel président de la FED, a fait ses armes en analysant la Grande Dépression des années 1930. Il a développé la théorie de la «déflation par la dette». Selon cette théorie, l’effondrement des prix à la consommation fut l’une des causes de la Grande Dépression, la déflation ayant entrainé une hausse de la valeur réelle des dettes, rendant plus difficile le remboursement des emprunts. Dans un discours du 21 novembre 2002, il évaluait le risque d’une «déflation significative» aux Etats-Unis à «très faible» pour deux raisons : «la résilience et la stabilité structurelle de l’économie américaine en elle-même». La deuxième c’est le «système de la Fed lui-même». Et Ben Bernanke de conclure : «deflation : «it» doesn’t happen here».
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