Le nouveau visage de la crise
FOCUS - De l’avis de tous, la crise actuelle est la pire que le monde ait connu depuis la Grande Dépression. Mais à la différence de 1929, on ne meurt plus de faim dans les pays riches.
Barack Obama l’a rappelé ce mercredi à Londres, lors d’une conférence de presse organisée avant le sommet du G20. Pour le Président américain, la crise actuelle est la plus sévère depuis la seconde guerre mondiale. Appelant les grandes puissances à s’unir pour trouver des solutions, il a également prévenu qu’il ne fallait pas de tomber dans les erreurs de 1929, qui avaient conduit à la Grande Dépression.
Une récession mais pas encore de dépression
Malgré la nette dégradation de l’économie mondiale, on en est encore bien loin de la Grande Dépression de 1929. Il ne s’agit encore que d’une phase de récession. Pour beaucoup d’historiens et d’économistes, la frontière entre dépression et simple récession est franchie quand le chômage dépasse les 10% pendant plusieurs années. Le chômage aux Etats-Unis en février était de 8,1%. Un chiffre bien inférieur à celui du début des années 1980, la dernière fois que l’on avait évoqué le mot dépression. Il avait alors dépassé les 10% durant dix mois. Pendant la grande dépression, il avait atteint 25% de la population active.
Mais la révision à la baisse des prévisions de l’OCDE mardi, fait craindre le pire. Dans un rapport rendu public mardi, le club des 30 pays les plus riches indique qu’il s’agit de la récession «la plus profonde et la plus étendue depuis plus de 50 ans». Le produit intérieur brut (PIB) cumulé du club des 30 devrait chuter de 4,3% en 2009 et se stabiliser à -0,1% en 2010. Initialement, l’OCDE tablait sur un recul de 0,4% cette année et une hausse de 1,5% en 2010.
Le commerce mondial, lui, pourrait chuter de 13% (-9% initialement prévu). Surtout, le chômage, lui, va grimper à 10,1% en zone euro en 2009, 11,7% l’an prochain ; 9,1% au Etats-Unis cette année, 10,3 en 2010. «Le chômage doublera quasiment par rapport à son niveau de 2007 dans les pays du G7 (Etats-Unis, Japon, Allemagne, Royaume Uni, France, Italie, Canada, ndlr)», note le rapport. «L’économie mondiale est en proie à sa récession la plus profonde et la plus synchronisée depuis des décennies», constate Klaus Schmidt-Hebbel, économiste en chef de l’OCDE.
Le nouveau visage de la crise
Cependant, même si l’économie mondiale entre en dépression, elle sera bien différente de celle de 1929. Aujourd’hui, la réponse des gouvernements est loin de celle adoptée au début des années 1930, lorsque la Fed avait relevé les taux d’intérêt. Le mot d’ordre du tristement célèbre, Smoot-Hawley Tariff Act, était «la liquidation de la main-d’œuvre, la liquidation des stocks, la liquidation des fermes, la liquidation de l’immobilier. «
«Pendant la Grande Dépression il y a eu une accumulation d’erreurs stratégiques qui ont aggravé la situation» indique l’historien et consultant économique Peter Bernstein dans le Wall Street Journal. «Aujourd’hui, nous avons aussi notre lot d’erreurs stratégiques, mais au moins on n’a pas fait pire» ironise l’économiste âgé de 90 ans. Ce dernier, qui vivait à Manhattan dans le quartier de l’Upper West Side, au moment de la crise de 1929 se souvient : «nous étions conscients de la gravité de la crise tout le temps quand nous sortions dans la rue. Les gens étaient très amaigris». A l’époque, on pouvait encore mourir de faim. Les dépenses alimentaires représentaient près de 20% des revenus des ménages, contre un peu moins de 10% en 2009. Aujourd’hui, tout au moins dans les pays occidentaux, ce risque de famine semble écarté. Un peu mois de 2% des Américains travaillent aujourd’hui dans l’agriculture, contre 20% en 1930. Trois quarts des travailleurs d’aujourd’hui sont employés dans les services, un secteur qui a tendance à être plus stable que le secteur manufacturier. En 1930, moins de la moitié des américains travaillaient dans les services.Aujourd'hui, il y a la couverture sociale, et tous les programmes d’aide qui ont émergé de la crise de 1929, comme l’assurance chômage, ou les aides alimentaires pour les personnes démunies.
Les économistes plus optimistes que l’américain moyenSi les marchés boursiers ont repris des couleurs ces derniers jours, reflétant un regain de confiance dans l’économie après les différents plans de relance, le spectre d’une nouvelle dépression, comparable à celle de 1929 reste ancré dans tous les esprits. Un sondage réalisé en mars par CNN et l’institue Opinion Research Corporation, révélait récemment que 45% des américains pensent qu’une dépression économique est probable dans les prochaines années. Ils n’étaient que 38% à le penser lors du précédent sondage. Les économistes se montrent un peu moins pessimistes. Selon Robert Barro, professeur à l’Université de Harvard, la dépression économique correspond à un déclin de la production ou de la consommation de plus de 10%. Pour lui, le risque d’assister à une dépression est de 20%. Un sondage auprès d’économistes début mars, faisait ressortir que, en moyenne, ils évaluent à 15% le risque de Dépression, au sens de Robert Barro. Le plus optimiste de tous est sans doute le Président de la Fed. Dans une interview sur CBS, Ben Bernanke, a en effet déclaré qu’il pensait que la dépression sera évitée. Il croit même à une sortie de récession cette année.
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