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LE BLOG-NOTES DE L'ACTIONNAIRE
JDF HEBDO | 28.06.2008 | Mise à jour : 19H46
Monsieur le Président,
Je ne barguignerai pas : vous avez, avec Jean-René Fourtou, aujourd'hui président du conseil de surveillance, réalisé un travail remarquable à la tête de Vivendi. D'une entreprise en proie à une dramatique crise de liquidités vous avez fait un groupe sain et rentable. Oubliés les problèmes de solvabilité ! Maintenant c'est votre groupe qui prête de l'argent aux banques qui l'ont si durement traité. Certes, vos actionnaires n'oublient pas le temps heureux où l'action Vivendi dépassait les 140 euros, mais ils n'oublient pas non plus que lorsque la nouvelle équipe est arrivée en 2002 l'action plongeait au-dessous de 12 euros. Il n'est donc pas question pour moi de faire le procès d'une gestion qui a conduit à un spectaculaire redressement un groupe qui semblait condamné à un charcutage aussi pitoyable qu'avait été flamboyante la politique de Jean-Marie Messier. Dont acte.
Est-ce à dire que vos petits actionnaires n'ont que des raisons de se réjouir ? Certes non ! Et cela pour une raison essentielle : si vos nouveaux actionnaires tirent leur épingle du jeu, les anciens, ces actionnaires fidèles que l'on salue à chaque assemblée générale pour les oublier ensuite, sont bien loin d'avoir récupéré leur mise et, surtout, ils voient, après une période de rebond, le cours de Vivendi stagner. Plus vous dites, plus les analystes disent que « l'action ne reflète pas la valeur de la société et de loin » et qu'elle a toutes les raisons de s'envoler, plus elle plafonne. Depuis le début de l'année et malgré des résultats encourageants, elle a même fait moins bien que le CAC 40, réagissant en valeur cyclique alors que son chiffre d'affaires réalisé à 70 % par abonnements devrait lui donner un statut défensif. Pourquoi ce désaveu de la main invisible ? Pourquoi votre discours ne parvient-il pas à convaincre ?
Il s'agit bien de cela en effet. Vous avez beau répéter en toute occasion que Vivendi est « un groupe industriel dans le divertissement », les marchés y voient toujours un conglomérat reposant sur deux piliers, le téléphone et les médias, et ils continuent à lui infliger une décote de holding de 10 à 15 % selon les estimations. Tout se passe comme si vous ne parveniez pas à vous détacher de l'image qui colle à Vivendi depuis l'après-Messier, d'une holding dont la stratégie a surtout consisté à faire des arbitrages de participations au gré des exigences bancaires, sans souffle ni dynamique propres. Depuis un an, me direz-vous, vous avez effectué des opérations et des achats structurants et vous avez réussi le passage d'un business de ventes sèches à une stratégie d'abonnements au chiffre d'affaires récurrent.
Mais pourquoi les marchés sont-ils restés insensibles à des gestes qui d'habitude leur plaisent tant ? N'est-ce pas, fondamentalement, parce que votre discours n'est pas suffisamment convaincant sur un concept clé : la convergence, la fameuse convergence entre le contenant et le contenu, entre les câbles ou les satellites et les programmes ? Etonnant paradoxe : l'idée, chère à Jean-Marie Messier, est née chez Vivendi. Elle appartient aux gènes de votre entreprise. Or, curieusement, c'est chez vous qu'elle semble avoir le plus de mal à se mettre en place. Bien plus, c'est vous qui parlez le plus de convergence et c'est la « vieille » France Télécom qui passe le plus vite aux actes en adoptant la stratégie de la marque unique ! Alors qu'un client de France Télécom ne connaît plus que la marque Orange, un même ménage peut être abonné quatre ou cinq fois à Vivendi sans le savoir, puisque sous des marques différentes. Aussi, ma question d'actionnaire sera simple : croyez-vous vraiment à la convergence complète, à ce qu'on pourrait appeler le « modèle Orange », ou pensez-vous qu'il est plus créateur de valeur de vous appuyer sur la force de vos marques sans les faire totalement converger ? Les marchés attendent de cette clarification stratégique qu'elle mette en conformité le discours des dirigeants et l'organisation de l'entreprise.
En vous remerciant de l'attention que vous voudrez bien porter à cette correspondance, je vous prie de croire, Monsieur le Président, à l'expression de ma plus haute considération.
Je ne barguignerai pas : vous avez, avec Jean-René Fourtou, aujourd'hui président du conseil de surveillance, réalisé un travail remarquable à la tête de Vivendi. D'une entreprise en proie à une dramatique crise de liquidités vous avez fait un groupe sain et rentable. Oubliés les problèmes de solvabilité ! Maintenant c'est votre groupe qui prête de l'argent aux banques qui l'ont si durement traité. Certes, vos actionnaires n'oublient pas le temps heureux où l'action Vivendi dépassait les 140 euros, mais ils n'oublient pas non plus que lorsque la nouvelle équipe est arrivée en 2002 l'action plongeait au-dessous de 12 euros. Il n'est donc pas question pour moi de faire le procès d'une gestion qui a conduit à un spectaculaire redressement un groupe qui semblait condamné à un charcutage aussi pitoyable qu'avait été flamboyante la politique de Jean-Marie Messier. Dont acte.
Est-ce à dire que vos petits actionnaires n'ont que des raisons de se réjouir ? Certes non ! Et cela pour une raison essentielle : si vos nouveaux actionnaires tirent leur épingle du jeu, les anciens, ces actionnaires fidèles que l'on salue à chaque assemblée générale pour les oublier ensuite, sont bien loin d'avoir récupéré leur mise et, surtout, ils voient, après une période de rebond, le cours de Vivendi stagner. Plus vous dites, plus les analystes disent que « l'action ne reflète pas la valeur de la société et de loin » et qu'elle a toutes les raisons de s'envoler, plus elle plafonne. Depuis le début de l'année et malgré des résultats encourageants, elle a même fait moins bien que le CAC 40, réagissant en valeur cyclique alors que son chiffre d'affaires réalisé à 70 % par abonnements devrait lui donner un statut défensif. Pourquoi ce désaveu de la main invisible ? Pourquoi votre discours ne parvient-il pas à convaincre ?
Il s'agit bien de cela en effet. Vous avez beau répéter en toute occasion que Vivendi est « un groupe industriel dans le divertissement », les marchés y voient toujours un conglomérat reposant sur deux piliers, le téléphone et les médias, et ils continuent à lui infliger une décote de holding de 10 à 15 % selon les estimations. Tout se passe comme si vous ne parveniez pas à vous détacher de l'image qui colle à Vivendi depuis l'après-Messier, d'une holding dont la stratégie a surtout consisté à faire des arbitrages de participations au gré des exigences bancaires, sans souffle ni dynamique propres. Depuis un an, me direz-vous, vous avez effectué des opérations et des achats structurants et vous avez réussi le passage d'un business de ventes sèches à une stratégie d'abonnements au chiffre d'affaires récurrent.
Mais pourquoi les marchés sont-ils restés insensibles à des gestes qui d'habitude leur plaisent tant ? N'est-ce pas, fondamentalement, parce que votre discours n'est pas suffisamment convaincant sur un concept clé : la convergence, la fameuse convergence entre le contenant et le contenu, entre les câbles ou les satellites et les programmes ? Etonnant paradoxe : l'idée, chère à Jean-Marie Messier, est née chez Vivendi. Elle appartient aux gènes de votre entreprise. Or, curieusement, c'est chez vous qu'elle semble avoir le plus de mal à se mettre en place. Bien plus, c'est vous qui parlez le plus de convergence et c'est la « vieille » France Télécom qui passe le plus vite aux actes en adoptant la stratégie de la marque unique ! Alors qu'un client de France Télécom ne connaît plus que la marque Orange, un même ménage peut être abonné quatre ou cinq fois à Vivendi sans le savoir, puisque sous des marques différentes. Aussi, ma question d'actionnaire sera simple : croyez-vous vraiment à la convergence complète, à ce qu'on pourrait appeler le « modèle Orange », ou pensez-vous qu'il est plus créateur de valeur de vous appuyer sur la force de vos marques sans les faire totalement converger ? Les marchés attendent de cette clarification stratégique qu'elle mette en conformité le discours des dirigeants et l'organisation de l'entreprise.
En vous remerciant de l'attention que vous voudrez bien porter à cette correspondance, je vous prie de croire, Monsieur le Président, à l'expression de ma plus haute considération.
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